Le mobilier

 

 

Styles précédents ou préexistants

Le mobilier médiéval semble rompre partiellement avec la tradition mobilière latine. Toutefois, on remarque une certaine continuité pour le mobilier princier. Le fauteuil de Dagobert, par exemple, est d'inspiration classique de par sa forme en X. De plus, durant tout le haut Moyen Âge, l'art en général et le mobilier en particulier subissent aussi l'influence des cultures barbares, notamment wisigothes et franques.

La fin de la période romaine et le début du Moyen Age apparaissent comme des périodes de troubles peu propices au développement d’un nouveau mobilier. C’est à l’époque romane, à partir du Xème siècle qui les premiers meubles médiévaux apparaissent, les grandes campagnes de construction d’église de cette époque ont généré une importante production de meubles ecclésiastiques. Ces meubles médiévaux sont particulièrement rares. Seules des peintures d'époque, quelques églises ou des musées permettent de les découvrir aujourd’hui.

 

Les premiers meubles étaient simplement construits avec des planches de bois taillées à la hache réunies par des pentures de fer forgé. L’art ornemental apparaitra progressivement, à l’époque gothique, dés le XIIIe, transformant le meuble de première nécessité réduit au rectiligne grâce à des décors de plus en plus élaborés.

Etudions alors les caractéristiques du mobilier médiéval, en s’intéressant à sa fabrication, puis à l’étude des modèles les plus fréquents.

 

 


 

Fabrication

• Les outils

Les sources concernant les outils sont assez nombreuses et permettent de se faire une idée très précise de la caisse à outils du menuisier médiéval. les menuisiers utilisaient un marteau, des tenailles, une gouge, une doloire (petite hache), une boîte à chevilles, un vilebrequin, (Un vilebrequin est un outil utilisant la force manuelle pour percer des trous dans les matériaux (principalement le bois), une scie à bois, un couteau et une tarière(La ''tarière'' était d'abord un outil à main destiné à percer des trous dans le bois)

 

                                                                                                Joseph dans son atelier


Sur l'armoire d'Aubazine de la fin du XIIIe siècle, on trouve des traces de : pointe à tracer, compas, trusquin (On appelle trusquin les outils de traçage opérant par translation sur une surface d'appui de référence. Ils sont utilisés principalement en menuiserie, en ébénisterie et en fabrication mécanique), outil à rainure, mèche cuillère.

Le XIVe siècle est l’époque où les outils se perfectionnent, invention des outils à fûts comme le rabot qui à plusieurs fonctions :

 

• aplanir le bois. Ce sont la varlope qui se généralise au XVe et le riflard.

• creuser des rainures. Ce sont les bouvets, les feuillerets et les guillaumes.

• aplanir des fonds. Ce sont les guimbardes.

Il faut savoir qui la corporation des menuisiers fut définitivement séparée de celle des charpentiers par lettre patente de Louis XI en 1467.

 

Les matériaux :

Il faut penser qu'au Moyen Âge, l'utilisation de tel ou tel matériau dépend autant de considérations techniques et économiques que de la charge symbolique du matériau.

Le bois :

. Les essences les plus employées étaient le chêne et le sapin, ainsi que les espèces présentent sur le lieu de fabrication du meuble (fruitiers, tilleul, aulne, châtaignier, frêne…). Le peuplier, qui sera plus tard très employé pour des meubles de qualité inférieure, n'existe pas encore en Europe.

Le noyer ne fut utilisé que très tardivement, car il est connoté très négativement à cause de sa toxicité pour les autres végétaux.

Les métaux sont aussi très présents : le fer forgé pour la construction, le ferrage et le renfort des meubles, le cuivre, la feuille d'or pour l'ornementation du mobilier princier ou du culte. Les meubles, sont aussi gainés de cuir, et parfois recouverts de tissus.

On peut distinguer le mobilier lourd comme l’armoire, le dressoir, la chaire taillés généralement dans le chêne et le mobilier léger qui est amené à se déplacer comme le coffre, des sièges pliants en bois léger, cuir, métal.

Comme beaucoup d'objets de cette époque, le mobilier médiéval a souffert de nombreux préjugés (on a même pu lire au début du XIXe siècle que les meubles à tenons et mortaises représentés sur les enluminures n'étaient que des vues d'artiste et ne pouvaient être réalisés avec les techniques d'époque) et il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour voir des études sérieuses réalisées sur les sources documentaires, iconographiques et surtout archéologiques.

 

Les techniques

 

Aux XIIe et XIIIe les meubles se composent d’une armature massive de montant et de traverses assembles à tenons et mortaise, c'est-à-dire que l’extrémité d’une des pièces de bois, le tenon, est réduite en épaisseur de façon à s’insérer dans une ouverture de même dimension creusée dans l’autre pièce, la mortaise.

Le menuisier utilise aussi les pentures qui renforcent les assembles à plat joint.

Il existe aussi l’assemblage à queue d’aronde, l'extrémité d'une des pièces de bois est taillée en trapèze ou en queue d'hirondelle et vient se glisser dans une entaille de forme similaire. Cette technique évite l'arrachement de la pièce en la maintenant dans son logement, elle est utilisée notamment pour l’assemblage de la carcasse de coffres.

 

 


 

Les ornementations

L'ornementation du mobilier médiéval s'inspire de l'architecture du moment. Les coffres et armoires de la période romane sont décorés d'arcs en plein cintre (armoire d'Aubazine) tandis que les meubles de la période gothique arborent des fenestrages ouvragés caractéristiques de cette architecture. Durant la période romane, l'ornementation de meubles fastueux se limite souvent à un gainage de cuir peint et repoussé. Cela explique en partie que l'on ait retrouvé si peu de meubles de cette époque, car une fois le cuir racorni, le meuble n'offre plus d'intérêt décoratif, d'autant plus que sa forme est passée de mode, et finit donc en bois de chauffage.

• La ferronnerie :

 Les meubles des XIII e et XIV e siècles sont peints et garnis de ferrure en fer forgé. Ces pentures avaient pour rôle de maintenir ensemble le Bâle et les panneaux réunis à plat joint.

Les artisans médiévaux se sont ingéniés à transformer ces barres de consolidation en élément de décor. Le fer forgé envahit toute la surface du meuble. Les tiges s’enroulent et se terminent par des fleurs de lys, de petits fleurons, des pommes de pin. Les semis de clous agrémentent ces pentures similaires à de vraies braderies.

Les nouvelles techniques d’assemblage du XIV e siècle réduisent le rôle de la ferronnerie jusqu’à la faire pratiquement disparaitre. On a abandonné le procédé de grands panneaux formés d’ais joints par de petits panneaux insérés dans un cadre de montant et de traverse.

• Les reliefs :

Les sculpteurs sur bois s’inspirent des motifs de l’architecture comme des arcatures, des gâbles, des remplages simulés, des rosaces ; au XVe siècle des courbes et des contre courbes inventées par le style flamboyant : des fleurs de lys, le décor est plus luxuriant à cette époque.

Au XVe siècle apparaît un motif plus sobre, typique des meubles gothiques : la serviette ou le parchemin plissé.

 L’origine de ce motif est assez obscure, il est peut-être issu des draperies feintes représentées depuis longtemps dans les peintures murales ou bas reliefs. On parle de serviette lorsqu’il s’agit de plis souples, et de parchemin lorsqu’il s’agit de pliures froissées nerveusement avec des rebords.

 

Ce type de décor parait avoir été utilisé d’abord dans les boiseries et les vantaux de portes. Ils se propagent dans les meubles au cours du XVe.

Le gainage de cuir à l'époque romane donna naissance au XVe siècle à une curieuse mode d'abord en Bourgogne et en Flandres, puis dans toute l'Europe, les panneaux en "parchemin plissé" ou "plis de serviette", . Cet ornement s'inspire des formes que prend le cuir en se racornissant. On peut voir dans ce goût passéiste une sorte de nostalgie des classes aristocratiques déclinantes face à l'extension du pouvoir royal, à la centralisation progressive de l'État au détriment du modèle féodal et à l'émergence des villes et des bourgeois, ou a contrario, une façon pour ces "nouveaux riches" de s'inventer un passé glorieux

Les métaux sont aussi très présents : l'acier pour la construction, le ferrage et le renfort des meubles, le cuivre, l'étain, la feuille d'or, et les émaux pour l'ornementation du mobilier princier ou cultuel.

On note aussi l'utilisation de l'ivoire pour des petits objets ou accessoires (valve de miroir, peignes, coffrets, châsse reliquaire) mais aussi parfois pour des meubles entiers comme le trône de Saint-Maximin (VIe siècle). Les meubles, on l'a vu, peuvent aussi être gainés de cuir.

Beaucoup de meubles sont recouverts d'étoffes qui en sont leur principale ornementation.


La colle

Parmi les idées reçues concernant le travail du bois au Moyen Âge, la plus tenace est que les artisans ne connaissaient pas la colle. Or le moine Theophilus note au XIIe siècle dans son De diversis artibus que les charpentiers (dans l'acceptation historique du terme qui regroupe aussi les menuisiers, les huchiers, les charrons…) utilisaient différentes colles (de poisson, de fromage, de lait, de peau). Il signale aussi que la colle de poisson est fabriquée à base de vessie natatoire d'esturgeon, et c'est encore de nos jours la matière première des meilleures colles, ce qui tend à prouver que les colles sont connues et utilisées depuis bien longtemps pour arriver à un tel degré de perfection. Signalons de plus que les techniques artisanales ne sont pas un sujet habituel de la littérature de l'époque, ce qui explique le manque de sources documentaires avant celles-ci.

Les produits de finition

Dans ce domaine,les historiens n'ont aucune certitude, mais tout de même de fortes présomptions. Ils ne disposent pas de textes à ce sujet, et les traces archéologiques ne leur sont d’aucune utilité dans la mesure où les finitions peuvent être postérieures à l’époque étudiée. Néanmoins il est vraisemblable que les meubles en bois brut étaient cirés à la cire d’abeille, et les ustensiles (manches d’outils, couverts…) étaient huilés.

Un doute subsiste quant au mode d’application de la cire : était-elle étalée au moyen d’une cale de liège ou d’un chiffon qui liquéfiait mécaniquement la cire par le frottement, ou était-elle appliquée diluée dans un médium (alcool ou térébenthine) ? Si les dérivés pétroliers étaient connus et utilisés en Occident au Moyen Âge, la première méthode semble pourtant la plus vraisemblable car elle a été décrite au XVIe siècle, l’essence de térébenthine n’apparaissant qu'au XIXe siècle dans les traités d’ébénisterie.

Pour finir, comme nous l’avons déjà vu, les meubles, ustensiles et œuvres d’art en bois étaient bien souvent peints ou gainés de cuir, ce qui constitue aussi une finition.


 Description des meubles les plus courants au moyen age

Le coffre

Appelé aussi huche, (le huchier)

Pendant tout le Moyen Age, les coffres ont principalement servi à ranger divers objets de la vie quotidienne. L’homme de cette époque se déplaçait fréquemment ; il fallait parfois partir dans l’urgence pour des raisons politiques ou économiques ; c’est pour cette raison que ces coffres étaient robustes et le plus souvent munis de poignées latérales. Ce type de meuble avait plusieurs fonctions : on pouvait s’y assoir, y dormir ou y prendre ses repas. Le coffre est donc le meuble « multifonctions » le plus ancien, dont vont dériver les dressoirs et les armoires. Ces coffres étaient généralement construits en planches épaisses à joints vifs. Des pentures assuraient la solidité et la rigidité du coffre, elles étaient fixées à l’aide de clous. Leur taille était variable, de l’ordre de 1m60 de long sur 80 cm hauteur et 70 cm de large.

- On retrouve les coffres à décor de ferronnerie, les plus anciens proviennent d’églises et servaient de coffre fort. Des volutes en ferronnerie en 1 ou plusieurs registres se terminent par des fleurons comme ici.

- Au XVe siècle le fer forgé laisse place au bois sculpté. Des motifs sculptés dans les masses, à faibles reliefs, parfois des scènes étaient représentées.

 


 

• L’armoire

L’armoire à usage domestique n’existe pas encore au Moyen Age. Celles qui subsistent proviennent d’annexes d’églises ou de bâtiments communaux. Elles étaient destinées à un usage cultuel ou à la conservation d’objets précieux. A travers les miniatures et les tableaux de la fin du Moyen Age qui montrent les intérieurs domestiques on ne voit pas d’armoire, mais des cases creusées dans les murs, servaient de penderie fermées par des rideaux ou des vantaux.

 L’armoire de l’ancienne abbaye d’Aubuzine est le meuble le plus ancien en France. Elle est composée de pièces de chêne jointives maintenues par quelques pentures. La façade est assez plate, peinte à l’origine, 2 registres d’arcatures allègent les côtés. Cette armoire était destinée à abriter les objets et les vêtements liturgiques.


 

 

 Il existe aussi des armoires à décor peint historié, tels que l’armoire du trésor de la cathédrale de Bayeux. Egalement une fonction cultuelle, elle servait à ranger les reliques et les objets précieux. Elle possède une longue façade plate à 2 rangées de 7 vantaux formés de planches maintenues par des pentures. Il ne reste que des traces de peintures. La disposition ingénieuse des verrous permet de fermer en même temps 2 battants.

Les armoires à décor de ferronnerie, l’armoire au musée des arts décoratifs à Paris est l’un des meilleurs exemples, la façade est animée d’un élégant réseau de volutes agrémentées de feuilles de chêne.

On a également des armoires à panneaux sculptés.

 

Le buffet et le dressoir :

Au départ c’était une table où l’on dressait des mets et des objets, puis on a superposé des étagères recouvertes de tissus, pour y exposer la vaisselle, les dressoirs servaient surtout à exhiber ses pièces d’apparat, c’était une affaire de prestige.

Le dressoir a sa place dans la Salle principale : espace de réception, mais aussi dans la chambre, il peut fermer à clef. Parfois la base du meuble est pleine. On retrouve fréquemment sur le panneau du fond des motifs en serviette ou parchemin plissé.

 

 

 

• Les sièges

Le type le plus archaïque est le faudesteuil, héritier du siège curule des Romains, c’est un fauteuil pliant formé de montants et de traverses en X, en bois ou en métal, un exemple remarquable : le trône de Dagobert.

 


 

La chaire, c’est une grande cathèdre, assez solennelle, quadrangulaire. Du XIIe au XIVe siècle, une très grande variété de forme et d’ornementation. Au XVe siècle s’impose le type à haut dossier et à coffre en bois sculpté, à motifs de parchemin plissé. Chaque maison possédait sa chaire placée dans la chambre entre la tête de lit et la cheminée. C’est aussi un siège d’autorité où prend place un roi dans les occasions solennelles.

Les sièges les plus fréquents sont les bancs avec ou sans dossier. Le fond du banc était en bois, parfois recouvert de carreaux de velours, de satin appelés banquiers.

Au XVe siècle existe le banc tournis, il est muni d’un dossier pivotant qui bascule.


 

 Les petits bancs ou tabourets, et les scabelles étaient aussi très courants, car ils étaient légers et facilement déplaçables. Le plus souvent carré ou rectangulaire, même parfois triangulaire.

 

• La table

  La table usuelle était rectangulaire constituée de tréteaux sur lesquels on posait des ais revêtus de tissus ou de tapis. Les personnes les plus riches qui possédaient plusieurs demeures, transportaient leur mobilier et leurs tapisseries. Les meubles étaient donc très fonctionnels. La recherche de la commodité a même conduit à créer un type de table démontable, comme cette petite table du XVe siècle. Avec un socle orné aux extrémités de figures humaines, reposent cinq pilastres, dans lesquels sont encastrés quatre panneaux ajourés. Au-dessus, deux traverses soutiennent le plateau octogonal.

 


 

Il existe aussi le lectrin ou pupitre, une sorte de table supportée par un casier ou par un pivot à vis, formé d’un ou plusieurs pupitres.

• Le lit

C’était la pièce d’ameublement essentielle chez les pauvres comme chez les riches, et la plus confortable. Il avait la place d’honneur non loin de la cheminée. En générale très haut, il nécessitait un escabeau pour y monter.

Le ciel de lit en tissu à baldaquin apparait au XIIe siècle dans les milieux aisés, suspendu par des cordes.

Souvent rectangulaire au XVe siècle, le lit à baldaquin était lié à la notion de prestige -

 


 

 

Le châlit, un bâti sommaire composé d’un cadre en bois dont le fond était formé de planche, il recevait un matelas de paille.

 

Nouveaux meubles

À partir du milieu du XIVe siècle, le mobilier se diversifie et devient de plus en plus luxueux, à mesure qu'augmentent les fortunes des commerçants urbains et des hommes de cour. C'est à cette époque que sont créés de nombreux types de meuble dont certains sont encore utilisés de nos jours :

* La crédence : en relevant le coffre à hauteur d'homme et en plaçant des portes en façade, par souci d'"ergonomie", on obtint la crédence. Ce meuble prit une utilité particulière. Installé dans la salle à manger, il servait à mettre sous clef les aliments, en attente d'être servis après qu'on les eût goûtés pour rechercher d'éventuels poisons. C'est de cette pratique que vient l'expression "faire crédence". De meuble utilitaire, elle est devenue un meuble d'apparat et servait à présenter la vaisselle. C'est l'ancêtre de nos vaisseliers et buffets modernes

 


 

 

* Le faudesteuil : sorte de tabouret.

 

 

 

Source

Jacques Thirion, le mobilier du Moyen Age à la renaissance, Faton, Dijon, 1998

Mario Praz, histoire de la décoration d’intérieur, Thames et Husdson, Paris, 1990

Claude Bouzin, meubles et artisanat du 13eme au 18eme siècle, l’armateur, Paris, 2003

Commentaires (1)

1. Carlos 11/01/2012

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