Gouvernement et politique
Divisions administratives
La pagode Pizhi au temple Lingyan, Shandong, construite en 1063. À la suite de l'effondrement d'une pagode dans le xian de Yihuang à Fuzhou en 1210, la population locale pense que cette catastrophe est liée au récent échec de ses candidats aux examens impériaux ; elle est donc reconstruite selon les principes géomantiques en 1223 dans l'espoir de renverser la tendance de la malédiction cosmique.
La plus grande division administrative dans l'empire Song est connue sous le nom de « circuit » (lu). Chaque circuit est divisé en plusieurs préfectures (zhou) qui sont elles-mêmes constituées de comtés (xian). La Chine compte ainsi environ 1230 xian durant la période Song. Le préfet représente au début de la période des Song du Nord la plus haute autorité locale : il est chargé de la collecte des impôts et dirige plusieurs magistrats sous sa juridiction qui traitent les litiges civils et maintiennent l'ordre. À la fin des Song du Nord, la juridiction des préfets compte de plus en plus de xian. Ils voient donc leur importance diminuer puisqu'ils ont plus de difficultés à diriger les différents xian. Ce phénomène s'inscrit dans une tendance globale entre les dynasties Tang et Ming qui consiste en un déclin graduel de l'importance des subdivisions administratives intermédiaires au profit du gouvernement central et des administrations régionales. Sous les Song du Sud, quatre systèmes de commandement semi-autonomes sont établis sur la base d'unités territoriales et militaires. Cela influence le modèle de secrétariats détachés qui se transforme en administrations provinciales durant les dynasties Yuan, Ming et Qing. Ainsi, le contrôle du gouvernement central à travers l'empire devient de plus en plus cantonné aux circuits situés à proximité de la capitale Hangzhou, alors que ceux plus éloignés jouissent d'une plus grande autonomie.
Carrières officielles
Avant la tumultueuse révolte d'An Lushan (755-763), les six ministères du gouvernement ont une hiérarchie bien établie dans laquelle les fonctionnaires Tang progressent. Ces derniers commencent donc à travailler dans le ministère le moins élevé dans la hiérarchie et changent de ministère en fonction des promotions. Un nouveau système apparaît par la suite : les fonctionnaires se spécialisent dans un ministère à l'intérieur duquel ils mènent toute leur carrière. Les Commissions du Sel et du Fer, des Fonds et du Recensement, qui sont créées pour faire face à la crise financière après l'insurrection d'An Lushan, sont à la base de ce changement de parcours de carrière qui distingue désormais les hiérarchies d'un point de vue fonctionnel. La diversité des carrières et l'expertise des fonctionnaires des Song du Nord expliquent qu'ils obtiennent des nominations spécifiques dans un seul ministère : Personnel, Revenus, Rites, Guerre, Justice ou Travail. Avec le développement de la population chinoise et des économies locales, le gouvernement central devient plus complexe et il ne peut plus conduire les différentes parties de l'empire de façon efficiente. Par conséquent, en 1082, la réorganisation de la bureaucratie centrale met au rebut la hiérarchisation des commissions en faveur du modèle des Tang, qui consiste à hiérarchiser les ministères selon différents niveaux de prestige.
En observant les nombreuses biographies et inscriptions funéraires, Hymes remarque que les fonctionnaires des Song du Nord ont pour principale préoccupation les intérêts nationaux, puisqu'ils n'interviennent pas dans les affaires locales ou centrales pour le bénéfice de leurs propres préfectures ou xian. Cette tendance s'inverse sous les Song du Sud. La majorité des fonctionnaires du gouvernement central est à cette époque originaire des provinces du Anhui, Jiangsu, Zhejiang et Fujian. Hartwell et Hymes remarquent donc qu'un grand nombre d'intérêts locaux transparaissent alors dans les politiques du gouvernement central.
Sur le terrain, les fonctionnaires de bas niveau dans les xian et les préfectures sont chargés des devoirs nécessaires de l'administration, telles que la collecte des taxes, la supervision des affaires criminelles, la mise en place de moyens de lutte contre la famine et les catastrophes naturelles et parfois la supervision des affaires du marché et des travaux publics- L'incroyable croissance démographique en Chine surpasse largement le nombre de fonctionnaires acceptés par les examens impériaux. Les nobles éduqués sont donc nommés à des postes officiels pour superviser les affaires des communautés rurales. D'un autre côté, c'est la haute noblesse des hauts fonctionnaires de la capitale, dont la plupart a réussi les examens de niveau palais, qui est réellement en mesure d'influencer et de réformer la société.
Partialité et réforme politique
Portrait de l'empereur Song Shenzong, allié politique de Wang Anshi
et qui approuve les réformes économiques, militaires, pédagogiques
et sociales de ce dernier.
La vie politique durant la dynastie Song est largement marquée par les luttes partisanes et les conflits entre les différentes factions des ministres d'État. Les carrières des fonctionnaires de niveau moyen et faible sont très sûres. En montant dans les échelons de l'administration centrale, les revers de fortune sont à craindre. Pour contrer ce phénomène, le Premier ministre Fan Zhongyan (989-1052) mène une série de réformes entre 1043 et 1045 qui reçoit en retour de vives critiques de la part des membres conservateurs de la cour. Fan souhaite éradiquer la corruption en octroyant des salaires plus élevés pour les fonctionnaires de faible rang, afin de les persuader de ne pas abandonner leur éthique professionnelle, et de ne pas accepter de pot-de-vin. Il établit également un programme de promotion qui assure que les fonctionnaires évoluent en fonction de leur mérite, compétences administratives et personnalité, et non sur leur étiquette et appartenance culturelle. Toutefois, les conservateurs de la cour ne souhaitent pas que leurs plans de carrière et leurs positions confortables soient mis en péril par les nouvelles lois. Ils s'allient donc pour tenter de stopper les réformes.
Dans la lignée de Fan, le Premier ministre Wang Anshi (1021-1086) initie à son tour une série de réformes en 1069, dès son accession au pouvoir. Wang promulgue une application de la loi basée sur la communauté et un service civil connu sous le nom de « système Baojia ». Il tente de diminuer l'importance des propriétaires terriens et des riches familles en faveur de groupes sociaux de responsabilité mutuelle qui partagent des valeurs similaires et qui peuvent facilement être contrôlés par le gouvernement. Alors que les fonctionnaires érudits doivent leur prestige à leurs diplômes, Wang souhaite structurer toute la société comme un ensemble loyal envers le gouvernement central. Pour cela, il utilise plusieurs moyens, dont l'interdiction pour les propriétaires terriens de proposer des prêts à leurs locataires, ce rôle étant dorénavant rempli par le gouvernement. Wang met également en place des milices locales qui aident l'armée permanente et allègent le budget étatique dans les dépenses militaires. Il émet des emprunts à taux faible pour les fermiers ruraux, qu'il considère comme représentant la colonne vertébrale de l'économie Song. Alors que les taxes foncières exigées pour les fermiers remplissent les coffres du trésor public, Wang lance une réforme pour modifier le système cadastral de façon à recueillir des évaluations sur les situations de chacun les plus précises possibles. Le Premier ministre supprime également la poésie du programme des examens impériaux, au motif que des étudiants confucéens pourtant qualifiés et compétents se sont vus refuser l'entrée dans l'administration à cause de leurs piètres connaissances dans cette discipline. Wang établit des monopoles d'État dans la production de thé, de sel et de vin. Toutes ces mesures sont vivement critiquées de la part des ministres conservateurs, pour qui ces réformes affectent la richesse des grandes familles, qui fournissent la base des candidats aux examens impériaux, administrateurs, marchands, propriétaires terriens entre autres membres essentiels de la société. L'historien Paul Smith écrit que les réformes de Wang, appelées la « nouvelle politique », représentent la dernière tentative de l'élite bureaucratique professionnelle pour amener l'économie prospère sous le contrôle de l'État, afin de remédier au manque de ressources dû aux combats au nord contre les Liao et les Xia occidentaux.
Le Premier ministre Wang Anshi (1021-1086).
Winston Lo affirme que le comportement obstiné de Wang et son incapacité à envisager la révision ou l'annulation de ses réformes ont pour origine sa conviction d'être un sage- Les érudits confucéens de cette époque pensent que la voie (tao) incarnée dans les Cinq Classiques est connue par les anciens sages et est transmise de génération en génération par télépathie. Mais, après Mencius (-372 à -289), plus personne n'est digne d'accepter le transfert du tao. Certaines personnes pensent que le tao dormant peut être réveillé par un véritable sage. Lo écrit à propos des néoconfucinistes de la période Song que « c'est cette image de soi qui explique leur position militante en matière d'éthique et de l'érudition classique »- Wang se fixe comme objectif existentiel le rétablissement du tao, suivant les exemples classiques de Yi Zhi et du duc de Zhou et en s'opposant aux souhaits des hommes égoïstes ou insensés, qui ignorent les critiques et l'opinion public. Comme les certitudes quant à sa sagesse et l'irréprochabilité de ses réformes ne sont pas suffisantes, Wang cherche également des alliés potentiels et forme une coalition qui prend le nom de « Groupe de la nouvelle politique », menant ses rivaux politiques à s'allier en réponse contre le Premier ministre- Pourtant, les luttes de pouvoir entre les factions ne sont pas seulement ardues sur le plan idéologique. Des cliques se forment naturellement avec les alliances changeantes de l'élite professionnelle, afin d'obtenir le plus grand nombre de postes disponibles au bénéfice de relations plus ou moins proches. Les personnes telles que Su Shi s'opposent également à la faction de Wang sur le terrain pratique. Ainsi, un poème critique de Su fait ouvertement allusion au monopole imposé par Wang sur le sel qui entraverait, selon le poète, la distribution efficace du sel.
Wang démissionne en 1076 et sa faction privée de sa tête doit faire face à l'incertitude après la mort en 1085 de l'empereur qui la supporte. La faction politique menée par l'historien et fonctionnaire Sima Guang (1019-1086) prend alors le contrôle du gouvernement central, en nouant une alliance avec l'impératrice douairière qui occupe le poste de régente sur le jeune empereur Song Zhezong (1085-1100). Le gouvernement fait marche arrière concernant la « nouvelle politique » de Wang, annulant même les réformes populaires comme le remplacement des travaux forcés par des amendes. Lorsque l'empereur Song Zhezong arrive en âge de prendre les rênes du pouvoir à la place de sa grand-mère, il tranche cependant en faveur des réformes de Wang et les instaure à nouveau en 1093. Le parti des réformistes revient pourtant en position favorable durant le règne de l'empereur Song Huizong (r. 1100-1125), alors que les conservateurs sont persécutés, notamment par le Premier ministre Cai Jing (1047-1126). Lorsque l'une des factions politiques prend l'avantage sur l'autre, les ministres du camp opposé sont considérés comme des « obstructionnistes » et sont envoyés loin de la capitale pour gouverner des territoires frontaliers de l'empire. Cette forme d'exil politique n'est pas uniquement préjudiciable pour la carrière politique. Ces exils ont également des conséquences physiques. Ainsi, la malaria est une maladie souvent mortelle pour les exilés dans les régions les plus méridionales.
Famille
Droit, lois et coutumes familiales
« Enfants jouant », par Su Hanchen, 1150.
La philosophie chinoise de Confucius (551-479 av. JC) et la hiérarchie sociale sont deux concepts profondément ancrés dans la culture chinoise depuis le règne de l'empereur Han Wudi (r. 141-87 av. JC). Pendant la dynastie Song, toute la société chinoise est théoriquement modelée par cet ordre social familial. Le dogme confucéen dicte ce qui est un comportement moral approprié et comment un supérieur doit distribuer récompenses et punitions à un membre d'ordre inférieur dans la société ou la famille. Ces règles sont déjà illustrées dans la loi de la dynastie Tang, qui est largement reprise par la dynastie Song.
Selon la loi Tang compilée au viie siècle, les peines les plus sévères sont généralement réservées aux personnes désobéissantes ou irrespectueuses envers les anciens ou leurs supérieurs hiérarchiques. Ceux qui agressent leurs parents peuvent être condamnés à la peine capitale, ceux qui agressent un frère aîné aux travaux forcés et enfin ceux qui agressent un cousin aîné peuvent recevoir une bastonnade. Un personnel de maison qui tue son maître risque la peine capitale, alors qu'un maître tuant son serviteur peut être arrêté et contraint à un an de travaux forcés pour l'État. Ce respect pour les aînés et les supérieurs s'appuie sur des discours confucéens séculaires. Les croyances chinoises du culte des ancêtres transforment les parents disparus en personnes d'un autre monde. La société Song est également construite sur des relations sociales gouvernées non pas par des principes abstraits, mais par la protection gagnée par le dévouement personnel envers un supérieur.
La perpétuation du culte religieux de la famille avec de nombreux descendants est couplée avec l'idée que plus une famille possède d'enfants, plus elle est protégée et puissante au sein de la communauté. Avec plus d'enfants, une famille a de meilleures chances d'étendre sa puissance par l'alliance de mariage avec d'autres grandes familles, ainsi que de meilleures chances d'avoir un enfant qui occupe un poste administratif prestigieux au sein du gouvernement. Hymes note que « les familles de l'élite utilisaient des critères tels que la capacité en tant que fonctionnaire ou la richesse, les perspectives professionnelles, l'importance de l'ascendance, la notoriété scientifique et la réputation locale dans le choix de beaux-fils et de belles-filles ». Depuis que la promotion dans la fonction publique est liée au résultat des examens impériaux et à la recommandation par un supérieur, une famille qui possède un certain nombre de beaux-fils à des niveaux élevés dans la bureaucratie s'assure une protection et des choix de carrières prestigieux pour ses membres. Les personnes issues de familles notables sont traitées avec dignité et une importante influence familiale est synonyme de meilleures chances de protection de leur fortune individuelle. Nul n'est mieux préparé pour affronter la société que celui qui sait gagner la protection des membres de sa famille élargie, puisqu'il est courant pour les familles de la classe supérieure de regrouper plusieurs générations vivant sous le même toit. Toutefois, il n'est pas obligatoire de partager des liens de sang avec les autres pour nouer davantage de lien dans sa communauté. Ceci peut être fait en acceptant les nombreuses requêtes de frère de sang au cours d'une cérémonie qui assure des obligations et une loyauté mutuelles.
« Chats dans le jardin », par Mao Yi, xiie siècle. Durant la dynastie Song, on trouve comme animaux de compagnie
des chiens de garde à la queue écourtée, des chats à poil long pour chasser les rats,
des chats à fourrure jaune et blanche appelés « chats-lions » (considérés simplement pour leur beauté),
des aigles et des faucons, et parfois même des grillons en cage. Les chats peuvent être choyés
avec les articles achetés sur le marché tels que des litières et sont souvent nourris de poissons
qui sont vendus sur le marché spécifiquement pour les chats.
Dans la société Song, régie en grande partie par les codes légaux Tang, l'acte de primogéniture n'est pas pratiqué dans les affaires d'héritage et est en réalité totalement illégal. Lorsque le chef de la famille décède, ses biens sont répartis équitablement entre les descendants. Cette loi a été promulguée durant la dynastie Tang afin de contrer les puissants clans aristocratiques du Nord-Ouest de la Chine et pour prévenir le soulèvement d'une société dominée par la noblesse foncière. Si une famille de fonctionnaires ne parvient pas à fournir des fonctionnaires sur plusieurs générations, l'espoir de conserver dans le futur sa richesse et son influence devient incertain. De ce fait, les problèmes légaux sur les héritages familiaux ont des effets profonds sur le reste de la société.
Lorsqu'un membre d'une famille décède, les membres de cette famille manifestent de façon différente leur désarroi et leur piété, selon la coutume et le lien de parenté qui le lie avec le défunt. Durant la période de deuil, les rites passent par le port de vêtements peu voyants ou au contraire colorés, mais aussi par des rites funéraires consistant à nettoyer et habiller le défunt pour le laver de ses impuretés. Il s'agit là d'étapes importantes pour le respect de l'ancêtre idolâtré, élevant d'ailleurs le prestige de la famille. Les funérailles coûtent généralement très cher. Un géomancien doit être consulté pour déterminer le lieu le plus approprié pour la sépulture. Des traiteurs sont engagés pour fournir un banquet funèbre. Enfin, les cérémonies requièrent un cercueil et des images en papier de chevaux, chariots et servants qui sont brûlés pour accompagner le défunt dans sa prochaine vie- En raison du coût élevé des enterrements, beaucoup de familles optent pour la crémation, qui reste moins onéreuse. Cette pratique est toutefois mal vue par les fonctionnaires confucéens à cause de leurs croyances pour le culte des ancêtres. Ils font donc interdire l'incinération en 963 et 972. Malgré cela, la crémation persiste dans les classes moyennes et pauvres. Au xiie siècle, pour contrer ce phénomène, le gouvernement instaure des cimetières publics dans lesquels les familles peuvent enterrer leurs morts sur la propriété de l'État.
Héritage et style de vie des femmes
Portrait officiel de l'impératrice et femme de l'empereur Song Zhezong.
Les historiens remarquent que les femmes durant la dynastie Tang sont hardies, sûres d'elles-mêmes, actives et relativement plus libérées socialement que les femmes de la dynastie Song. Selon l'historien Gernet, sous le règne des Song, elles sont en général plus cultivées et plus enclines à s'exprimer intimement à travers la poésie, mais sont en revanche plus réservées, respectueuses, minces, petites et menues. L'apparition de la mode des pieds bandés durant les Song du Sud renforce certainement cette vision. Toutefois, un grand nombre de documents révèlent une réalité bien plus riche et complexe sur la vie de famille et des femmes. À travers les romans et registres légaux entre autres documents, différentes sources montrent que les femmes Song ont une grande influence dans les prises des décisions familiales et sont familières avec l'économie du ménage. Les hommes dominent la sphère publique, pendant que les femmes influentes passent leur temps à la maison à jouir de loisirs et à gérer le foyer. Toutefois, les femmes des classes moyennes et basses ont une influence qui se borne uniquement à la sphère domestique. Par ailleurs, il est commun de rencontrer des femmes tenancières d'auberges de ville ou de restaurants, des filles de fermiers tisser des tapis et les vendre, des sages-femmes faire des accouchements, des nones bouddhistes étudier les textes religieux et les sûtras ou encore des femmes surveiller de près leurs propres intérêts financiers. Dans ce dernier cas, les registres légaux décrivent des cas de veuves sans enfants accusant leurs neveux de voler leurs biens. Il est également plusieurs fois fait mention de femmes s'appuyant sur leurs dots pour aider les sœurs de leur mari à se marier à d'autres familles influentes.
La prospérité économique de la période Song incite beaucoup de familles à assurer à leurs filles d'importantes dots afin d'attirer les beaux-fils les plus riches et pour leur donner une sécurité économique. En cédant une partie de leurs biens à la dot des filles, leurs familles cherchent naturellement des bénéfices en contre-partie. De ce fait, les droits des femmes dans la propriété augmentent. Filles et fils deviennent ainsi égaux dans les questions d'héritages. Selon les lois Song, si un homme sans héritiers ne désigne pas clairement de successeur, sa veuve possède le droit de désigner son propre héritier dans une procédure appelée liji (« adopter un héritier »). Si un héritier est désigné par des parents du défunt, celui-ci ne possède pas les mêmes droits qu'un fils biologique qui hérite naturellement. Il doit en effet partager la propriété avec les filles du défunt, s'il y en a encore.
Le divorce par consentement mutuel entre mari et épouse est permis, alors que le remariage après un veuvage est fréquent durant la période Song. En revanche, les veufs des dynasties postérieures à la dynastie Song ne se remarient que rarement, suivant les pensées du philosophe confucéen Cheng Yi (1033-1107), qui prétend qu'il est préférable à un veuf de mourir plutôt que de perdre sa vertu en se remariant. Le remariage après la perte d'une première épouse ne redevient courant qu'à partir de la dynastie Qing (1644-1912)-
Malgré des avancées dans les libertés sociales et les droits légaux, les femmes sont encore supposées s'occuper des tâches domestiques. Avec l'éducation des enfants, les femmes sont responsables du filage, de la confection de vêtements, de la couture et de la cuisine. Celles qui appartiennent aux familles de vendeurs de soie ont encore plus de tâches domestiques en charge, puisqu'elles doivent dorloter les vers à soie, les nourrir et les maintenir au chaud pour s'assurer qu'ils tissent leurs cocons dans de bonnes conditions. Dans la hiérarchie familiale, la femme dominante du foyer est la belle-mère qui est libre de distribuer ordres et privilèges aux femmes de ses fils. Les mères ont souvent des liens forts avec leurs progénitures, tant que ces derniers vivent à la maison. Si une belle-mère n'arrive pas à obtenir suffisamment d'aide de la part de sa belle-fille, elle peut cependant faire appel à des domestiques. Il existe également beaucoup de courtisanes professionnelles et de concubines qui occupent les hommes en matière de divertissement, relations et liaisons romantiques. Toutefois, il est courant que les épouses officielles soient jalouses envers les concubines que leurs maris fortunés peuvent ramener à la maison. Par ailleurs, l'idéal de la jeune femme chaste, modeste et pieuse est sérieusement remis en cause dans les villes comme Hangzhou et Suzhou, où les femmes sont parfois cupides et frivoles. Selon Gernet, les maris de ces femmes ne parviennent pas à les satisfaire, ce qui les pousse à prendre parfois jusqu'à cinq « maris complémentaires ». Si les femmes habitent à proximité de monastères, même les moines bouddhistes peuvent devenir des amants de ces femmes insatisfaites.
Femmes frappant et préparant la soie, peinture de l'empereur Song Huizong, début du xiie siècle,
inspirée d'une peinture du début de la dynastie Tang.
Alors que les garçons suivent les cours dans les académies confucéennes dans l'espoir de pouvoir intégrer la fonction publique, les filles apprennent souvent la lecture et l'écriture par leurs frères. Pendant la période Song, plus de femmes des classes aisées et cultivées sont capables de lire grâce au développement de l'imprimerie. Ainsi, un nombre important de lettres, poèmes et autres documents écrits par des femmes ont été retrouvés- Certaines sont même suffisamment cultivées pour enseigner à leurs fils avant leur intégration dans une école officielle. Par exemple, la mère du politique et scientifique Shen Kuo lui a transmis une éducation de base et même la stratégie militaire qu'elle avait elle-même apprise de son frère aîné. Hu Wenrou, la grande sœur du fonctionnaire Hu Su, est considérée par Shen Kuo comme une mathématicienne remarquable, puisque Shen lui transmet souvent des questions par l'intermédiaire de son mari, afin d'avoir son point de vue et la critique de celle-ci sur ses travaux mathématiques. Dans un autre domaine, Li Qingzhao (1084-1151), dont le père est un ami de Su Shi, écrit beaucoup de poèmes narrant sa vie turbulente et devient ainsi une poétesse reconnue au cours de sa vie. Après la mort de son mari, elle écrit des poèmes à profusion, dont certains sont émotionnellement profonds
.
Religion et philosophie
« Un Luohan », par Liu Songnian, fin du xiie siècle-début du xiiie siècle,
dynastie des Song du Sud.
Le taoïsme chinois, le culte des ancêtres et le bouddhisme d'origine étrangère sont les pratiques religieuses dominantes de la période Song. Le taoïsme se développe largement par l'enseignement du Tao Tö King, attribué au philosophe du vie siècle av. J.-C. Laozi (littéralement : « Vieux Maître »), considéré comme faisant partie des Trois Purs (les principales divinités du taoïsme). Le bouddhisme en Chine, introduit par les missionnaires Yuezhi, An Shigao et Kushan aux ier et iie siècles, s'adapte peu à peu pour donner naissance à un bouddhisme chinois spécifique.
Beaucoup de personnes suivent les enseignements de Bouddha et de moines importants comme Dahui Zonggao (1089-1163) et Wuzhun Shifan (1178-1249). Toutefois, de nombreuses critiques s'élèvent contre les principes religieux et philosophiques du bouddhisme. Parmi les opposants, le fonctionnaire et homme politique Ouyang Xiu compare le bouddhisme à un « fléau » qui s'abat sur la Chine, une tradition étrangère qui infiltre les croyances natives du pays et qui l'a affaibli durant les Dynasties du Nord et du Sud (420-581). Le soutien au bouddhisme est sujet de division au sein de la noblesse et même dans certaines familles. Par exemple, l'historien Zeng Gong déplore le succès du bouddhisme, le considérant comme une idéologie rivale de la « Voie des Sages » du confucianisme. Pourtant, à sa mort en 1083, il est enterré dans un temple bouddhiste que son grand-père a contribué à construire et que son frère Zeng Bu a déclaré cloître du mérite offert à sa famille- Même si les partisans conservateurs du confucianisme sont sceptiques à propos des enseignements du bouddhisme et cherchent souvent à s'en éloigner, d'autres les utilisent pour renforcer leur propre philosophie confucéenne. Ainsi, les philosophes néoconfucéens et frères Cheng Hao et Cheng Yi du xie siècle cherchent des explications philosophiques sur les travaux de principe (li) et d'énergie vitale (qi) dans la nature. Ils répondent par ce biais aux notions métaphysiques complexes très populaires dans la pensée bouddhiste. Les fonctionnaires néoconfucéens cherchent également à emprunter l'idéal du bouddhisme mahāyāna de sacrifice personnel, de bien-être et de charité incarné dans le Bodhisattva. En cherchant à remplacer le rôle important des monastères bouddhistes dans le bien-être et la charité, les partisans du néoconfucianisme convertissent cet idéal par des mesures pratiques de support étatique aux pauvres.
Peinture de Qiu Chuji (1148–1227), un disciple du Quanzhen Dao
qui a fondé la branche Longmen (littéralement : « Porte du Dragon ») du taoïsme.
Le bouddhisme ne s'est jamais complètement remis des importantes persécutions dont il a fait l'objet en Chine entre les ve et xie siècles, alors que le taoïsme continue de se développer dans la Chine Song. En Chine septentrionale, sous la dynastie Jin (1115-1234), après 1127, le philosophe taoïste Wang Chongyang (1113-1170) fonde le Quanzhen Dao. Les sept disciples de Wang, connus sous le nom des « Sept Immortels », acquièrent une grande renommée à travers la Chine. Parmi eux, la prêtresse Sun Buer (c. 1119-1182) devient le modèle féminin du Taoïsme. Quant à Qiu Chuji (1148-1227), un autre Immortel, il crée sa propre branche du Quanzhen Dao, la Longmen (« Porte du Dragon »). Sous les Song du Sud, les centres de culte taoïstes deviennent populaires. Situés dans les montagnes, ils sont réputés pour accueillir le logis des divinités taoïstes. Les familles aisées érigent ainsi des temples sur ces montagnes en l'honneur des divinités locales qui y résident. Beaucoup plus que pour le clergé bouddhiste, les prêtres taoïstes et hommes saints sont sollicités pour des prières dans l'espoir d'avoir un fils, de guérir d'une maladie ou d'obtenir des conditions plus clémentes après une longue période de mauvais temps et de pauvres récoltes.
La religion traditionnelle chinoise continue d'être pratiquée en Chine, empruntant des concepts aussi bien de l'ancienne mythologie chinoise que du culte des ancêtres. Beaucoup de personnes croient que des esprits et des divinités du royaume des esprits interagissent régulièrement avec le royaume des vivants. Ces sujets sont également populaires dans la littérature Song. Hong Mai (1123-1202), un important membre d'une famille de fonctionnaires du Jiangxi, écrit un livre populaire appelé Chroniques de Yijian (Yijian zhi) qui regroupe plusieurs anecdotes traitant des esprits et des interactions supposées avec des vivants. Les habitants de la Chine Song croient fortement que leur infortune et fortune quotidiennes sont les conséquences d'interventions de divinités et d'esprits qui interagissent avec leur vie de tous les jours. Ces divinités incluent les divinités bouddhistes et taoïstes nationalement reconnues, mais également des divinités et démons propres à certaines régions géographiques. Selon les croyances, si un ancêtre mort depuis longtemps est mécontent, il est possible qu'il puisse infliger des maux et maladies naturelles à ses descendants. Les gens pensent également que des démons espiègles et des esprits malveillants sont capables d'arracher des offrandes faites aux ancêtres. Les Chinois croient aussi que les esprits et divinités ont les mêmes émotions et comportements que les personnes vivantes. Dans certains cas, le chef des divinités locales d'une cité agit donc comme un fonctionnaire qui peut recevoir et distribuer des ordres pour punir ou récompenser d'autres esprits. Les habitants des villes offrent beaucoup de sacrifices à leurs divinités dans l'espoir que leur cité soit épargnée des catastrophes telles que les incendies. Toutefois, les gens ordinaires ne sont pas les seuls à tenter d'apaiser les divinités locales. En effet, les magistrats et fonctionnaires envoient des offrandes de la capitale vers différents lieux de l'empire pour assurer le soutien des divinités locales au pouvoir local.
Justice et loi
Buste du fameux magistrat Bao Zheng (999–1062), reconnu pour son jugement
en justice durant le début de la période Song.
Un des devoirs des fonctionnaires érudits est d'entendre les affaires judiciaires de la cour. Toutefois, les magistrats et préfets de la période Song sont censés aller au-delà la loi écrite. Ils doivent promouvoir la morale dans la société et punir les brigands179. Ils traitent souvent les cas les plus sérieux qui sont amenés devant la cour, la plupart des gens préférant en effet régler leurs querelles en privé, à cause du coût important des procédures judiciaires. Dans la Chine ancienne, les accusés par la cour ne sont pas considérés comme totalement innocents jusqu'à preuve du contraire, alors que les accusateurs sont quant à eux observés avec suspicion par le juge. Les accusés sont immédiatement placés dans des prisons répugnantes et nourris uniquement grâce aux efforts fournis par sa famille et ses amis. Cependant, l'accusateur doit aussi payer un prix : afin de faire entendre son cas, l'historien Gernet rapporte qu'ils doivent faire une offrande au juge.
Gernet montre que les disputes qui peuvent conduire à une arrestation sont la plupart du temps évitées ou réglées en privé. Pourtant, l'historienne Patricia Ebrey remarque que les tribunaux de la période Song sont submergés de querelles de voisinage et de droit à la propriété. L'auteur et fonctionnaire Yuan Cai (1140-1190) met en garde à plusieurs reprises sur ce phénomène et, comme les autres fonctionnaires de son temps, il avertit aussi ses lecteurs sur l'augmentation du brigandage dans la société des Song du Sud et le besoin de se protéger physiquement, ainsi que ses biens.
Vengeance et justiciers
Le Premier ministre Wang Anshi, également écrivain en prose reconnu, écrit un ouvrage sur la justice de l'État au xie siècle. Dans celui-ci, il écrit que les intérêts privés, en particulier la recherche d'une auto-justice, ne devraient pas interférer avec le déroulement de la justice publique. Dans le Classique des rites», les Rites des Zhou et les commentaires des Annales des Printemps et des Automnes, rechercher la vengeance pour un crime violent perpétré contre quelqu'un de sa famille est considéré comme une obligation morale et filiale. Wang croit que l'état de la Chine des Song est bien plus stable que ceux des temps anciens et plus capable de dispenser une justice équitable. Bien que Wang fasse l'éloge du justicier Wu Zixu (526-484 av. J.C.), Michael Dalby écrit que Wang « aurait été horrifié si les exactions de Wu avaient été répétées à la période Song ». Pour le Premier ministre, une vengeance personnelle réclamée par une victime contre celui qui a commis un acte criminel flagrant est seulement considérée comme acceptable quand le gouvernement et son système judiciaire connaît un dysfonctionnement ou cesse d'exister. Dans cette optique, la caractéristique d'un gouvernement fonctionnant correctement se traduit par le fait qu'une personne innocente ne sera jamais exécutée. Si cela se produit, les relations, amis et familles en deuil peuvent adresser une plainte aux fonctionnaires haut placés dans la hiérarchie pour que leur doléance soit traitée. Si un tel cas arrive jusqu'à l'empereur, le dernier juge, et qu'il décide que les fonctionnaires précédents qui ont traité le cas se sont trompés dans leur décision, il punit en conséquence ces fonctionnaires et la partie accusatrice. Si même l'empereur, pour une raison quelconque, commet une faute en pardonnant un parti qui était vraiment coupable, Wang estime que la seule explication pour l'absence de justice est la volonté du ciel et de son jugement va au-delà du contrôle des hommes mortels. Wang insiste pour que la soumission à la volonté du ciel à cet égard soit la bonne chose à faire, tandis qu'un père ou une mère assassiné pourra encore être honoré par des sacrifices rituels.
Affaires judiciaires
Beaucoup d'affaires judiciaires de la période Song servent d'exemples pour la promotion de la morale dans la société. Utilisant sa connaissance et compréhension des citadins et des fermiers, un juge de cette époque rend sa décision sur une rixe entre pêcheurs, affaire enregistrée sous le nom Pan 52 et Li 7 par la cour :
Une porte d'entrée d'une prison. Les murs sont surmontés de pointes pour décourager
les évasions ou les entrées illicites.
Extrait de la peinture intitulée « Le Jour de Qingming au bord de la rivière » par Zhang Zeduan (1085-1145).
« La compétition dans la vente de poisson conduit à des voies de fait.
Proclamation : Dans les marchés de la ville les profits du commerce sont le monopole des marchands itinérants, alors que le petit peuple des villages ruraux n'est pas autorisé à vendre directement leurs marchandises. Il n'existe pas un vêtement ou une nourriture qui ne soit pas le produit de ces paysans. Les hommes labourent la terre et les femmes tissent les tissus. Leur labeur est extrêmement lassant, pourtant le profit qu'ils en tirent est négligeable, alors que les intérêts des collecteurs retournent dans les poches de ces paresseux. Ces derniers se réunissent par centaines voire par milliers pour former des bandes. Quand les villageois viennent pour vendre leurs produits sur la place du marché, avant que les marchandises ne quittent leurs mains, la horde de ces paresseux arrive et les attaque en groupe. Ces paresseux appellent cette pratique « boxer pour la communauté familiale ». Ils ne craignent pas d'agir outrageusement. J'ai vu par moi-même ce phénomène. N'ont-ils pas pensé à la nourriture qu'ils consomment et aux vêtements qu'ils portent ? Sont-ils fabriqués par ces personnes sur le marché ? Ou sont-ils produits par les fermiers ruraux ? Quand ils reconnaissent que ces biens sont produits par les fermiers ou les villages ruraux, comment peuvent-ils exprimer de la colère à leur égard ? Comment peuvent-ils les brutaliser et les insulter ? Dans notre cas, Pan Cinquante-Deux et Li Sept sont deux poissonniers, mais Pan vit dans la ville et le mareyage est sa principale source de revenus. Li est un fermier, qui vend du poisson entre deux périodes de labeur. Pan à la fin de l'année a obtenu un profit, sans se fatiguer à élever les poissons, mais seulement en les vendant. Il haït Li et s'est battu avec lui sur le marché aux poissons. Son manque d'humanité est extrême ! Li est un villageois rustre. Comment pourrait-il se battre avec les marchands itinérants armés qui rôdent autour du marché ? Bien qu'aucune injure ne soit ressortie du combat, nous devons donc infliger des sanctions légères. Pan doit être battu de quinze coups de tige lourde. De plus, Li, bien qu'il soit un paysan, a agressé verbalement son adversaire lors de joute verbale. Il n'est clairement pas un homme simple et pur. Il a dû faire quelque chose qui a provoqué cette dispute. Li écope donc de dix coups de bâtons avec sursis, qui seront exécutés en cas de nouvelle infraction. »
Débuts de la médecine légale
« La Balustrade brisée », peinture du xiie siècle montrant deux gardes armés du palais (gauche)
au cours d'une arrestation.
Dans la dynastie Song, les policiers mènent les enquêtes et appréhendent les criminels suspectés. À partir de la scène de crime et des preuves collectées sur le corps, ils déterminent si la cause du décès est une maladie, la vieillesse, un accident ou un meurtre. Si un meurtre est constaté, un fonctionnaire de la préfecture est envoyé pour enquêter et rédiger un rapport d'investigation, signé par les témoins et ensuite utilisé par la justice. Les documents de ce rapport contiennent également des croquis du corps avec le détail des blessures infligées.
Song Ci (1186-1249) est un physicien et juge chinois de la dynastie des Song du Sud. Son fameux ouvrage Instructions aux légistes (Xi Yuan Ji Lu) est la base de la médecine légale en Chine. Avant cela, Shen Kuo proposait une analyse critique de l'anatomie humaine, chassant les anciennes croyances chinoises selon lesquelles la gorge humaine possède trois valves au lieu de deux. Une autopsie chinoise pratiquée au début du xiie siècle confirme la théorie de Shen sur l'existence de seulement deux valves : l'œsophage et le larynx. Toutefois, la dissection et l'observation de corps humains pour résoudre des affaires criminelles sont une idée de Song Ci. Son travail est compilé sur la base des autres travaux chinois à propos de la justice et de la médecine légale. Son livre fournit une liste de types de morts (strangulation, noyade, empoisonnement, coups, etc.) et une méthode d'observation physique afin de distinguer un meurtre d'un suicide et d'un accident. En plus des instructions pour examiner les corps correctement, Song Ci fournit également des instructions de premiers secours pour les victimes proches de la mort suite à une strangulation, une noyade, une hyperthermie, une hypothermie ou une malnutrition. Pour le cas spécifique de la noyade, Song Ci conseille même l'usage de la respiration artificielle.
Song Ci partage également son opinion selon lequel la présence du suspect d'un meurtre à l'autopsie de la victime a un très fort pouvoir psychologique dans la recherche d'aveux. Dans l'un des plus anciens cas d'entomologie médico-légale connus, un villageois a été frappé à mort avec une faucille, ce qui a conduit le magistrat à inviter tous les villageois à déposer leurs faucilles sur la place du village pour tester à l'aide de mouches la présence de reste invisible de sang. Après la découverte de l'arme utilisée pour le meurtre, son auteur fut immédiatement arrêté.
Alors que l'intérêt pour l'anatomie humaine est une longue tradition en Occident, un livre de médecine légale comme celui de Song Ci n'y apparaît pas avant le livre de Roderic de Castro au xviie siècle193. Les livres de Song Ci ont depuis été plusieurs fois commentés et traduits en Occident.
Armée et guerre
Wu et wen, violence et culture
Les « Quatre généraux de Zhongxing » avec leurs quatre assistants, peints par by Liu Songnian (1174–1224).
Le fameux général Yue Fei est la seconde personne en partant de la gauche.
Durant la dynastie Song, la voie la plus rapide pour ceux qui n'ont pas bénéficié d'une éducation suffisante pour accéder au pouvoir et gravir les échelons de la société consiste à s'engager dans l'armée. Si un homme réussit sa carrière militaire et peut revendiquer des batailles victorieuses, il s'assure un chemin victorieux vers le monde de la politique. D'autre part, les fonctionnaires érudits issus des examens impériaux sont originaires d'importantes familles et ils peuvent compter sur leur statut dans un clan pour faire avancer leur carrière et leur place dans la société. Cependant, beaucoup d'officiers n'ont pas cet avantage et doivent leur statut social à l'avantage que le pouvoir militaire leur garantit. Certains eunuques de la cour comme Tong Guan (1054-1126) s'engagent donc comme officiers dans l'armée centrale depuis que ce poste leur permet d'accélérer leur promotion dans la cour.
Les simples soldats sont majoritairement recrutés ou appelés parmi les fermiers ruraux, alors que les bandits et mercenaires repentis rejoignent également l'armée. Les soldats ne se voient pas offrir de statut officiel par les fonctionnaires confucéens, ce qui les exclut donc des Quatre Professions. En effet, les fonctionnaires érudits craignent de faire l'apologie ou de légitimer ceux dont les activités tournent autour des pratiques barbares du wu (violence). Même si les examens, rangs et postes militaires sont similaires à ceux de la filière civile, les fonctionnaires érudits et nobles considèrent cependant les activités militaires comme incultes. Malgré ce dédain et l'argument de la morale, les fonctionnaires érudits sont souvent à la tête de troupes et manient le commandement militaire. Pourtant, les fonctionnaires ne sont pas au sommet de l'ordre militaire et même civil. À la cime de la société se trouve l'empereur ; l'emploi de la violence par ce dernier est considéré comme nécessaire pour mater les éléments rebelles de la société et pour dominer les tribus violentes et incultes de l'Asie centrale, avant de soumettre ces territoires à l'autorité de l'empereur et de les transformer par le wen (culture et civilisation) supérieur de la Chine.
Catastrophe et réformes
En 960, l'armée Song compte 378 000 soldats professionnels- À l'approche du xie siècle, sa taille atteint 900 000 hommes, avant de comptabiliser un million de soldats en 1022 et plus de 1 250 000 en 1041. En conséquence, l'ensemble des dépenses nécessaires pour maintenir une telle puissance militaire consomme trois quarts de l'ensemble des revenus annuels de l'État. Pour diminuer ce gouffre financier, en 1069, le Premier ministre Wang Anshi instaure des milices locales qui soutiennent l'armée permanente. En 1073, il crée un nouveau bureau dans le gouvernement central, appelé Directorat des armes, qui supervise la fabrication des armements et en contrôle la qualité.
L'empire des Song du Nord (en rouge)
L'empire des Song du Sud (en rouge)
Malgré la taille de l'armée et des réformes bénéfiques, le haut commandement militaire Song est fortement corrompu. Au début du xiie siècle, les généraux Song se voient offrir des fonds en fonction des troupes qu'ils enregistrent. Au lieu d'utiliser ces fonds pour le bien des troupes, ils complètent leur propre salaire avec cette manne financière. Pendant ce temps, les troupes de la marine permanente sont très peu payées alors qu'elles accomplissent des tâches subalternes. Les fonctionnaires érudits du gouvernement offrent souvent une faible attention à la détresse des soldats et même aux demandes des officiers, depuis qu'ils sont considérés comme appartenant aux rangs inférieurs de la société. L'historien John Fairbank écrit que la « domination civile de l'armée fait partie du contrôle de l'État par l'élite dirigeante, mais elle rend l'armée faible »-
1. 20/02/2012
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