Dynastie Song : société

Vie urbaine

Croissance et organisation urbaine

Extrait du « Jour de Qingming au bord de la rivière » par Zhang Zeduan, représentant la ville de Kaifeng au xie ou xiie siècle.

Les villes chinoises de la période Song sont parmi les plus grandes du monde, profitant des avancées technologiques et de la révolution agricole. Kaifeng, qui est la capitale et le siège du gouvernement de la dynastie de Song du Nord (960-1127), compte un demi-million d'habitants en 1021, avec un autre demi-million vivant dans les neuf banlieues de la ville. En 1100, la population civile dans les murs de la ville atteint 1 050 000, alors que l'armée compte un total de 1,4 million de soldats stationnés. Hangzhou, la capitale de la dynastie des Song du Sud (1127-1279), quant à elle, compte plus de 400 000 habitants au début du xiie siècle, grâce à sa position commerciale stratégique à l'extrémité méridionale du grand canal, lui donnant la réputation de « grenier à grains » de la vallée inférieure du fleuve Yangzi- Au cours du xiiie siècle, la population de la ville augmente considérablement, jusqu'à environ un million d'habitants, alors que le recensement de 1270 fait mention de 186 330 familles enregistrées vivant dans la ville.

Bien que l'agriculture ne soit pas aussi riche que dans les régions de l'Ouest, comme au Sichuan, la région du Fujian subit cependant un accroissement important de sa population. Le gouvernement y enregistre une augmentation de 1 500 % du nombre de foyers enregistrés entre les années 742 et 12086. Avec une industrie navale en plein essor et de nouvelles installations minières, le Fujian devient le moteur économique de la Chine au cours de la période Song6. Le grand port de mer de la Chine, Quanzhou, est situé au Fujian. En 1120, son gouverneur revendique que la population de sa ville atteint environ 500 000 habitants. La ville à l'intérieur des terres de la province du Fujian, Jiankang, possède également une importante population d'environ 200 000 habitants. Robert Hartwell indique qu'entre 742 et 1200 la population du Nord de la Chine croît de seulement 54 %, alors que le Sud de la Chine connaît une croissance démographique de 695 %, la vallée médiane du Yangze de 483 %, la région de Lingnan de 150 %, et la vallée supérieure du Yangzi de 135 %8. Entre les viiie et xie siècles la vallée inférieure du Yangzi connaît une croissance démographique plus faible en comparaison des autres régions du Sud de la Chine-Le déplacement de la capitale à Hangzhou ne crée pas de changement immédiat spectaculaire quant à la croissance de la population avant la période des années 1170 à 1225, lorsque de nouvelles digues permettent de remettre en état des terres pour la plupart à destination de l'agriculture entre le lac de Tai et la mer de Chine orientale ainsi qu'à l'embouchure du Yangzi sur la côte septentrionale du Zhejiang. 

Bol en céladon de Yaozhou, Shaanxi, daté du xe ou xie siècle.

La société chinoise nouvellement commercialisée est manifestement différente entre la période des Song du Nord et celle de la précédente dynastie Tang, dont la capitale est Chang'an. Même si la ville concentre de grandes richesses, l'importance politique de Chang'an éclipse son envergure commerciale. Yangzhou est ainsi le centre économique de la Chine durant la période Tang. À l'opposé, le rôle de Kaifeng en tant que centre commercial de la Chine est tout aussi important que son rôle politique. Après l'abolition du couvre-feu datant de la période Tang, en 1063, les marchés de Kaifeng sont ouverts à toute heure du jour, ce qui accroît son potentiel commercial, contrairement à l'ancienne capitale Chang'an. Les commerçants et colporteurs à Kaifeng commencent à vendre leurs marchandises dès l'aube. Le long de la large avenue impériale, des petits déjeuners et autres friandises sont vendus dans des magasins et sur des étals. Des colporteurs proposent également de l'eau chaude pour laver les visages à l'entrée des bains publics. La vive activité des marchés ne décline pas avant le repas du soir, tandis que les boutiques de nouilles restent ouvertes jour et nuit. Durant la période Song, le peuple est également plus désireux d'acheter des maisons situées près des marchés animés par rapport aux périodes passées. La richesse de Kaifeng, les maisons de plusieurs étages et les logements urbains communs se concentrent le long des rues de la ville, alors que l'ancienne capitale des Tang les cache derrière d'imposants murs.

 

Peinture d'une femme et d'enfants autour d'un colporteur dans la campagne, par Li Song (c. 1190-1225), datée de 1210. Le plus jeune des enfants, qui tire un des paniers de marchandises du colporteur, est cependant trop jeune pour porter un pantalon.

Le gouvernement municipal de Hangzhou décrète une politique et un programme d'aide à la maintenance de la ville pour assurer le bien-être de ses habitants. Pour maintenir l'ordre dans une si grande ville, quatre ou cinq gardes y sont postés en faction tous les 270 mètres. Leurs rôles principaux sont la prévention des rixes et des vols, les patrouilles nocturnes dans les rues et l'alerte rapide aux habitants en cas d'incendie. Le gouvernement assigne 2 000 soldats dans 14 casernes construites pour combattre la propagation des feux dans la cité. Il stationne également 1 200 soldats dans le même but, mais à l'extérieur des murs de la ville. Ces casernes sont espacées de 460 m, possèdent des tours d'observation et accueillent en permanence 100 hommes chacune. Comme dans le passé, les capitales Song sont aussi constituées de larges avenues afin de briser la propagation des incendies. Malgré ces mesures de prévention, les grands incendies restent une menace permanente. Après l'extinction d'un important feu en 1137, le gouvernement suspend le paiement des loyers et offre 108 840 kg de riz aux plus pauvres. Le bambou, les planches et les nappes ne sont pas objets de taxes afin de faciliter la reconstruction. Les incendies ne sont pas les seuls problèmes auxquels les habitants de Hangzhou et des autres villes peuplées doivent faire face. Plus encore que dans les campagnes, la pauvreté est largement répandue et devient un sujet majeur de débat à la cour centrale et dans les gouvernements locaux. Pour réduire ses effets, le gouvernement Song décrète plusieurs initiatives, dont la distribution d'aumônes aux pauvres, l'établissement de cliniques, de pharmacies et de maisons de retraite publiques et la création de cimetières pour les défavorisés. De plus, chaque préfecture administrative possède des hôpitaux publics gérés par l'État, où les pauvres, les personnes âgées, les malades et les incurables peuvent aller se faire soigner gratuitement.

Afin d'assurer une communication rapide entre les villes, les Song équipent la Chine rurale de routes et de nombreux ponts. Le gouvernement maintient également un système postal efficient surnommé le « relais de pieds chauds », qui est constitué de milliers d'officiers postaux dirigés par le gouvernement central. Les employés postaux conservent des enregistrements des envois et les bureaux de poste sont constitués d'officiers cantonaux qui surveillent les routes de distribution du courrier. Après la période Song, la dynastie Yuan transforme ce système postal en organisation militaire, avec des coursiers sous les ordres de directeurs. Ce nouveau système perdure entre les xive et xixe siècles, avant que le télégraphe et la construction de routes modernes ne soient introduits en Chine par les Occidentaux.

Divertissements et passe-temps 

Peinture d'un banquet extérieur, possible version revisitée d'un original de la dynastie Tang.

De nombreux clubs sociaux pour les riches Chinois deviennent populaires durant la période Song. Un texte daté de 1235 mentionne que, rien que dans la ville de Hangzhou, il existe notamment le Club de poésie du lac de l'Ouest, la Société bouddhiste de thé, le Club de forme physique, le Club des pêcheurs, le Club occulte, la Chorale des jeunes filles, le Club des cuisines exotiques, le Club des fruits et des plantes, le Club des antiquaires collectionneurs, le Club des amoureux des cheveux et la Société de musique raffinée. Par ailleurs, aucun évènement formel ou festival ne se termine sans un banquet qui nécessite l'appel aux entreprises de restauration.

Dans cette peinture de Su Hanchen (fl. 1130-1160), un enfant agite une plume de paon qui est communément utilisé par les acteurs jouant les généraux dans les pièces de théâtre des Song.

Les quartiers de divertissements de Kaifeng, Hangzhou ou des autres villes proposent des amusements tels que des charmeurs de serpents, mangeurs de sabres, diseurs de bonne aventure, acrobates, marionnettistes, acteurs, conteurs, maisons de thé, restaurants et courtiers qui proposent de jeunes femmes pouvant servir de servante, concubine, chanteuse ou prostituée. Ces quartiers, connus sous le nom de « lieux de plaisir », sont situés dans des endroits où la stricte observance de la moralité et du formalisme social peut être aisément ignorée. Ils se trouvent dans la cité, en dehors des remparts près des portes ou encore dans les banlieues. Chacun d'entre eux est contrôlé par un fonctionnaire nommé par l'État. Les jeux et divertissements se déroulent toute la journée, alors que les tavernes et maisons de chanteuses ouvrent à partir de deux heures du matin. Tout en étant servi par des serveurs qui chauffent le vin pour les clients, les hommes sont régulièrement approchés par des gens communément appelés « paresseux » (xianhan) qui offrent leurs services pour faire des courses, aller chercher et/ou envoyer de l'argent, ou encore convoquer des chanteuses.

Les représentations théâtrales, souvent accompagnées de musique, sont populaires sur les marchés. Il est possible de distinguer le rang des acteurs par le type et la couleur de leurs vêtements, qui représentent leurs compétences acquises dans les écoles de théâtre. Des sketches satyriques, qui dénoncent la corruption des fonctionnaires, sont particulièrement appréciés par les couches populaires. Dans les pièces, les acteurs parlent le chinois classique. Le chinois vernaculaire, qui imite le mandarin parlé, n'est introduit dans les pièces de théâtre qu'à partir de la dynastie suivante des Yuan. Bien qu'ils aient l'habitude de parler en langue chinoise érudite, les troupes d'acteurs sont souvent considérées comme faisant partie de la plus basse classe sociale de l'époque, celle des prostituées. Sur la cinquantaine de théâtres situés dans les lieux de plaisir de Kaifeng, quatre sont assez grands pour accueillir plusieurs milliers de spectateurs, chacun attirant les foules qui prospèrent dans les entreprises à proximité.

Un certain nombre de festivals se tiennent aussi bien dans les villes que dans les communautés rurales. Les arts martiaux sont source de divertissement public. Les combats ont lieu sur des estrades, les lei tai. Avec la montée de la popularité de la distinction entre activités urbaine et domestique durant cette période, les activités traditionnelles chinoises, telles que la cynégétique, les activités équestres et le polo, déclinent. En termes de loisirs domestiques, les Chinois apprécient entre autres les jeux de plateau, comme le xiangqi et le jeu de go. De somptueux jardins permettent aux habitants de se promener. Régulièrement, des courses de bateaux dragon sont même organisées sur les lacs des parcs.

 

Vie rurale 

« Chanson de soirée des pêcheurs », par Xu Daoning, c. 1049.

En bien des aspects, la vie des paysans dans les campagnes durant la dynastie Song est similaire à celle vécue dans les dynasties précédentes. Les gens passent leurs jours à labourer et planter dans les champs, entretenir leurs familles, vendre des semis et des marchandises sur les marchés locaux, visiter les temples et organiser des cérémonies comme des mariages. Les cas de banditisme, que les fonctionnaires locaux sont forcés de combattre, ont lieu en permanence dans la campagne.

Il y a divers types de propriété foncière et d'occupation en fonction de la topographie et du climat local. Dans les régions vallonnées et loin des routes commerciales, la plupart des fermiers paysans possèdent et cultivent leurs propres champs. Dans les régions frontalières comme au Hunan et au Sichuan, les propriétaires des riches possessions embauchent des serfs pour travailler la terre. Les domaines les plus à l'intérieur des terres ont quelques propriétés avec des serfs pour labourer les champs. Ces régions ont longtemps favorisé la culture irriguée du riz, qui ne demande en effet pas de gestion centralisée. Les propriétaires fixent des loyers aux fermiers dans ces régions, alors que les petites familles de fermiers indépendants possèdent également leurs propres parcelles de terrain.

Le gouvernement offre des avantages fiscaux aux agriculteurs qui cultivent les terres le long des lacs, marais, mers et en terrasses sur les pentes des montagnes. La culture est rendue possible sur ces terrains difficiles grâce aux améliorations dans la construction de barrages et dans l'usage de chaînes de pompe afin d'élever l'eau vers des niveaux d'irrigation plus élevés. Au xe siècle, l'introduction du riz précoce, qui peut pousser dans diverses régions climatiques et conditions topographiques, permet une migration significative des grandes terres les plus productives qui ont été cultivées pendant des siècles dans des zones auparavant inhabitées dans l'arrière-pays de la vallée du Yangzi et au Sud-Est de la Chine, qui ont connu un développement rapide. La culture à grande échelle du riz en Chine nécessite toutefois de nouvelles techniques de labourage et d'agriculture. En effet, un rendement effectif des rizières demande un repiquage soigneux des rangées de plants de riz, un désherbage efficace, un maintien des niveaux d'eau et un drainage des champs pour la récolte- Planter et désherber requiert souvent un jour complet de travail, puisque les fermiers doivent œuvrer pieds nus dans les eaux boueuses des rizières. Pour les autres cultures, les buffles domestiques sont utilisés comme animaux de trait pour le labourage et le hersage des champs. Ils servent également à y répandre le compost et le fumier.

Classes sociales

Fonctionnaires érudits et nobles, l'élite sociale 

« Concert de Qin », par l'empereur Song Huizong, xie siècle ; jouer un instrument de musique comme le qin est un des loisirs appréciés des fonctionnaires érudits.

Un des changements fondamentaux dans la société chinoise, entre les périodes des dynasties Tang et Song, réside dans la transformation de l'élite intellectuelle, dont font partie les fonctionnaires érudits et tous ceux qui ont réussi ou ont été candidats aux examens impériaux. Ces intellectuels sont mieux éduqués, moins aristocrates dans leurs habitudes, et plus nombreux que pendant la période Tang. Suivant la logique des classiques philosophiques confucéens, les fonctionnaires érudits Song se considèrent comme des figures moralistes dont la responsabilité principale est de maintenir les marchands cupides et les militaires assoiffés de pouvoir à leurs places. Même si un fonctionnaire érudit n'est pas assuré de se voir attribuer un poste au gouvernement, il se sent responsable de faire respecter la morale dans la société et devient ainsi un membre d'élite de sa communauté.

Le facteur le plus influent qui sculpte cette nouvelle classe sociale est sans doute la compétitivité des candidats érudits qui entrent dans la fonction publique par les examens impériaux. Même s'ils ne sont pas tous issus de la classe des propriétaires fonciers, les fils des membres de cette classe sociale ont un meilleur accès à une bonne éducation et possèdent donc plus de capacités pour réussir les examens impériaux. Obtenir un diplôme en passant un examen de niveau préfectoral, judiciaire ou de palais, durant la période Song est le plus important prérequis pour espérer décrocher une nomination dans la fonction publique, surtout dans ses postes les plus élevés. Ceci constitue une des principales différences d'avec la précédente période Tang, puisque le système d'examens de cette époque était utilisé à plus petite échelle. Désormais, plus le niveau de l'examen obtenu est élevé, plus les chances d'obtenir un poste important dans le gouvernement sont grandes. Cela assure également un salaire plus grand ainsi qu'un prestige social certain, arboré par le type et la couleur des hanfu, ces chapeaux et écharpes portés par chaque fonctionnaire. Le style vestimentaire de ce dernier permet en effet de distinguer son rang au sein de l'autorité administrative- Ce code vestimentaire rigide est particulièrement mis en application au début de la dynastie Song, avant que la prestigieuse couleur violette ne se diffuse aux rangs moyens et inférieurs des fonctionnaires.

Les fonctionnaires érudits et les nobles se distinguent par leurs activités intellectuelles. Alors que certains comme Shen Kuo (1031-1095) et Su Song (1020-1101) explorent tous les domaines connus de la science, des études et du savoir-faire, les élites Song sont généralement plus intéressées par les activités de loisir, comme la poésie, la collection d'œuvres d'art et d'antiquités. Cette dernière activité est alors transformée en véritable activité intellectuelle. C'est le fonctionnaire, historien, poète et essayiste Ouyang Xiu (1007-1072) qui compile pour la première fois un catalogue analytique des gravures anciennes sur pierres et de bronzes, ce qui constitue une des bases de l'épigraphie et de l'archéologie. Shen Kuo initie quant à lui une approche interdisciplinaire de l'étude archéologique, afin de faciliter ses travaux en astronomie, mathématiques et enregistrement des anciennes mesures musicales. Le fonctionnaire érudit et historien Zeng Gong (1019-1083) met en valeur les derniers chapitres de l'ancien Zhan Guo Ce, corrigeant et modifiant la version officielle de cette époque. Les fonctionnaires érudits et nobles sont censés se soumettre à des activités intellectuelles pour le bien de la communauté, comme l'écriture de l'histoire ou la cartographie locales. Dans les cas de Shen Kuo et Su Song, leurs activités dans les domaines académiques, tels que la pharmacie et l'amélioration du calendrier lunaire par leurs travaux en astronomie, suivent cet idéal.

« Singes et chevaux », peinture du xe siècle et copie d'un original du viiie siècle. Les peintres de la période Song et des dynasties suivantes prennent pour habitude de reprendre des scènes peintes durant les dynasties passées, en leur apportant leur propre style et expression artistique.

 

En plus des activités intellectuelles, la noblesse exhibe des habitudes et des activités culturelles qui marquent le statut social et le raffinement de ses membres. Le terme, érudit, d'« appréciation de la compagnie de neuf invités » (jiuke), une extension des quatre arts des fonctionnaires chinois, est une métaphore pour désigner les passe-temps préférés de la noblesse : pratique de la cithare chinoise, le xiangqi (échecs chinois), la méditation bouddhiste zen, la calligraphie et la peinture, la dégustation de thé, l'alchimie, la poésie chantée, la conversation et enfin la dégustation de vin. Les œuvres d'art peintes par la noblesse ont un style radicalement différent entre les Song du Nord et les Song du Sud, à cause des circonstances politique, démographique et sociale différentes. La noblesse et les fonctionnaires des Song du Nord se consacrent particulièrement à résoudre les problèmes dans l'intérêt national et à peu se préoccuper de ceux relatifs aux affaires locales. Ils préfèrent donc peindre de grandes scènes naturelles où chaque individu n'est qu'une petite figure immergée dans un cadre plus large. Au cours de la période des Song du Sud, les préoccupations politique, familiale et sociale se focalisent beaucoup plus sur les intérêts locaux. De ce fait, le style pictural de cette époque présente des petites scènes intimistes focalisées sur les individus.

Les familles aisées qui vivent dans les domaines dévolus à ces fonctionnaires érudits, tout comme des riches marchands, princes et nobles, possèdent souvent un nombre important de servants, techniciens et favoris. Elles recrutent des artisans personnels tels que des joailliers, sculpteurs et brodeurs, pendant que des domestiques nettoient la maison, font les courses, cuisinent et préparent les banquets, mariages et funérailles. Elles accueillent également des hommes de lettres comme des secrétaires, copistes et précepteurs chargés d'éduquer les fils de la famille. Pour les loisirs, on retrouve enfin dans leurs maisons des musiciens, peintres, poètes, joueurs d'échec et conteurs.

L'historien et sinologue Jacques Gernet souligne que ces servants et favoris hébergés par les riches familles représentent les membres les plus fortunés de la plus basse classe sociale. Les autres travailleurs et ouvriers tels que les porteurs d'eau, terrassiers, colporteurs, physionomistes et devins « vivent pour la plupart de la main à la bouche ». Le monde du divertissement, dans les bazars couverts des marchés et à l'entrée des ponts, fournit également des moyens modestes aux conteurs, marionnettistes, jongleurs, acrobates, fil-de-féristes, dresseurs d'animaux sauvages et anciens soldats qui étalent leurs forces en soulevant de grosses masses. Ces personnes ont le plus de travail durant les périodes de fêtes annuelles. Au contraire, les paysans constituent la plupart des ruraux pauvres. Certains, dans les zones rurales, choisissent des professions centrées principalement autour de la chasse, la pêche, la foresterie, le travail dans les mines ou dans les marais salants.

Travailleurs et eunuques, les basses classes sociales

Selon l'éthique confucéenne, les fonctionnaires érudits cultivés et l'élite se considèrent comme appartenant au sommet de la société, et ce juste derrière la famille impériale. Les fermiers ruraux sont considérés comme les piliers essentiels qui fournissent la nourriture au reste de la société. Ils sont souvent plus respectés que les marchands locaux ou régionaux, quels que soient sa richesse et son pouvoir. L'élite des fonctionnaires érudits confucéens, qui constituent la grande bureaucratie de la Chine, estime que l'intérêt croissant de leur société pour le mercantilisme est un signe de décadence morale. Néanmoins, la société urbaine chinoise de cette époque fourmille de grossistes, livreurs, gardiens d'entrepôts, courtiers, vendeurs ambulants, commerçants de détail, colporteurs et beaucoup d'autres professions basées sur le commerce.

 

Peinture de femmes de la cour à cheval, par Li Gonglin. L'original de Zhang Xuan date du viiie siècle.

Malgré la suspicion et le dédain des fonctionnaires érudits envers les marchands puissants, ces derniers complotent souvent avec l'élite de la fonction publique. Les fonctionnaires eux-mêmes s'impliquent souvent personnellement dans des affaires mercantiles, brouillant les frontières entre ce qui appartient à la classe des marchands et ce qui n'y appartient pas. Les fermiers ruraux quant à eux se lancent parfois à moindre échelle dans la production de vin, de charbon, de papier, de textiles et d'autres marchandises. En théorie, il est interdit pour un fonctionnaire de prendre part dans des affaires privées lucratives alors qu'il sert et reçoit un salaire de l'État. Afin de ne pas compromettre leur réputation fondée sur le confucianiste moral, ils doivent donc passer par des intermédiaires pour gérer des sociétés, comme le montre, dès 955, un décret qui révèle l'usage d'agents intermédiaires pour conclure des transactions d'affaires privées avec l'étranger. Alors qu'il prend le contrôle de plusieurs industries clés et impose de stricts monopoles d'État, le gouvernement Song lui-même se comporte comme une grande entreprise commerciale dirigée par des fonctionnaires érudits. Il doit également affronter les guildes de marchands et d'artisans, chaque fois qu'il réquisitionne des marchandises ou augmente les taxes. Pourtant, rejoindre une guilde n'est gage ni d'autonomie, ni d'indépendance. En effet, selon l'historien Jacques Gernet, « les corporations étaient trop nombreuses et trop variées pour pouvoir y avoir une influence ».

« Le Rouet », par Wang Juzheng (fl. début du xie siècle), période des Song du Nord ; scène avec une vieille paysanne et son chien.

 

Du point de vue des fonctionnaires érudits, les artisans sont des travailleurs essentiels à la société, juste après les paysans, et sont différents des marchands et vendeurs considérés comme étant des parasites. Les artisans façonnent et fabriquent à la main toutes les marchandises dont la société Song a besoin, comme des roues à aubes de tailles standards et des pompes créées par les charrons experts. Alors que les architectes et les charpentiers ne sont pas vraiment considérés comme des fonctionnaires érudits, certains ingénieurs et auteurs en architecture acquièrent une certaine réputation à la cour impériale et dans la sphère publique, grâce à leurs réalisations. Parmi eux, Li Jie (1065-1110) est un fonctionnaire qui est finalement promu à d'importantes responsabilités dans les agences gouvernementales de construction et d'ingénierie. Son Yingzao Fashi, traité technique sur les codes et procédures de construction, est soutenu par l'empereur Song Huizong (r. 1100-1126) qui l'utilise dans ces agences gouvernementales et le fait imprimer pour le diffuser à tous les artisans du secteur à travers le pays. Le manuel technique sur l'architecte du début du xe siècle Yu Hao reçoit par ailleurs un grand nombre d'éloges de la part du fonctionnaire érudit polymathe Shen Kuo dans son Mengxi Bitan de 1088.

« Bouviers sur le chemin du retour sous le vent et la pluie », par Li Di, xiie siècle.

 

Par le passé, les eunuques ont réussi à amasser beaucoup de pouvoir, quitte à menacer celui de l'empereur. Les fonctionnaires érudits et lettrés confucéens se méfient donc d'eux. Leur implication dans la vie du palais et les fréquentes nominations à de hautes responsabilités militaires leur fournissent toujours un certain prestige. Bien que les officiers militaires qui ont une carrière pleine de succès peuvent acquérir eux aussi un prestige certain, le soldat dans la société Song est la plupart du temps dédaigné par les fonctionnaires érudits et les personnes cultivées. Ceci est parfaitement résumé par le proverbe chinois : « Le bon fer n'est pas utilisé pour faire des clous ; les bons hommes ne sont pas utilisés comme soldats. » Cette attitude a plusieurs explications. Tout d'abord, beaucoup de personnes qui s'enrôlent volontairement comme soldats dans les armées chinoises sont des paysans ruraux endettés, dont la plupart sont des anciens ouvriers du commerce du sel qui ne peuvent plus payer leurs prêts. Toutefois, l'attitude dominante de la noblesse envers les militaires découle largement de la compréhension des précédents dans l'histoire. Les dirigeants militaires (Jiedushi) de la dynastie Tang et des Cinq dynasties et dix royaumes (907-960) ont amassé plus de pouvoir que les fonctionnaires civils et par certains aspects les ont remplacés. Les empereurs Song développent donc les systèmes des examens impériaux et des écoles gouvernementales pour éviter ce type de scénario de domination par les militaires de l'ordre civil.

Éducation et fonction publique

Écoles gouvernementales contre académies privées

« Chercheurs de la dynastie Qi du Nord recoupant les textes classiques », peinture sur rouleau de soie du xie siècle.

 

Le premier gouvernement national basé sur le système des écoles publiques en Chine est établi en l'an 3 sous le règne de l'empereur Han Pingdi de la dynastie Han. Durant la dynastie des Song du Nord, le gouvernement les rouvre petit à petit après leur quasi-disparition durant la période des Cinq dynasties. Elles éclipsent rapidement le rôle des académies privées au milieu du xie siècle. L'élite de ces écoles est constituée des institutions situées dans la capitale, le Guozijian, le Taixue et d'autres écoles professionnelles- Le principal effort de réforme pour reconstruire les écoles de niveau préfecture et xian est initié par le Premier ministre Fan Zhongyan (989-1052) dans les années 1040. Avant cela, la majeure partie des fonds alloués pour la création d'écoles dans une préfecture ou un xian est laissée aux financements privés et la contribution gouvernementale est minimale. Les réformes de Fan initient donc un financement étatique plus important, au moins pour les écoles de niveau préfectoral. L'expansion la plus importante des structures d'enseignement est lancée par l'empereur Song Huizong, qui utilise les fonds à l'origine destinés pour la réparation des catastrophes et la stabilisation du prix de la nourriture. Les nouveaux fonds ainsi levés servent alors à créer de nouvelles écoles dans les préfectures et les xian et sanctionnent les fonctionnaires qui rechignent à réparer, maintenir et reconstruire ces écoles. L'historien John Chaffe affirme qu'au début du xiie siècle, le système des écoles publiques couvre 6 100 km2 de terres et peut fournir un logis à plus de 200 000 étudiants dans les dortoirs. Après la destruction systématique des écoles lors des invasions Jurchens, entre les années 1120 et 1140, l'empereur Song Gaozong (r. 1127-1162) émet un édit pour reconstruire des écoles préfectorales en 1142 et des écoles de xian en 1148, même si ces dernières ont déjà largement profité des efforts de reconstruction des fonctionnaires locaux.

Au début du xiie siècle, les nombreuses critiques sur le système des examens impériaux et des écoles publiques initient un mouvement de renaissance des académies privées. Durant les Song du Sud, elles deviennent une alternative viable aux écoles d'État85. Même les institutions semi-privées ou soutenues par l'État sont perçues comme indépendantes de l'influence étatique et leurs enseignants éloignés des problèmes nationaux. Une des premières institutions académiques à s'établir durant la période Song est l'académie Yuelu, fondée en 976 durant le règne de l'empereur Song Taizu (r. 960-976). Le scientifique et politicien chinois Shen Kuo est par ailleurs directeur de l'académie Hanlin, établie durant la dynastie Tang. L'académie néoconfucéenne Donglin, établie en 1111, certifie quant à elle que les autres idéologies comme le bouddhisme n'influencent pas son enseignement purement confucéen. Cette certitude s'appuie sur les écrits de l'essayiste et poète de la dynastie Tang, Han Yu (768-824), qui est certainement un fidèle critique du bouddhisme et de son influence sur les valeurs confucéennes88. L'académie Bailudong Shuyuan des Tang du Sud (937-976), qui tombe en désuétude durant la première moitié des Song, est de nouveau ouverte par le philosophe néoconfucéen Zhu Xi (1130-1200).

Zhu Xi est un des nombreux critiques qui prétendent que les écoles publiques n'encouragent pas suffisamment la culture personnelle et façonnent des fonctionnaires qui ne se préoccupent que de leur profit ou de leur salaire. Plus généralement, tous les philosophes sociaux et politiques de la période Song ne blâment pas pour autant le système des examens impériaux comme origine du problème (mais simplement comme méthode de recrutement et de sélection), mais mettent plutôt en avant l'échec de la noblesse à prendre ses responsabilités d'élite culturelle dans la société. Zhu Xi met également l'accent sur les Quatre Livres, une série de classiques confucéens qui seront introduits au programme officiel de l'éducation des étudiants confucéens, alors qu'ils étaient d'abord bannis par leurs contemporains. Après sa mort, son commentaire des Quatre Livres est apprécié des fonctionnaires érudits et, en 1241, ses écrits sont adoptés comme lecture obligatoire pour les candidats aux examens avec le soutien de l'empereur Song Lizong (r. 1224-1264)90,.

Examens et familles de l'élite sociale

 

« Érudit dans un pré », peinture chinoise du xie siècle.

Le nombre de candidats à se présenter aux examens impériaux surpasse largement le nombre réel de diplômés (jinshi), qui obtiennent une nomination officielle au cours de la dynastie Song. Cinq fois plus de jinshi sont en effet acceptés durant cette période, par rapport à la précédente sous les Tang. Le nombre de diplômés n'affecte pas pour autant le prestige des examens, qui ont lieu tous les trois ans. Bien au contraire, cela encourage un plus grand nombre de candidats à s'y présenter. Environ 30 000 hommes participent aux examens préfectoraux au début du xie siècle. Ce nombre atteint 80 000 vers 1100, puis 400 000 au xiiie siècle. Dans ces circonstances, les chances pour un candidat de réussir et de devenir diplômé sont de 1 sur 333. Une fois le diplôme décroché, l'obtention d'un poste n'est toutefois pas immédiate. Le nombre de fonctionnaires érudits durant la période Tang est d'environ 18 000, alors qu'il est de 20 000 sous les Song. Avec l'accroissement de la population chinoise et le nombre stagnant de fonctionnaires dans le gouvernement, les diplômés des examens impériaux qui n'ont pas encore reçu de poste forment donc une base importante de la société. Ils font partie de l'élite locale de leur communauté, alors que les fonctionnaires érudits en poste comptent sur eux pour maintenir l'ordre et remplir un certain nombre de devoirs sous leur juridiction.

Un contexte de compétition intellectuelle existe entre les érudits confucéens aspirants. Les familles riches collectionnent avec empressement des piles de livres pour leurs bibliothèques personnelles, comme des ouvrages sur les classiques confucéens ainsi que les travaux philosophiques, traités mathématiques, documents pharmaceutiques, et sûtras bouddhistes, entre autres. Les améliorations des techniques d'imprimerie du xie siècle contribuent largement à l'accroissement du nombre de candidats éduqués pour les examens impériaux de la fonction publique. Ces développements réduisent également les coûts des livres qui deviennent par conséquent plus accessibles aux personnes ayant des moyens plus faibles.

« Bibasse et oiseau des montagnes », par un peintre anonyme des Song du Sud. Les petits albums regroupant ce genre de peintures sont populaires auprès de la noblesse et des fonctionnaires érudits de la période des Song du Sud.

 

Les fonctionnaires érudits reçoivent des rangs, honneurs et nominations professionnelles sur la base de leur mérite, un standard qui devient plus codifié et objectif par rapport à la dynastie Tang. L'anonymat des candidats aux examens permet d'éviter les fraudes et favoritismes de la part des correcteurs qui ne traitent que des copies révisées. Une équipe de copistes est en effet en charge de recopier tous les travaux des candidats avant la correction. Après avoir passé les examens de niveau préfecture, province et palais (le plus prestigieux), les diplômés ne sont toutefois pas assurés de se voir offrir immédiatement un poste. Cependant, plus le diplôme est élevé et plus les chances de réussite dans la future carrière du fonctionnaire sont importantes. Le gouvernement central possède les droits exclusifs de nomination et de destitution des fonctionnaires. La destitution d'un fonctionnaire est toujours examinée avec attention, puisque le gouvernement conserve un dossier, contenant des rapports sur chaque agent et stocké dans la capitale pour une consultation future.

Ebrey affirme que la méritocratie, et un plus grand sens de mobilité sociale, sont également très répandus dans le système des examens impériaux. La liste des diplômés montre qu'environ la moitié seulement de ceux qui les réussissent ont un père, grand-père ou arrière-grand-père qui était lui aussi fonctionnaire. Toutefois, Robert Hartwell et Robert Hymes estiment que cette observation, pour la première fois présenté par Edward Kracke en 1847 puis reprise par Sudō Yoshiyuki et Ho Ping-ti, met en avant le rôle de la famille nucléaire et ne prend en compte que trois générations paternelles. Cette approche ignore cependant la réalité démographique de la Chine à cette période, le nombre important d'hommes dans chaque génération n'ayant aucun fils survivant et le rôle de la famille étendue en particulier. Les garçons dont le père occupe un poste officiel ont l'avantage de bénéficier d'une éducation et d'une expérience précoces, puisqu'ils sont souvent nommés par leur père à de basses responsabilités. Ce privilège de protection (yin) est étendu aux relations proches, frères aînés, oncles, beaux-pères et parfois même beaux-pères d'un oncle, ce qui l'aide à sécuriser son poste dans le futur. Le poète Su Shi (1037-1101) écrit un poème intitulé Sur la naissance de mon fils, se moquant de la situation des enfants issus de milieux aisés et des relations politiques ayant le dessus sur les enfants brillants de statut inférieur :

Les familles, quand un enfant est né

Veulent qu'il soit intelligent.

J'ai, grâce à mon intelligence

Anéanti toute ma vie,

Le seul espoir que le bébé se révèlera

Ignorant et stupide.

Il coulera ensuite une vie tranquille

En devenant Ministre.

 

Su Shi

Robert Hartwell note que durant la dynastie des Song du Nord, il existe deux types d'élites qui dominent la fonction publique : une élite de fondateurs et une élite professionnelle. La première est constituée de gouverneurs militaires du xe siècle, de leurs associés, employés personnels et bureaucrates qui ont servi dans l'administration des précédentes Cinq Dynasties. La seconde inclut les familles d'élite qui habitent Kaifeng ou les capitales subordonnées, réclament l'appartenance à un prestigieux clan ancestral, se marient avec d'autres familles importantes, possèdent des membres dans les postes parmi les plus importants depuis des générations et dominent le gouvernement Song jusqu'au xiie siècle. Les familles puissantes de l'élite professionnelle occupent ainsi les 18 postes de Premier ministre du xie siècle. De 960 à 986, l'élite militaire du Shanxi, Shaanxi et Hebei représente 46 % des postes fiscaux, les personnes originaires des districts de Songzhou 22 % et ceux de Kaifeng et Luoyang 13 %. Dans la même période, les deux élites fournissent 90 % des postes politiques importants. Cependant, après 983, lorsque le Sud est conquis et rattaché à l'empire, une élite semi-héréditaire professionnelle remplace progressivement l'élite de fondateurs. Après 1086, aucune des familles de l'élite des fondateurs ne possède de membres ni dans les postes politiques ni dans les postes fiscaux109. Entre 998 et 1085, les cinq familles les plus puissantes de l'élite professionnelle représentent 5 % des familles dont les membres occupent des postes politiques, alors qu'elles occupent 23 % du total des postes. À la fin du xie siècle, cette élite commence à perdre de son importance dans la fonction publique. Elle est remplacée par une multitude de lignées de nobles locaux dont les enfants ne se consacrent pas tous à une carrière de fonctionnaire. Hartwell affirme que ce changement de pouvoir est le résultat de la stratégie de lignée de l'élite professionnelle qui est mise à mal par la montée des factions politiques partisanes dans la seconde moitié du xie siècle.

Avant les années 1080, la majorité des fonctionnaires incorporés vient de diverses régions, ce qui facilite les échanges inter-régionaux. Hartwell écrit que, durant les Song du Sud, le changement de pouvoir de l'administration centrale vers l'administration locale, la mise en vigueur de quotas préfectoraux en amont des examens et l'incertitude de réussite d'une carrière politique dans une capitale sous faction poussent les candidats à choisir des postes qui leur permettent de rester dans certaines régions. Hymes démontre comment ceci est lié au déclin des alliances de mariage qui ont perpétué l'élite professionnelle durant les Song du Nord. En effet, la noblesse des Song du Sud préfère les mariages à dimension locale. Par ailleurs, il faut attendre le règne de l'empereur Song Huizong (r. 1068-1085) pour que la Chine du Sud, très peuplée, commence à fournir des fonctionnaires pour les postes politiques, qui sont distribués ensuite en proportion de la population totale de la Chine116. Entre 1125 et 1205, environ 80 % de tous ceux qui sont en fonction dans l'un des six ministères du gouvernement central ont passé la majeure partie de leur carrière officielle de bas grade dans les provinces actuelles de Anhui, Jiangsu, Zhejiang et Fujian. Presque tous ces fonctionnaires sont nés et ont grandi dans les régions du Sud de la Chine.

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