La tapisserie des cerfs ailés

 

Datation

 

Cette tapisserie date de la fin du règne de Charles VII (1422-1461), période d'apaisement et de floraison artistique après la fin à la Guerre de Cent Ans. La tapisserie est très appréciée à cette époque tant pour décorer les murs des riches demeures que pour réchauffer les intérieurs. Les scènes représentées sont soit religieuses, soit profanes. L’emblématique est très présente dans les tapisseries à une époque où la production artistique est le fait de riches commanditaires ; ces derniers font figurer sur les œuvres les armes et emblèmes qui les représentent.

 

Histoire

 Son commanditaire pourrait être un proche de Charles VII resté fidèle à la couronne. La tapisserie des Cerfs ailés a perdu au cours de son histoire sa partie gauche et son bord inférieur. Elle a probablement été réalisée dans un des grands ateliers de tapisserie du nord de la France ou des anciens Pays-Bas (Arras, Lille, Bruxelles, Bruges, Tournai).

On ignore l’histoire de cette tapisserie avant son achat en 1892 par le musée départemental des Antiquités de la Seine-Maritime.

En 2010, cette tapisserie fut présentée en ouverture de l'exposition France 1500, entre Moyen Âge et Renaissance aux Galeries nationales du Grand Palais.

 

Description

La Tapisserie des Cerfs ailés est une vaste pièce de laine et de soie (3,47 m x 3,80 m). Elle représente trois cerfs ailés, emblèmes du roi de France depuis Charles VI. Des couronnes et des blasons aux armes de France – trois fleurs de lys sur fond azur – pendent à leur cou. L’un des cerfs est couché au milieu d’un enclos et tient entre ses pattes un étendard rouge orné de soleils d’or1 et où est figuré saint Michel protecteur du royaume de France, terrassant le dragon.

Autour de la hampe de la bannière et de part et d'autre des trois cerfs, on peut lire sur trois banderoles les inscrptions suivantes :

Cest estandart / est une enseigne/ Qui aloial francois enseigne/ de jamais ne la bandonner/ sil ne veult son / bonneur [b pour h] donner.

Armes porte [très glo]rieuses/ Et sur toutes victorieuses.

Si noble na / dessoubz les cieulx [Je] ne pourroye /[por]ter mieulx.

Les animaux sont représentés dans un décor naturel foisonnant, semé de fleurs et de buissons, dans la tradition des tapisseries à “millefleurs” très appréciées au Moyen Âge.

Ce décor a en outre un sens héraldique, iris et roses étant des attributs de Charles VII. L’ensemble se détache sur fond de paysage maritime.

 

Interprétation

Une tapisserie symbolique 

La tapisserie des Cerfs ailés est un témoignage exceptionnel de l’art de la tapisserie, qui a connu un grand essor à la fin du Moyen Âge (seconde moitié du 14e siècle - 15e siècle). Ces tentures épaisses réchauffaient alors meubles et murs des riches demeures de leur commanditaire. Leurs représentations étaient très variées : épisodes religieux, scènes profanes de bataille, scènes galantes...
Conservée au Musée départemental des Antiquités de Rouen, cette grande tapisserie de laine et de soie  représente de façon symbolique les victoires du roi de France Charles VII (1422-1461) à la fin de la guerre de Cent ans (en 1450 et 1453), qui ont conduit à la reconquête des provinces de Normandie et de Guyenne, occupées par les Anglais.

Les cerfs ailés 

Le grand cerf ailé au milieu de l’enclos central représente le roi Charles VII dans son royaume. Le cerf est depuis longtemps associé à l’image royale dans la symbolique médiévale, mais ce n’est que sous le règne de Charles VI (1380-1422) qu’apparaît la figure du « cerf volant » comme on l’appelle alors. Il est souvent représenté à l’époque de Charles VII, le plus souvent comme porteur de l’écusson royal (les armes de France aux trois fleurs de lys qui pendent ici au cou des cerfs), et le roi lui-même est appelé le « noble cerf volant ».
Le grand cerf est rejoint dans l’enclos par deux autres cerfs ailés plus petits, qui entrent dans le royaume de France : ce sont les provinces de Normandie et de Guyenne, reconquises après les batailles de Formigny (1450) et Castillon (1453).


 

Saint Michel et le dragon

Le grand cerf ailé tient entre ses pattes l’étendard royal de Charles VII. La bannière de forme très allongée est frangée d’or et de rouge ; son extrémité forme une double langue. Sur un fond rouge semé de petits soleils d’or et d’un plus grand est représenté saint Michel combattant le dragon.

L’archange aux ailes déployées est vêtu d’une armure typique du 15e siècle. Il se défend d’un petit bouclier (targe) bleu à croix blanche et brandit une épée. Le dragon lui fait face, menaçant, la gueule ouverte, mais il est dominé par le saint qui sortira vainqueur du combat-

 


 

Le parterre de fleurs

Les tapisseries médiévales présentent souvent une nature riche où évoluent les animaux et où la végétation est abondante. Ici, le sol bleu de la tapisserie est parsemé de diverses fleurs : on distingue notamment des fraisiers, de grandes iris, des trèfles, et des massifs de sorbiers et de rosiers qui entourent le courtil.
Les fleurs ont très souvent un sens allégorique ; ainsi, l’iris et surtout la rose sont des attributs personnels adoptés par le roi Charles VII. On retrouve leur représentation sur de nombreuses tapisseries de l’époque.

 


 


Les lions

Devant l’enclos, deux lions montrent leurs dents. Ils encadrent un écu aux armes de France (trois fleurs de lys d’or sur fond azur) en forme de targe (bouclier) accroché à un piquet de la barrière. Représentent-ils les Anglais assistant impuissant à la perte des deux provinces de Normandie et de Guyenne, représentés par les deux cerfs ailés qui entrent à nouveau dans le royaume de France ?

 


 


La légende

Les banderoles enroulées autour des trois cers ailés portent des vers en caractères gothiques.
Celle du centre, passée autour de la hampe de l’étendard et entre les ailes du grand cerf, porte quatre vers qui encouragent les Français loyaux à rester fidèle au porteur de la bannière, c’est-à-dire au roi de France, et donc à ne pas passer dans le camp anglais :
C est. estandart / est. une enseigne
Qui. aloial francois enseigne
de jamais ne la bandonner.
s’il ne veult son / bonneur [c’est-à-dire honneur] donner


La banderole de gauche affirme la victoire des armes de France, donc du roi, au combat :
Armes. porte. très glorieuses.
Et. sur. toutes victorieuses.
Celle de droite, enfin, exalte l’honneur de porter ces armes :
Si. noble. na. / dessoubz. les cieulx
Je. ne. pourroye. / porter. mieulx

 



 

Origine mystérieuse

Les couronnes fleuronnées de lys, comme les trois écus portant les armes de France (d’azur à trois fleurs de lys d’or), attestent la symbolique royale de l’œuvre. Mais chose étonnante pour une œuvre d’une si grande qualité, on ne connaît rien de son histoire avant son achat par le musée des Antiquités en 1892. On ne sait donc pas où elle a été tissée, ni par qui elle a été commanditée. 
Il est possible qu’elle provienne d’un des grands centre tapissier du 15e siècle, situés au nord de la France ou en Flandres : Bruxelles, Tournai, Bruges, Arras, Lille. Une grande partie de la clientèle française faisait fabriquer ses tapisserie dans ces ateliers.
Le commanditaire était-il Charles VII lui-même ? Ou bien un de ses partisans, resté loyal à la couronne en ces temps troublés et désireux de commémorer les grandes victoires royales de la fin de la guerre de Cent ans ? Quoi qu’il en soit, elle a été créée probablement entre 1453 (victoire de Castillon) et 1461 (mort de Charles VII).


 

Sources

wikipédia

Le site des musées de Normandie:www.musees-normandie.fr

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