La dynastie des Tang

 

 

Plus de cinq siècles après l'ordre des Han, après une période incertaine où la Chine est divisée en plusieurs royaumes, la situation se stabilise entre ceux des barbares semi-sinisés au nord et les cinq royaumes chinois du sud. En 577, un puissant ministre ( Yáng Guǎng) permet la réunification du nord en un seul royaume. Il crée la dynastie Sui, puis, détruisant les forces Cheng du Sud, il reconstitue l'Empire chinois: c'est la période Sui (589-618).

Les deux grands bâtisseurs du nouvel empire, Yangdi des Sui et Li Shimin, des Tang, étaient tous deux originaires du nord, longtemps dominé par les barbares. Les populations nomades avaient été finalement assimilées. Cependant, elles avaient transmis aux Chinois une part importante de leur civilisation, à commencer par les usages de la vie quotidienne, la musique et les divertissements. La chasse, l'usage du cheval et l'escrime complétaient désormais la vie du lettré, lequel avait partiellement oublié ses préjugés contre la caste militaire et les marchands. Les Tang se voulaient pourtant chinois, depuis le gouvernement, copié sur celui des Han, jusqu'à la culture, avec la réaction classiciste en littérature. Ils avaient conscience d'être le deuxième grand empire. Vainqueur des Sui, Li Shimin confia le pouvoir à son père Gaozu (618-626). Les nouveaux maîtres de la Chine reprirent l'œuvre de Sui Wendi en procédant à une vaste réforme agraire, dont le principe de base était qu'aucune terre ne pouvait être donnée en fermage. Cependant, les cas d'exemption (fonctionnaires, monastères) étaient si nombreux que la loi ne put empêcher la « disparition des paysans sans terre ».

Émergence des Tang : les premiers empereurs

 

 

Carte de l'Empire de la dynastie Tang

 

Lĭ Yuan est gouverneur du Shanxi, son fils Lĭ Shìmín le pousse à se révolter. L'Empereur des Sui est assassiné, Lĭ Shìmín fait de son père, leader d'un ordre confucéen similaire aux Sui, le lieutenant de l'Empire. Par les armes, ils restaurent un petit-fils de l'Empereur Sui, puis Lĭ Yuan s'intronise Empereur GāoZǔ  (566-618-635) : La dynastie Tang (唐) est instaurée (618).

En 626, Lĭ Shìmín, vainqueur d'un conflit fratricide, pousse son père Gaozu à abdiquer et monte sur le trône sous le nom de TàiZōng . Son premier souci est ensuite d'asseoir la puissance chinoise en Asie, tant par les armes que par la diplomatie. Il obtient en particulier l'alliance de tribus turques et renforce sa politique contre les Turcs Orientaux, qu'il soumet en 630.

En 641, le souverain tibétain reconnaît sa souveraineté.[réf. nécessaire] En 642, il soumet les Turcs occidentaux. De 640 à 648, il soumet les oasis récalcitrantes du bassin du Tarim : la route de la soie est durablement rétablie. En 645, il ne parvient pas à soumettre les royaumes coréens. En 648, la domination chinoise fut de nouveau effective au Xinjiang.

Il meurt en 649, ayant imposé puis consolidé une nouvelle dynastie, imposé une Chine puissante, organisée, et respectée (et crainte) des barbares proches. Il impose également la Chine comme arbitre de l'Asie orientale [et centrale], avec la vassalité de nombreux royaumes et khanats limitrophes-

 

 

« Règne » Taizong 616-649

 

Les couleurs indiquent la succession des conquêtes des Taizong (Tang) ou les états en relations en Asie :

Shanxi (618 : son père est gouverneur)

Le Protecteur de l'Empire Sui (618). Dynastie Tang 618. Contrôle total de la région en 622/626.

Ajout des territoires turcs orientaux (630-682)

Royaume du Tibet, le roi tibétain Songtsen Gampo se marie à une princesse chinoise offerte par l'empereur de Chine après une guerre (641-670)

Ajout des territoires turcs occidentaux (642-665)

(idem) ajout des Oasis (640-648 : Oasis du nord ; 648 : Oasis du sud)

[Non indiqué sur la carte : conquête de la Corée (665-670)]

Note : les frontières sont approximatives.

Gaozu (618-626)[modifier]

 

En 618, Gaozu, (nom d'origine Li Yuan) prit donc le pouvoir et une nouvelle ère de prospérité commença. Le bouddhisme, qui s'était lentement introduit en Chine au premier siècle, devint la religion prédominante et fut largement adopté par la famille royale. On estime que Chang'an (l'actuelle Xi'an), la capitale de l'époque, était alors la plus grande ville du monde.

Sur le plan administratif, une importante novation consista à confier les provinces à des gouverneurs militaires (ce sera, à longue échéance, la perte de la dynastie). Le gouvernement central, copié sur celui des Han, fut perfectionné par la création de sections techniques confiées à des experts plutôt qu'à des lettrés. Le bon fonctionnement du système permit une augmentation sans précédent du budget de l'État: la population atteignit le chiffre de cinquante millions d'habitants (dont deux millions pour la capitale)

 

Taizong (626-649)

 Un conflit avait opposé Li Shimin, à ses deux frères, que Li Shimin finit par tuer. En effet, c'était lui qui avait aidé son père à lever l'armée des Tang, et il était le stratège à l'origine des victoires qui avaient placé les Tang à la tête de l'empire. Or Li Yuan a préféré faire de son fils ainé, Li Jian Cheng son dauphin. Ce dernier craignant la puissance militaire de son frère cadet, Li Shimin, entra en conflit ouvert avec ce dernier. Au cours du coup d'État de la porte Xuan Wu ,Li shimin élimina le dauphin ainsi que son petit frère. En 626, Li Shimin poussa son père à abdiquer et monta sur le trône sous le nom de Taizong. Son premier souci fut d'asseoir la puissance chinoise en Asie, tant par les armes que par la diplomatie. Il obtint en particulier l'alliance des Turcs Ouïgours.

 

Gaozong (650-683)

 Gaozong consacra son règne à consolider l'œuvre de son père. Grâce à ses frontières bien protégées, à son administration, à ses routes, à ses canaux, l'Empire connut alors une prospérité générale. De nombreux étrangers convergeaient par terre et par mer, apportant avec eux les produits du monde entier, tandis que la langue chinoise devenait un moyen de communication universel dans tous les milieux cultivés de l'Asie orientale. Dès les dernières années du règne se manifesta cependant un déclin que plus rien ne put freiner, marqué par l'usurpation du pouvoir par l'impératrice Wu Zetian à qui Gaozong avait progressivement abandonné son pouvoir de décision politique.

 

Intermède Zhou de Wu Zetian (683-705)

 Impératrice douairière à partir de 683, Wu Zetian déposa son fils et se proclama « empereur » de la brève dynastie Zhou (690-705) en 690. Elle mena la politique de la gentilhommerie chinoise, son alliée, mécontente de la politique turcophile de la cour et inféodée au clergé bouddhiste. Économiquement tout-puissant, ce dernier transformait les monastères en banques de dépôt et faussait le jeu monétaire en fondant l'argent des offrandes pour le thésauriser sous forme de statues. La politique de Wu Zetian fut poursuivie par l'impératrice Wei. En 705 Wu Zetian abdiqua en faveur d'un de ses fils, Zhongzong, auquel succéda son frère Ruizong.

 

Xuanzong (712-756)

Pour recouvrer un certain équilibre, la réaction porta Xuanzong sur le trône. C'était un grand protecteur des arts, mais un souverain faible, bientôt manipulé par un entourage sans scrupule, dont l'âme était la belle concubine Yang Guifei.

 

Les guerres civiles

Un des membres de l'entourage de Xuanzong, le général An Lushan, avait su exagérer les risques d'une invasion barbare pour se faire confier une armée considérable, avec laquelle il marcha sur la capitale.

En fuite, l'empereur abdiqua au profit de son fils Suzong (756-762), qui défit l'usurpateur avec l'aide de la cavalerie ouïgoure, mais la Chine ne devait pas se remettre de cette guerre civile qui coûta la vie à un tiers de la population. Quant aux alliés turcs, conscients d'être indispensables, ils se conduisaient en maîtres dans la capitale, où ils exigeaient de leurs chevaux un prix exorbitant. Dans les provinces, les gouverneurs cessèrent d'acheminer l'impôt et transmirent leur charge à leurs fils. Pour sauver la situation, le gouvernement décida en 845 d'interdire les religions étrangères. Il ne s'agissait pas de prendre une mesure antireligieuse, mais de récupérer l'argent des étrangers, placé dans les monastères bouddhiques, dans les temples mazdéens, les mosquées, etc. Cette manœuvre audacieuse n'intervint d'ailleurs qu'après l'écrasement des dangereux alliés ouïgours par les Turcs Chat'o.

Daizong, fils de l'empereur Suzong, régna de 762 à 779. Sous son règne, le roi du Tibet, Trisong Detsen (740-797), envahit la capitale de la Chine Chang'an et mis en place un nouvel empereur.

En 822, le traité de paix sino-tibétain fut signé entre l’empereur du Tibet, Tri Ralpachen et l’empereur chinois Muzong (820-824) de la dynastie Tang. Le traité permit de stabiliser les relations politiques, militaires et commerciales entre le Tibet et la Chine. Ainsi le traité délimita la frontière entre les deux empires-

 

Fin de la dynastie

 La dynastie vivait ses derniers jours: le ixe siècle fut jalonné de révoltes paysannes réprimées dans le sang; au cours de la plus importante, qui dura six ans (874-880), eut lieu la prise de Canton, avec le massacre de cent vingt mille étrangers. La capitale fut sauvée in extremis grâce à l'aide des Turcs, mais la dynastie des Tang devait néanmoins sombrer en 907 dans le désordre général. La Chine allait connaître alors un nouveau morcellement (période des Cinq Dynasties) jusqu'à l'arrivée des Song.

 

 

 

 

Les deux grands bâtisseurs du Nouvel Empire, Wen-ti des Sui et Li Che-min, des Tang, étaient tous deux originaires du Nord, longtemps dominé par les Barbares. Les populations nomades avaient été finalement assimilées; cependant, elles avaient transmis aux Chinois une part importante de leur civilisation, à commencer par les usages de la vie quotidienne, la musique, les divertissements. La chasse, le cheval, l'escrime complétèrent désormais la vie du lettré, lequel avait partiellement oublié ses préjugés contre la caste militaire et les marchands. Les Tang se voulaient pourtant chinois, depuis le gouvernement, copié sur celui des Han, jusqu'à la culture, avec la réaction classiciste en littérature. Ils avaient conscience d'être le deuxième grand empire.

 

La pensée Tang

L'art des Tang est vigoureux et créateur, mais leur pensée n'est guère originale. Pour réaliser l'unification morale après l'unification politique, on procéda surtout à de grands travaux de compilation et d'études sur les classiques confucéens. Des recherches privées, plus originales, mettant en doute l'authenticité de certains textes, annoncent les philologues des dynasties postérieures.

Le bouddhisme et le taoïsme eurent leur rôle à jouer dans l'élaboration des contes Tang, œuvres de lettrés éclectiques. Tous sont d'une haute tenue littéraire; certains, telle la Biographie de Li Wa, sont de véritables joyaux. La grande prose, avec Lieou Tsongyuan (773-819) et surtout Han Yu (768-824), se place sous le signe du retour à l'antique, en réaction contre le style ampoulé des Six Dynasties.

Il faut rappeler le rayonnement de la civilisation des Tang sur toute l'Asie orientale et son apport à la culture mondiale. Nombre d'inventions déterminantes, et en premier lieu le papier et la porcelaine, quittèrent la Chine pour la première fois et gagnèrent le monde arabe, avant d'atteindre l'Occident.

 

La poésie

C'est surtout grâce à la poésie que le nom de «Tang» a acquis une célébrité mondiale. Ce genre se développe considérablement, en particulier pendant le règne de Hiuan-tsong. Outre les deux plus grands poètes chinois, Du Fu (Tou Fou) et Li Po, il faut citer Po Kiuyi (772-846), auteur du très beau Tch'ang-hen-ko («Chanson des longs regrets»), très longue pièce en vers réguliers qui chante la fuite de Hiuan-tsong et la mort de Yang Kouei-fei; Wang Wei (701-761), poète, peintre et musicien; Meng Hao-jan, grand poète paysagiste; enfin, parmi bien d'autres, Tou Mou, Yuan Tchen et Tchang Ki.

La poésie des Tang, qui est l'aboutissement de techniques élaborées dès l'époque des Han, marque cependant un complet renouvellement de l'inspiration. Aux descriptions surchargées de palais (Six Dynasties) succède un sentiment profond de la nature, adouci par la quiétude bouddhique. De grands poètes comme Du Fu, enfin, se penchent pour la première fois sur les misères du peuple.

 

 Le périple de Hiuan-tsang

L'aspect politique du bouddhisme des Tang ne doit pas nous faire oublier une vie religieuse profonde dont Hiuan-tsang fut le parfait exemple. Intrigué par des textes obscurs, il partit vers les Indes en 629, afin d'en trouver l'interprétation. Après avoir maintes fois risqué sa vie le long de la Route de la soie, il atteignit le Cachemire, où il étudia pendant deux ans, avant d'arriver en 633 aux sites de la vie du Bouddha. Aux Indes, il acquit une telle réputation que l'empereur Harsha l'invita à présider un concile. Revenu en Chine en 645, après seize ans d'absence, Hiuan-tsang entama la traduction des quelque six cent cinquante-sept ouvrages qu'il rapportait, enfermés dans cinq cent vingt boîtes. Il n'en put traduire que soixante-treize avant de mourir en 664, vénéré de tous. La qualité de ses traductions, les premières véritablement irréprochables, permit aux bouddhistes chinois d'améliorer leur compréhension de cette religion étrangère. Hiuan-tsang a également laissé le Si Yeou Ki (Récits d'un voyage à l'ouest), ouvrage mi-réaliste, mi-fabuleux, qui a été traduit dans de nombreuses langues.

 

L'art des Tang

Puissant et vigoureux, l'art des Tang est le reflet d'une époque de grande sécurité, optimiste et énergique. C'est aussi le produit d'une société matérialiste et satisfaite d'elle-même. Influencés par l'art des Six Dynasties, les artistes Tang abandonnent les conceptions lyriques et le goût du fantastique pour se tourner vers l'aspect solide et réel des choses. Jamais, cependant, les éléments étrangers n'ont été aussi déterminants: le bouddhisme d'abord, protégé par les impératrices et parvenu à son apogée, puis la foule des voyageurs venus par mer ou par la Route de la soie et qui apportent leurs idées, leurs techniques et leurs arts.

L'architecture et la sculpture

L'architecture bouddhique a beaucoup souffert de la persécution de 845. Il reste quelques exemples de pagodes en briques, mais les bâtiments en bois de cette époque ne sont conservés qu'au Japon, où les temples de la période de Nara en sont des copies fidèles: toits presque rectilignes, toujours imposants par leur volume, piliers majestueux, système de consoles encore assez dépouillé. Jusqu'au IX e siècle, la décoration des temples et des monastères a mobilisé l'énergie de la plupart des artistes. La statuaire doit beaucoup à la peinture: lignes fluides qui semblent nées du pinceau, reliefs qui sont presque des dessins incisés. La ronde-bosse elle-même donne une impression très graphique, avec un usage savant des drapés. Les formes arrondies, sensuelles, trahissent l'influence grandissante du Gandhara et de l'Inde après la sévérité des Wei.

céramique

La peinture

Le même caractère exotique se retrouve dans la peinture; les traités picturaux de l'époque nous livrent un grand nombre de noms d'origine centre-asiatique, tel le Kachgarien Yu-tch'e Yi-seng, dont on vantait la «peinture en relief» (obtenue en fait par une application de couleur couche sur couche, jusqu'à ce que le sujet se détache effectivement). Les meilleurs artistes des villes indo-européennes de la Route de la soie affluèrent à la capitale et laissèrent une empreinte profonde.

 

Les thèmes de cour

Dans l'ensemble, la peinture bouddhique des Tang se laisse séduire par les techniques étrangères. Toutefois, l'art du grand maître Wu Tsao-tseu (né vers 700) est purement chinois. C'est encore au Japon qu'il faut chercher des exemples de son style, ample et majestueux. Ces dernières qualités se retrouvent dans la peinture de cour, comme le montre un remarquable rouleau de Yen Li-pen (mort en 673), les Treize Empereurs. Outre les scènes de palais, les portraits des concubines de l'empereur ou les représentations d'animaux étranges envoyés en tribut par les pays vassaux, les artistes officiels se voyaient commander les portraits des chevaux impériaux. Certains y excellaient, tel Han Kan (actif vers 750), dont le Cheval avec son palefrenier est un des chefs-d'œuvre de la peinture mondiale.

peinture

Le paysage

En marge de cet art académique s'annonçaient, avec Li Seu-hiun et Wang Wei, les deux grandes traditions du paysage. Le premier, considéré comme le fondateur de l'école du Nord (distinction tout arbitraire établie sous les Ming), aimait les grandes compositions, la perfection du détail, les harmonies bleu-vert. Sa manière devait dégénérer en un art purement décoratif. Il n'en fut pas de même de Wang Wei (né en 701), «fondateur» de l'école du Sud et de la peinture des lettrés. Grand poète et peintre de premier plan («ses peintures étaient des poèmes et ses poèmes des peintures»), il sut saisir la réalité profonde des choses. Ses paysages de neige, fondus dans la brume, exécutés avec un minimum de moyens, sont célèbres à juste titre.

On ne saurait conclure sans souligner la vigueur et la qualité de l'artisanat des Tang. Les porcelaines et les grès restent dans la tradition des Six Dynasties, mais l'apport barbare se signale par de nombreuses figures funéraires: chasseurs, chevaux, danseurs, en grès vernissés (dominante brun et vert). D'une finesse exquise, l'orfèvrerie est profondément marquée par l'art sassanide.

Correspondant à la XIXe dynastie chinoise, les Song ont régné de 960 à 1279. Contrairement aux autres grandes dynasties chinoises, les Song ont brillé beaucoup plus par le raffinement de leur civilisation que par leur puissance. Le transfert de la capitale au sud, sous la poussée nomade, permet de distinguer deux périodes: les Song du Nord et les Song du Sud.

 


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