Le mot scriptorium (au pluriel, des scriptoria) vient du verbe latin scribere qui signifie « écrire » ou « celui qui écrit ». Ce nom désigne l'atelier dans lequel les moines copistes réalisaient des copies manuscrites, avant l'invention de l'imprimerie. En effet avant l'invention du type mobile, tous les livres ont été écrits à la main, et toutes les copies, de même ont été produites manuellement.Donc le scriptorium est l'annexe souhaitable et prestigieuse de la cathédrale ou du monastère. Il est aussi le lieu de lecture et de méditation des textes. C'est la pièce réservée à l'écriture du livre; c'est là que toutes les opérations contribuent à l'achèvement du livre, de la préparation du support à la décoration et même à la reliure. Ce sont des ateliers d'écriture qui sont avant tout des ateliers de copie. Au début du règne de Charlemagne, l'étude des lettres n'avait pas entièrement disparu mais était tombée au plus bas. Pour y remédier Charlemagne avait deux mobiles: la piété et la curiosité intellectuelle. C'est donc grâce à son intervention que l'on multiplie les exemplaires des textes sacrés et profanes. Les évêques poussent à la copie et à l'enluminure. De ce fait, les églises épiscopales, les abbayes, les grands du royaume, ont bientôt leur bibliothèque.
Le scriptorium est aussi un instrument de profit: la règle bénédictine, qui stipule que le moine a besoin de livres, fait de la copie l'un des travaux dont peut vivre un monastère. En effet, grâce à la vente et à l'échange, il est possible d'acquérir de nouveaux textes.
La copie est assurée par des moines copistes. C'est vers 780 que l'activité des moines copistes croît sensiblement et l'impulsion donnée par le Palais semble décisive pour un renouvellement de l'inspiration et la recherche d'un nouveau style. Le rendement d'un atelier est conditionné par le nombre de copistes et par la qualité de ce que l'on attend.
L'époque carolingienne est marquée par la Renaissance des arts et des lettres. Si le terme de Renaissance carolingienne est contesté par certains historiens, il n'en reste pas moins que cette époque a été marquée par un grand dynamisme, particulièrement remarquable dans les abbayes et dans les scriptoria.
Toutes les civilisations attachées à l'écrit ont apporté un soin particulier à sa conception et à sa diffusion . Pendant très longtemps, l'écriture est partout un apanage des classes dominant la société civile et religieuse. C'est vrai pour une salle de classe pour les scribes à Ugarit, attenante à un temple de Baal (1353-1336). C'est aussi vrai, en Egypte, où la fameuse bibliothèque d'Alexandrie est, en fait, vers 300 avant notre ère, une ruche intellectuelle extraordinaire qui abrite en son sein des centaines de traducteurs et de copistes issus des milieux les plus nobles. Un peu plus tard encore, les communautés oeuvrant à Qumram (dès 145 environ avant notre ère), sans doute des Esséniens, qui ont beaucoup de points communs avec les futures communautés monastiques (dévotion, ferveur, abstinence, étude des textes bibliques), possèdent vraisemblablement une sorte de scriptorium.
C'est donc tout naturellement que les chrétiens, moines ou pas, héritent de cette organisation scripturale pour écrire, recopier, traduire des manuscrits, de manière privée ou communautaire et de taille variant selon les besoins et les finances de leurs initiateurs. Le mot scriptorium n'existe pas encore tel que nous le connaissons. Les latins utilisent souvent scrinium pour désigner à la fois un bureau d'écriture et un coffret pour ranger livres ou manuscrits. Associant ensuite le lieu d'écriture et un lieu de conservation des livres, les hommes du haut Moyen-Âge utiliseront d'autres mots latins ou même mobilier du scriptorium. Le terme " scriptorium" existe, cependant il ne désigne aucunement alors un lieu d'écriture, et ne le sera pas avant longtemps, mais de plus, il ne sera pas le seul pour désigner l'espace investi par le copiste.
Selon Clément d'Alexandrie (mort vers 215), Anaxagore (Ve siècle avant notre ère) employait des scribes pour ses besoins privés, tout comme Atticus, au temps de Cicéron. En 231, quand Origène commença de réviser l'Ancien Testament, son ami Ambroise composa pour lui une équipe de copistes formés de diacres et de vierges rompus à la calligraphie. Un siècle plus tard, saint Jérôme (331-420), qui possède aussi un bureau privé de copistes (deux ou trois, sans doute) voit dans cette activité une source appréciable de revenus pour les couvents et un bon exercice de la lecture pour les moines. A la même époque, saint Augustin, dans sa villa de Taghaste (Tunisie actuelle), transformée en pseudo monastère, possédait un bureau de ce type. On sait aussi que dans les déserts d'Egypte, les quelques moines copistes (beaucoup étaient illettrés) écrivaient sur du papyrus, à l'aide du calame (tige de roseau taillée) et de l'encre, comme tous les copistes de l'antiquité, du moins dans cette partie du monde.
Nul doute pourtant, que les communautés monastiques naissantes réservaient un espace aux activités d'écriture :
A Jérusalem, au IVe siècle, le monastère du mont des Oliviers possédait un scrinium très actif. D'après certaines dédicaces de ses oeuvres; Evagre le Pontique (345-399) entretenait des relations serrées avec celui-ci, en partie pour la diffusion de ses écrits. Ces écrits ont pu être effectués de manière isolée, par des religieux ou de savants de la région. Toujours à Jérusalem, où, d'après une liste du moine Anastas Vartabed, la communauté arménienne aurait possédé près de 70 monastères au VIIe siècle, celle-ci avait fondé au Ve siècle un scrinium.
En Occident, la copie des manuscrits s'effectue dès le début de l'installation des communautés monastiques. En Gaule, dans les monastères de saint Martin, ce travail est réservé aux jeunes qui ne peuvent effectuer certains travaux manuels. Dans sa fameuse Règle, le père des Bénédictins, Benoît de Nursie (480-543) ne fait pas mention du lieu correspondant au scriptorium, mais le fait que la règle de Benoît précise que les moines doivent emprunter et lire régulièrement des livres implique de manière assez évidente une activité d'écriture et de reliure au sein du monastère : livres liturgiques, de bibliothèque, réparation des ouvrages. La chose est étonnante, alors que Grégoire le Grand dit que des « antiquarii » (qui signifie copiste) travaillaient dans les monastères autour du Mont Cassin. Cassiodore avait intégré dans son projet ambitieux d'un grand centre d'études à Vivarium, en Italie, des lieux de copie et de traduction. Cassiodore y était intraitable sur l'orthographe et la ponctuation. En homme classique (rappelons que Cassiodore est homme du siècle, et même homme de pouvoir, et qu'il n'a jamais dans les ordres), il fait appliquer volontiers à ses moines les règles de ponctuation des grammairiens et confie cette tâche difficile, évidemment, aux plus doctes de ses copistes.
Cependant, pour certaines parties de la Vulgate de Jérôme, il abandonne cette exigence, sans doute à contrecœur, et suit en cela la règle hiéronymienne, pour être lisible des lecteurs les moins lettrés. Quant à l'orthographe, il avait insisté sur son importance dans ses Institutiones et son De Orthographia. La tâche difficile pour le directeur qu'il était de faire pondérer les usages orthographiques (il n'y avait pas alors de règles fixes en la matière) quand il s'agissait du texte divin, celui-ci étant au-dessus des règles humaines. C'était la tradition patristique, qui sera aussi suivie par Grégoire le Grand.
A la même époque, justement, Grégoire le Grand (540-604), qui deviendra Pape en 590, n'utilise toujours pas le terme scriptorium pour désigner l'atelier du copiste, mais fait encore usage de "scrinium" ou " archivum "(archives publiques), s'agissant des ateliers papaux du Latran, qui conservaient aussi les livres ecclésiastiques, alors qu'il réserve "biblioteca " pour les bibliothèques profanes, terme qui désignait aussi un ensemble de livres. Ajoutons que pour cette époque, les scriptoria (et bibliothèques) peuvent être décorés, avec inscriptions ou fresques, comme celui d'Isidore de Séville, ornés de vers qui nous renseignent sur le contenu des coffres du scriptorium.
Il semble qu'il faille attendre le premier quart du IXe siècle pour que soit attestée la mention " scriptorium " dans son acception "moderne" : le fameux plan de Saint-Gall (817/818) le répertorie comme la salle d'écriture de l'abbaye modèle, au rez-de-chaussée, au-dessous de la bibliothèque. De forme rectangulaire, il faisait, au fond parti intégrante de l’église. Il est précisé la place d'une longue table en son centre et sept secrétaires contre les murs.
Le sieur Du Cange, dans son fameux Glossaire, définissait le " scriptorium "comme la salle du monastère dédiée à l'écriture des livres, et on ne peut dire qu'il a tort, puisqu'il fournit des citations qui répondent à sa définition.
La confusion de nos paléographes dix-neuviémistes ne touche pas seulement la langue, mais aussi le sens que recouvrait le terme scriptorium. Chaque fois que ceux-ci entraient virtuellement dans une bibliothèque médiévale, ils la remplissaient, tout aussi virtuellement, de rayonnages : une dizaine de livres suffisait pourtant aux anciens pour parler de bibliothèque. De même, un coffre rempli de documents suffisait à en faire un archivum ou un scrinium, alors qu'un ou deux secrétaires suffisaient pour parler de bureau d'écriture : notre fameux scriptorium, bien sûr. Mieux, le bureau pouvait être portatif et se déplacer avec son copiste, le tout réduisant alors le scriptorium à sa plus simple expression : une planchette de bois pour écrire, qui sert à l'écriture.
Il n'existait pas, bien sûr, qu'un seul type de lieu où les moines travaillaient à l'écriture ou à l'illustration des textes. De l'antiquité jusqu'au haut Moyen-Âge, nous n'avons que peu de détails sur l'espace même où évolue le copiste.
Au Ve siècle, Cassiodore, dont il a déjà été question, nous renseigne un peu sur son cabinet de travail à Vivarium dont le feu donne, sans intervention humaine, une lumière perpétuelle très claire et très abondante, l'heure y étant fournie les jours ensoleillés par un cadran solaire et, de manière continue, par une clepsydre.
Les collections de livres étaient très restreintes (quelques petites dizaines en moyenne) et tenaient parfois la plupart du temps dans un seul meuble. Il ne devait pas être difficile de mettre dans un autre meuble, voire une étagère, les outils nécessaires au copiste, ne prenaient pas souvent une grande place. Tout concourait ainsi à mettre l'ensemble sous la main des moines qui pouvaient ainsi facilement copier les ouvrages, les illustrer, mais aussi en réparer pages ou reliure. Cette situation générale changera quand le nombre de livre augmentera sensiblement en même temps que de nombreux bureaux privés ouvriront leur porte, suite au développement de la culture laïque (à partir des XIIe-XIIIe siècles), mais surtout, de manière brutale, après la révolution de l'imprimerie.
Dans le cas où bureau et bibliothèque étaient réunis, il était fréquent que la pièce qu'ils occupaient fût contiguë au chauffoir ou à la cuisine, ce qui permettait aux moines de moins souffrir du froid dans leur pénible ouvrage et d'y aller de temps à autre redonner vigueur à leurs membres engourdis ou à leur encre gelée. Quand le scriptorium était chauffé (en particulier chez les Cisterciens), on pouvait l'appeler lui-même chauffoir. Ainsi en est-il à l'abbaye cistercienne de Sénanque, en Provence, ou à l'abbaye bénédictine de Hambye, en Normandie. D'autres scriptoriums-chauffoirs possédaient une cheminée centrale, l'exemple le plus fameux étant celui de l'abbaye de Longpont. D'autres encore, comme à l'ancienne abbaye Saint Pierre aux Nonnains, à Metz, utilisait le procédé d'hypocauste (système de chauffage central obtenu grâce à un feu de cheminée sous la maison, dont la chaleur émise était diffusée grâce à des doubles parois).
La taille tout d'abord, variait selon l'importance du scriptorium, mais il semble que là, il pouvait y avoir affaire de tradition :
Les Bénédictins avaient une préférence pour les grandes salles, mais que les Cisterciens ou les Cartusiens eux préféraient une petite pièce ou des petites pièces individuelles, qui seraient plus généralement attribuées pour l'étude. En effet, les Ecclesiastica officia décrivent les scriptoria comme des cellules séparées, fermées chacune par une porte, mais sans donner d’indication sur leur emplacement.
Dans certaines abbayes, comme à Durham (Angleterre), les moines reconnus pour leur talent de copiste pouvaient oeuvrer dans de petits scriptoria, appelés " scriptoriolum " (diminutif de scriptorium)
Par ailleurs, il n'y a pas que la taille qui ne soit pas figée, mais aussi la place qu'occupent les copistes pour leurs tâches. Les monastères anglais, par exemple, ont souvent adopté, pour la copie des manuscrits, non pas une salle à proprement parler, mais de petites loges individuelles nommées " carrels ", se succédant le long d'une galerie du cloître, généralement au nord : ouvert donc vers le sud, le copiste y avait le plus longtemps la lumière du jour.
Le scriptorium pouvait exceptionnellement sortir du cœur du monastère. C'est ce que nous confirme Cranage en Angleterre, à l'abbaye Saint Albans, qui parle d'un scriptorium qui occupait à lui seul un bâtiment isolé du reste du monastère.
Les chroniques et sources littéraires sont généralement avares d'informations précises : au-delà des constructions de bâtiments qui ont dû servir à abriter les livres, les mentions relatives au scriptorium sont rares et lorsqu'elles existent, elles ne font que souligner le caractère lettré ou pieux de tel moine ou abbé.
Pour quelques dizaines de scriptoria privilégiés (environ une soixantaine en plein Moyen-Âge), où étaient fabriqués ces magnifiques ouvrages dont il nous reste quelques témoignages, il existait mille à deux mille monastères qui, s'ils ne possédaient ni les talents ni le nécessaire à la production d'ouvrages remarquables, avaient besoin de satisfaire à leurs besoins monastiques élémentaires : Ce travail humble et peu éclatant, nous en connaissons mal les conditions. On sait que les moines chantaient, priaient : il leur fallait copier, remanier les textes liturgiques. Les moines correspondaient entre-deux ou avec d'autres pouvoirs, ecclésiaux ou princiers, notifiaient, certifiaient, réclamaient, intercédaient par différents actes gérant la vie matérielle et spirituelle de la communauté.
Un simple écritoire (scriptorium) suffisait à la tâche du copiste. Non seulement l'activité pouvait être temporaire, mais aussi, peu exigeante en matériel et en place : On a trouvé ainsi nombre de manuscrits courants sans extrême application, utiles aux besoins propres des moines. On ne copiait cependant pas toujours pour soi, loin de là. Copier un livre pouvait être un vrai commerce pour certains monastères : ce commerce représentait une bonne part des rentrées des monastères cartusiens. Bien avant cela, Gerbert de Bobbio et Loup Servat de Ferrières en Gâtinais avaient été à la fois des faiseurs et des vendeurs de livres. L'abbé de Ferrières, en particulier, avait la réputation de ne confectionner un livre qu'à la mesure des écus proposés.
S'il est simple d'imaginer un humble scriptorium, avec table (individuelle ou commune), encre, plume, parchemin, et quelques instruments simples à l'exercice de la fonction de scribe, la chose se complique quand il s'agit de scriptoria renommés, qui produisent de riches ouvrages. Cependant, on aurait tort de n'y voir que des ruches en perpétuelle activité. Par ailleurs, cette activité n'a pas toujours été durable. Pour les établissements qui se créent à partir du XIe siècle, le scénario est presque toujours le même. La production de livres ne débute que vingt à trente ans après la date de fondation: la première génération de moines s'est d'abord occupé à acquérir des terres et à élever des bâtiments. Ce n'est qu'alors qu'on se met en devoir de remplir la bibliothèque. Entre-temps, on se sera contenté du minimum, éventuellement acquis auprès d'un autre établissement du même ordre: le système est très clair chez les Cisterciens, où les maisons mères ont obligation de fournir à leur filiale les livres nécessaires au démarrage de leur communauté. Chez ceux-ci, d'ailleurs, la stricte normalisation de la liturgie rend les livres de chœur à peu près interchangeables d'une abbaye à l'autre.
Puis, dans la plupart des cas, on discerne un net ralentissement de l'activité, sinon même une cessation quasi complète, au bout de deux ou trois générations. On parle souvent alors de "décadence", et on trouve toujours un abbé plus ou moins mal famé sur qui en faire retomber la responsabilité. En réalité, la cause est assez simple: on a rempli la bibliothèque de tout ce qui était nécessaire, et il n'y a pas de raison de continuer à produire des livres. Il suffira que, de temps à autre, on puisse combler une lacune ou mettre à jour ce qui existe.
Les travaux somptuaires ne concernaient pas la vie quotidienne des scriptoria. Tous les documents administratifs et liturgiques étaient lot plus habituel, et les abbayes importantes pouvaient posséder plusieurs officines d'écriture, ce que l'on rencontre assez souvent dans les grands couvents cisterciens. Ainsi en est-il de Clairvaux, où saint Bernard (à l'image d'autres abbés de grands établissements monastiques) a plusieurs secrétaires qui ont chacun leur bureau. Nous possédons plusieurs lettres très instructives d'un secrétaire principal de Bernard, qui se nomme Nicolas. Fort heureusement, Nicolas nous a touché un mot de son bureau :
Dans une autre lettre, sa trente-cinquième, il décrit ainsi son cabinet de travail: « J'ai un petit cabinet de travail dans mon cher Clairvaux, garni, ou plutôt caché par des instruments de travail céleste ; il a accès, par une porte, dans la salle des novices, où une foule de gens nobles et instruits, viennent enfanter l'homme nouveau dans les exercices d'une vie nouvelle... A droite, est le cloître où se promène la troupe florissante des religieux. C'est là que chacun, sous une discipline très sévère, vient ouvrir les livres des saintes Ecritures, non pour gonfler de vanité les trésors de leur savoir, mais pour y apprendre l'amour de Dieu, la componction du cœur et la, vraie dévotion.... A gauche est le principal corps de logis avec le promenoir des infirmes, c'est là que, par une nourriture plus délicate, on va réparer les forces d'un corps exténué et brisé par les observances régulières, pour voler de nouveau, quand on a recouvré la santé et qu'on est revenu à un état meilleur, vers la troupe de ceux qui passent leur temps dans le travail et la prière, font violence au Ciel et conquièrent le royaume de Dieu. Ne croyez pas que ma petite demeure soit à dédaigner bien au contraire ; on ne peut la voir sans éprouver le désir d'y habiter, sans être charmé de son aspect et sans la trouver admirablement favorable à la retraite. Elle est remplie de livres de choix et divins; en les apercevant mon cœur se réjouit, ressent plus vivement le mépris des vanités du monde, et se rappelle qu'il n'y a dans le monde que vanité, que tout est vanité, et qu'il n'y a rien de plus vain que la vanité. C'est là que je lis, que j'écris, que je dicte, que je médite, que je prie et que j'adore la majesté du Seigneur." Touchant témoignage, qui nous présente le scriptorium comme une clôture à l'intérieur de la clôture : le profès qu'est Nicolas y vient méditer, lire, il s'y abandonne comme dans un cocon spirituel.
La copie du texte est un travail d'équipe réalisé sous la direction d'un chef d'atelier. Les copistes sont généralement des moines irlandais et anglo-saxons. Le chef d'atelier organise et répartit le travail, et veille au bon approvisionnement en matériel. Souvent, il cumule ces charges avec celle de bibliothécaire.
Un texte peut être copié par un seul et même scribe ou bien par une équipe de copistes qui se partagent le travail, en général par cahiers: un changement d'écriture permet de déterminer le nombre de copistes ayant participé à l'entreprise.
La division des tâches s'opère en fonction des compétences: copistes, rubricateurs, enlumineurs, doreurs, censeurs, correcteurs et relieurs.
La décoration est assurée le plus fréquemment par le scribe qui a calligraphié le manuscrit et par un spécialiste pour les miniatures et les enluminures. La tâche du peintre chargé des enluminures est balisée par le chef d'atelier au moyen de notes et d'esquisses. Plusieurs enlumineurs pouvaient travailler sur la même peinture. IL s'inspire de divers modèles trouvés dans un recueil d'enluminures ou dans des manuscrits déjà illustrés et plus ou moins anciens. L'enlumineur travaille après le scribe qui, en recopiant le texte, a reçu pour mission de laisser en blanc les espaces réservés à l'ornement et à l'illustration.
Dirigé par le responsable de l'atelier, le travail de scribe est revu par des correcteurs intervenant au besoin, parfois d'une encre différente, dans les marges ou dans les interlignes. Cette révision consiste en une relecture et une confrontation avec le modèle. Le scribe travaille en moyenne au rythme de quatre in-folio par jour. Il ne s'arrête que pour la prière. Il écrit parfois sous la dictée ce qui explique certaines fautes. Tout au long du Moyen Age, c'est le manuscrit lui-même qui est le témoignage le plus sûr de la fabrication du livre médiéval et de la répartition du travail dans les ateliers de production. Les principaux ateliers de copistes se trouvent à Aix-la-Chapelle, Reims et Metz.
Il est quasiment impossible de comprendre l'évolution historique des usages que les intellectuels du Moyen-Âge font de tous les termes relatifs aux meubles. Ils peuvent désigner tout ou partie, et le contexte ne suffit toujours pas à les déterminer. D'autre part, les usages se perdent, se rétablissent, sont différents de pays à pays.
Le bureau du copiste était le plus souvent désigné par "scrinium" depuis l'antiquité romaine. Ce mot a désigné, comme " scriptorium ", le meuble lui-même où le scribe s'attelait à ses travaux d'écriture ou d'enluminure. Ces mots pouvaient aussi bien désigner une simple table (nous dirions " bureau ") qu'un ensemble plus complet réunissant à la fois le siège, la table ou tablette, mais aussi un rangement intégré de livres.
Le terme qui fera long feu, c'est bien sûr " armarium ", mais avant de désigner un espace, il a désigné le meuble qui contient des livres.
On trouvait souvent un armarium dans le scriptorium, bien sûr, et il n'était pas rare que l’usage d'armarium se répandît au pupitre qui conservait quelques livres appelés armoire, mais il y a aussi la rangée, l'étagère ou la tablette inclinée (d'où notre pupitre), on évoque aussi des pupitres et des marchepieds, très fréquents dans l'iconographie : ceux-ci soulèvent les genoux, ce qui permet d'y poser à plat son ouvrage pour écrire. Ces mots peuvent désigner, rappelons-le, tout ou partie de celui-ci quand les parties sont solidaires, siège, banc, pupitre ou lutrin, meubles semble t-il tardifs (XIIe-XIIIe siècles).
Les matériaux varient selon les supports de l'écriture, la particularité du travail à fournir.
Généralement le scribe est muni de couteaux, d'éponges (pour effacer l'encre le cas échéant), de roseaux pour écrire, de stylets pour graver, de pierre ponce pour lisser les irrégularités du papyrus ou du parchemin, de plumes d'oie (elles ont des possibilités plus variées que le roseau, sont choisies parmi les cinq premières rémiges du volatile puis sont été trempées, séchées, durcies au sable chaud et enfin taillées au couteau), des pointes sèches qui servent à aider le scribe à se repérer sur la feuille en faisant des piqûres. Les calames (chaume, roseau) sont simplement des roseaux taillés. Les rouleaux antiques étaient rangés dans des boîtes cylindriques, et des coffres circulaires
Dans les images de l'époque carolingienne, le pupitre acquiert la fonction de meuble à écrire alors qu'antérieurement il servait de lutrin.
Dans la réalité, on écrit habituellement sur une planche ou sur un agencement de deux planches qu'on pose sur les genoux. Ces pupitres, parfois pivotants ou à double plan incliné, servent à poser les manuscrits. Dans les scriptoria se trouvent des sièges, des armoires, des étagères où les livres sont posés à plat. Des réserves de plumes, d'encre de couleur, de poudres, de vernis sont entreposées dans la pièce. Il est dit précédemment que la préparation du support est en partie réalisée dans les scriptoria. Mettons donc en évidence les différents supports utilisés .Il y a tout d’abord le papyrus, le parchemin, et les tablettes
Les scriptoria sont des ateliers dans lesquels les moines copistes réalisaient des copies manuscrites. Avant l'invention de l'impression, un scriptorium était une adjonction normale à une bibliothèque. Après la destruction active des bibliothèques classiques à la suite des décrets de Théodosien et l'effondrement du scriptoria public, les établissements ont été entièrement dans des mains chrétiennes, à partir du 5ème siècle. Donc un scriptorium est généralement une grande salle distante dans un monastère pour l'usage des pointes à tracer ou des copistes de la communauté Le scriptorium était sous le soin de l'armarius, dont le devoir était de fournir toutes conditions requises, telles que des bureaux, encre, parchemin, stylos. On a eu beaucoup de mal à définir les scriptoria, mais c’est avec le temps que la définition s’est ancrée dans les mœurs. Ces scriptoria sont en partie de forme rectangulaire, et faisait au fond partie intégrante de l’Eglise ce qui leur confère un caractère sacré. Des études, très nombreuses, ont été consacrée aux scriptoria, qui nous informe sur leurs méthodes de travail, leurs échanges intellectuels et leurs organisations. La copie des manuscrits dans un établissement ecclésiastique se présente comme une activité généralement communautaire. L’organisation particulière de certains ordres monastiques introduit cependant quelque tempérament dans cette conception-
Source
Jean Favier, Dictionnaire de la France Medieval, PUF, 2000, Paris.
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