Dynastie Song : société

 

La corruption du haut commandement et l'inefficacité de la force militaire sont bientôt mises en exergue par l'opération militaire menée conjointement avec les Jurchen pour combattre les Khitans de la dynastie Liao (916-1125). Après leur rébellion réussite contre leurs maîtres Khitans, les Jurchens remarquent la faiblesse de l'armée Song et brisent le pacte qui lie les deux peuples en attaquant ces derniers. En 1127, la capitale Kaifeng est capturée et le Nord de la Chine envahi, alors que le reste de la cour Song s'enfuit à Hangzhou pour fonder les Song du Sud. Il s'agit d'un coup violent porté aux élites militaires, puisqu'elles sont étroitement liées à la politique jusqu'à cette date. Par la suite ils s'éloignent donc de l'empereur et de sa cour. Alors qu'ils ont perdu le Nord de la Chine au profit de la nouvelle dynastie Jin (1115-1234), les Song mettent en place des réformes militaires drastiques. L'empereur Gaozong, désespéré de pouvoir regarnir les rangs de l'armée centrale, recrute des hommes dans tout le pays. Si cela a déjà été fait par le passé, de tels recrutements à une telle échelle constituent une première. Jusqu'à présent, les soldats compétents étaient réservés à la garde impériale. L'armée de Gaozong est désormais composée de soldats de tous horizons et de tous niveaux. Les Song du Sud retrouvent ainsi leur force et sont à nouveau commandés par des commandants loyaux, tels que Yue Fei (1103-1142), qui défendent avec succès les rives de la rivière Huai. Jurchens et Song signent finalement un traité de paix en 1141.

En 1131, l'écrivain chinois Zhang Yi remarque l'importance de l'usage de la marine dans le combat contre les Jin, en comparant la mer et la rivière à leur Grande Muraille et en préconisant l'usage de navires de guerre comme tours de guet efficaces. Alors que la marine chinoise existe depuis l'ancienne Période des Printemps et des Automnes (722-481 av. J.C.), la première marine de guerre chinoise est établie en 1132. Les Jurchens lancent une invasion contre les Song du Sud le long du Yangzi Jiang, qui se solde par deux victoires Song aux batailles de Caishi et Tangdao en 1161. Les navires Song mettent en déroute les Jin en utilisant des trébuchets sur leurs ponts supérieurs afin de lancer des bombes de poudre à canon.

 

Organisation, équipement et techniques

Organisation, équipement et techniques

 

Navire fluvial de la dynastie Song avec un trébuchet à traction sur son pont supérieur, illustration tirée du Wujing Zongyao (1044).

 

 

Sous la dynastie Song, les unités d'infanterie sont organisées en pelotons de 50 hommes, contenus dans une compagnie (deux pelotons), elle-même faisant partie d'un bataillon de 500 hommes. Durant la dynastie des Song du Nord, la moitié du million de soldats qui compose l'armée chinoise est stationnée autour de la capitale Kaifeng. Les troupes restantes sont éparpillées le long des frontières et proches des grandes villes et sont utilisées en temps de paix pour maintenir la sécurité locale. Bien que l'armée Song soit rongée par la corruption et largement ignorée par les fonctionnaires civils, elle procure tout de même une certaine force à l'empire. Durant la période Song, les exercices militaires sont étudiés de manière scientifique, alors que les soldats d'élite sont alloués à différentes responsabilités en fonction de l'examen de leurs compétences en maniement des armes et leurs capacités athlétiques. Pendant leur entraînement, les soldats et officiers se préparent à la bataille en suivant des signaux standards pour le mouvement des troupes en utilisant des drapeaux, cloches et tambours.

 

Les arbalétriers font partie d'une unité spéciale séparée du reste de l'infanterie. Selon le manuscrit militaire Wujing Zongyao écrit en 1044, les arbalètes utilisées en masse constituent l'arme la plus efficace contre les charges de cavalerie des nomades du Nord. Les arbalétriers d'élite servent également de tireurs embusqués, comme c'est le cas lorsque le général Xia Talin de la dynastie Liao est transpercé par un tir d'arbalète lors de la bataille de Shanzhou en 1004. Ces armes sont produites en masse dans les arsenaux d'État avec un souci d'amélioration constante, comme le montre l'utilisation de bois de mûrier et d'arbalètes en laiton capables de transpercer un arbre à une distance de 140 pas- La cavalerie Song utilise un large panel d'armes différentes, dont des hallebardes, épées, arcs et lances de feu qui déchargent une explosion de poudre et des éclats métalliques à l'impact. En préparation à la guerre, les arsenaux gouvernementaux fabriquent des armes en quantités énormes. Ainsi, des dizaines de millions de pointes de flèches et des composants d'armure par dizaines de milliers sortent chaque année des ateliers gouvernementaux. Il existe seize variétés connues de catapultes durant la période Song, conçues pour s'adapter à plusieurs proportions et nécessitant des équipes de travail dans des tailles allant de quelques dizaines à plusieurs centaines d'hommes.

 

 

Peinture délavée et usée du xiie siècle montrant des cavaliers sur des chevaux habillés d'armures.

 

 

Contrairement aux autres dynasties chinoises à travers l'histoire, la dynastie Song ne fait pas reposer ses infrastructures et organisations militaires sur les armées nomades du Nord, telles que les Xianbei et ensuite les Mongols. À seulement deux reprises, des soldats non chinois sont utilisés dans des unités montées : au début de la dynastie lors des campagnes de l'empereur Taizong et à la fin du xiiie siècle lorsque des déserteurs mongols viennent combattre avec les Song. Les royaumes Kitan et Tangoute possédant plus de pâturages dans le Nord de la Chine, l'armée de la dynastie Song possède peu de chevaux pour alimenter sa cavalerie. Pour pallier ce manque, des hommes d'État comme Wang Anshi tissent plus de liens avec le Tibet, en mettant en place un échange chevaux contre thé qui perdurera jusqu'à la dynastie Ming. Par conséquent, les Song utilisent largement leur force navale : au xe siècle lors de la guerre de réunification de la Chine et ensuite avec la marine permanente créée au xiie siècle. Beaucoup des navires de guerre de cette marine sont des bateaux à roues à aubes et certains peuvent embarquer plus de 1 000 soldats. C'est également durant cette période que les navires de guerre sont pour la première fois équipés d'armes à feu. L'usage d'énormes ponts flottants à cette époque est essentiel à la victoire. Les Song en construisent un large au-dessus du Yangzi Jiang en 974 ; alors que les troupes sont attaquées, celui-ci est utilisé pour acheminer troupes et matériels en renfort sur l'autre rive au cours de la conquête des territoires des Tang du Sud.

 

Minorités ethniques, étrangères et religieuse

Minorités ethniques, étrangères et religieuses

 

 

Arche sainte bouddhiste pivotante dessinée en 1103 durant la dynastie Song. Les chercheurs sino-judaïques pensent que les Juifs de Keifeng utilisaient ce style d'ouvrages pour entreposer leurs treize manuscrits de la Torah.

 

Tout comme l'atmosphère multiculturelle et métropolitaine de l'ancienne capitale Tang à Chang'an, les capitales Song à Kaifeng et Hangzhou accueillent un grand nombre de voyageurs étrangers et de minorités ethniques, et les contacts entre la Chine et le monde extérieur sont nombreux. Les relations commerciales sont entretenues par des ambassades de commerce et de tribut en Égypte, au Yémen, en Inde, en Corée et en Asie centrale. Dans un même temps, les Chinois envoient également des ambassadeurs à l'étranger pour encourager le commerce extérieur. Les bateaux de commerce Song voyagent jusque dans des ports au Japon, à Champa dans le Sud du Vietnam, à Sriwijaya en Asie du Sud-Est, au Bengale et au Sud de l'Inde, et même sur les côtes orientales de l'Afrique.

Pendant le ixe siècle, le port Tang de Guangzhou possède une importante et influente communauté musulmane. Durant la dynastie Song, l'importance de ce port décline au profit des ports de Quanzhou et Fuzhou dans la province du Fujian. Ce phénomène fait suite au déclin des marchands originaires du Moyen-Orient en Chine et à l'augmentation du nombre de bateaux commerciaux chinois sur les océans. Toutefois, les marchands du Moyen-Orient et autres étrangers ne sont pas entièrement absents, et certains occupent même des postes administratifs non négligeables. Par exemple, le musulman Pu Shougeng, d'origines persane et arabe, est nommé membre de la Commission de la Marine marchande de Quanzhou entre 1250 et 1275. L'astronome Ma Yize (910-1005), quant à lui, devient astronome en chef de la cour Song sous le règne de Taizu. En plus de ces personnages de l'élite, les ports chinois sont remplis de résidents d'origines arabe, perse et coréenne, qui possèdent des enclaves réservées pour chacun d'eux-

Les musulmans représentent la plus importante minorité religieuse parmi de nombreuses autres en Chine à cette époque230. Il existe aussi une communauté juive à Kaifeng qui a suivi l'exode de la cour vers Hangzhou après l'invasion de la Chine du Nord par les Jurchens en 1126. Le manichéisme perse est quant à lui introduit en Chine sous la dynastie Tang. Durant la période Song, les sectes manichéennes sont importantes dans les régions du Fujian et Zhejiang. Les chrétiens nestoriens ont pour la plupart été décimés durant la dynastie Tang, mais signent leur retour après l'invasion mongole du xiiie siècle. Les disciples du zoroastrisme possèdent également des temples en Chine. Enfin, les perspectives d'étudier le bouddhisme chinois zen attirent les bouddhistes étrangers en Chine, comme Enni Ben'en (, 1201-1280) venant du Japon, qui a étudié sous l'enseignement de l'éminent moine chinois Wuzhun Shifan (1178-1249) avant d'établir le Tōfuku-ji à Kyōto. Tansen Sen déclare que le nombre de voyages de moines bouddhistes depuis l'Inde vers la Chine et vice et versa surpasse celui de la dynastie Tang. Dans un même temps, « les textes indiens traduits sous la dynastie Song sont beaucoup plus nombreux que durant les précédentes dynasties »-

Il existe beaucoup de minorités ethniques dans la Chine des Song qui n'appartiennent pas à la majorité Han. Parmi eux, le peuple Yao est à l'origine d'insurrections tribales contre les Song à Guangdong en 1035 et au Hunan en 1043, pendant le règne de l'empereur Song Renzong (r. 1023-1064). Les autorités Song utilisent le peuple Zhuang comme fonctionnaires locaux dans les provinces actuelles du Guangxi et du Guangdong. Ils ont pour mission la distribution des terres aux Yao et autres groupes tribaux. Les Yao et autres peuples des frontières de l'empire sont incorporés dans un système féodal, appelé fengjian shehui ou nuli shehui. Bien que les États de Chine continentale tentent sans relâche de s'installer sur une partie de l'île de Hainan depuis le iiie siècle av. J.-C., il faut attendre la dynastie Song pour voir apparaître un effort concerté pour assimiler le peuple Li, qui combat et repousse depuis toujours les envahisseurs Han. Au cours du xie siècle, le peuple Man de Hainan fait des ravages en rejoignant une bande de bandits de dix à plusieurs centaines de milliers d'hommes. L'homme politique Ouyang Xiu estime en 1403 qu'il existe au moins plusieurs centaines de milliers de bandits Man habitant dans plus d'une douzaine de préfectures de Chine continentale.

Pour contrer ses puissants voisins comme le Royaume de Dali (934-1253), les Song nouent des alliances avec les groupes tribaux dans le Sud-Ouest de la Chine, qui servent de tampon protecteur entre leurs frontières et celles de Dali. Aussi longtemps que ces groupes tribaux paient un tribut à la cour Song et consentent à suivre sa politique étrangère, l'empire Song leur garantit la protection militaire et permet une succession héréditaire du pouvoir de leurs dirigeants, ainsi qu'une certaine autonomie locale. Au cours des années 1050, la dynastie Song réprime des insurrections des tribus locales le long de leurs frontières avec la dynastie Lý de Đại Việt, pendant que leurs relations avec les peuples Tai et les alliances avec les dirigeants des clans locaux près des frontières méridionales mènent à une guerre de frontière avec les Lý entre 1075 et 1077.

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