Le trésor d'Hugo d'oignies

 

 

 

 

 

 

Hugo d'Oignies (fin XIIe siècle - début XIIIe siècle) est le dernier des grands orfèvres de l'art mosan. Il est un brillant représentant de l'école de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Dans son œuvre, la figure humaine s'efface devant la virtuosité technique avec laquelle l'artiste traite le décor à filigranes, le sertissage délicat des cabochons. Au revers de ses phylactères, tel Christ en majesté adopte de plus en plus le style de la statuaire des grandes cathédrales françaises.

C'est au prieuré d'Oignies, fondé par son frère Gilles de Walcourt en 1190, qu'œuvre frère Hugo. Il y réalise des objects liturgiques (ostensoirs, calices, reliquaires, croix) qui sont des chefs d'oeuvre d'orfèvrerie.

 Du frère Hugo lui-même, nous connaissons peu de choses. C'est seulement à partir de 1228 que l'on peut dater des œuvres créées au prieuré. Entre la fondation de celui-ci en 1190 et cette date, nous ne savons pas ce que fait Hugo. Sans doute est-il formé au métier d'orfèvre... Hugo sait lire et écrire, ce qui n'est pas toujours le cas à l'époque. Il est orfèvre, scribe et miniaturiste. Il a signé plusieurs de ses œuvres et s'est même représenté dans certaines.


Les origines 

 Le trésor d’Hugo d’Oignies est composé d’un grand nombre de pièces de haute valeur : reliquaires, croix-reliquaires, évangéliaire et manuscrit enluminé, phylactères. 

 La richesse de ce trésor provient, d’une part du travail de l’artiste, mais aussi, d’autre part, de la rareté des pierres précieuses, semi-précieuses et reliques assemblées. 

D’où proviennent ces reliques et pierres ? Essentiellement de Jacques de Vitry, ce clerc parisien, arrivé à Oignies en 1208. En effet, quelques années plus tard, le voici qui part prêcher la croisade contre les Albigeois, sur les instances du roi de France, de l’évêque de Toulouse et du Pape. Il devient légat pontifical en Syrie, puis évêque de Saint-Jean d’Acre ; il est enfin promu cardinal de Tusculum. Il n’en oublie pas pour autant ses frères d’Oignies qu’il comble de présents notamment en leur envoyant de précieuses reliques d’Orient. 

À sa mort, ses restes sont ramenés de Rome à Oignies. Il lègue des étoffes précieuses, des ornements et diverses pièces d’orfèvrerie.
À côté d’aliénations, quelques apports ont lieu encore au 14ème et au 17ème s. Le trésor est mis à l’abri des convoitises étrangères en 1648 et 1794. En 1818, le dernier prieur du monastère le transmet aux sœurs de Notre-Dame de Namur.

L'art d'Hugo d'Oignies

Par divers indices, on sait que Hugo travaille entre 1230 et 1238. Mais peu d'éléments supplémentaires sont connus.
Les traditions des orfèvres mosans revivent dans son art, tant au point de vue technique que décoratif. Pourtant, Hugo est original, et il magnifie la science reçue.
Le filigrane, tout d'abord. Employé déjà au 5ème s sur les bijoux barbares et sur les œuvres de métal au 12ème s, Hugo l'innove : il détache le filigrane du fond, le déploie librement dans l'espace, en vrilles, en colimaçons. Ou bien, il crée séparément par estampage et ciselure, des figures animales et humaines, des éléments végétaux, les compose entre eux, et les réunit au fond par de fines tiges. Il en résulte une véritable dentelle d'orfèvrerie où se jouent l'ombre et la lumière. Il va également orienter le goût de l'école d'Entre-Sambre-et-Meuse dont il est la tête de proue : en préférant le nielle, formé d'un émail métallique de teinte noire, aux émaux colorés à base de verre. Cet usage donne beaucoup de distinction et de raffinement à ses œuvres.

Les œuvres principales
La reliure d'évangéliaire - début du 13ème s
Joyau de l'orfèvrerie wallonne. La reliure devait protéger les ouvrages précieux et leur donner une couverture d'apparat.
Elle se compose de deux ais de chêne, recouverts à l'extérieur de feuilles d'argent travaillées et dorées, de nielles, de gemmes et camées. Le premier plat figure en son centre le Christ glorieux accosté des symboles des 4 évangélistes et 4 disques émaillés en cloisonné (peut-être byzantins). La bordure porte l'inscription disant qu'Hugo l'a écrit à l'intérieur et à l'extérieur. «le Christ, d'autres le chantent par la bouche ; Hugo le chante par son art d'orfèvre». Le deuxième plat figure le Christ crucifié entre la Vierge et Saint Jean.

Le calice de Gilles de Walcourt - début du 13ème s
Le calice d'argent est niellé et signé sur le bord du pied : «Hugo me fecit : orate pro eo : calix ecclesia beati Nicholai de Oignies : ave». Accompagné de sa patène au centre de laquelle figure la Sainte Trinité, la tradition en attribue la possession au frère de l'orfèvre, Gilles de Walcourt, premier prieur du monastère. Particulièrement élégant et raffiné, les formes en sont simples et robustes.


Le reliquaire de la côte de saint Pierre - 1238
Ce reliquaire a été construit en forme de croissant pour symboliser la relique qu'il abrite. À l'intérieur de la partie centrale se trouve une petite bande parchemin qui nous apprend que le frère Hugo fit le reliquaire et que les reliques y furent placées en l'an 1238. Sur le champ du croissant se retrouve le même décor ajouré que sur le bord de l'évangéliaire. 


La croix filigranée à double traverse - début du 13ème s
Les bras fleuronnés sont recouverts d'un filigrane de grappes et de feuilles. Ce reliquaire abrite une relique de la vraie croix offerte par Jacques de Vitry. Si l'œuvre n'est pas signée d'Hugo, le style en tous les cas lui appartient. La forme de cette croix nous est venue d'Orient à l'époque des croisades. La traverse supérieure remplace l'inscription clouée au-dessus de nos croix d'Occident.

La croix dite byzantine - 11ème – 13ème s
Elle figure parmi les présents légués par J. de Vitry à la communauté d'Oignies. Rehaussée de splendides émaux byzantins du 11ème s sur fond d'or, elle possède une base de facture typiquement mosane, parmi les sujets traditionnels (dragons, ailes, carnassiers) et l'esprit dans lequel elle est réalisée. 

 Le phylactère de saint Martin - début du 13ème s 

Un phylactère était un médaillon portatif contenant une relique ou un texte sacré. Hugo n'utilise pas le simple filigrane d'époque mérovingienne, il juxtapose en spires régulières et surhaussées les fils striés enrichis de crossettes. Au revers, une image de la Vierge en majesté tenant le Christ sur ses genoux est ciselée, sur un fond de feuillages.

Le gobelet dit de sainte Marie d'Oignies - début du 13ème s
Ce gobelet a peut-être appartenu à sainte Marie d'Oignies, sinon à J. de Vitry comme timbale de voyage. Le décor linéaire de nielles et d'argent en fait un objet particulièrement raffiné.

Le petit reliquaire de saint Nicolas - 13ème sIl semble être l'œuvre du frère Hugo. Saint-Nicolas était le patron du prieuré.

Le grand reliquaire de saint Nicolas - 13ème s
D'architecture gothique, le reliquaire a sa base niellée ornée des épisodes de la vie de saint Nicolas.

Le reliquaire du lait de la Vierge - 13ème s
En forme de colombe, il contient, en guise de relique un peu de "lait de la Vierge", c'est-à-dire de la galactite, sorte de craie blanche en globule provenant des parois de la "grotte du lait" à Bethléem. L'œuvre ne doit pas être d'Hugo.

Vases arabes - 12ème s
Les vases en verre moulé d'origine fatimide et rapportés sans doute par J. de Vitry, ont été sertis par ou du temps d'Hugo au 13ème s.



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