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À partir de 950, la poussée démographique entraîna le morcellement de la propriété foncière. Les grands domaines créèrent de nouvelles tenures et les réserves domaniales se divisèrent en exploitations. De ce fait, les corvées furent souvent remplacées par des paiements en espèces (bail) et en nature. En outre, le défrichement de terres nouvelles consistait à mettre en valeur des jachères appartenant aux communautés villageoises, des marécages, et à y implanter des colons. Ceux-ci recevaient des avantages extraordinaires pour l'époque : affranchissement, suppression des corvées, etc. L'élevage et les cultures spécialisées y prenaient une plus grande place. L'assolement triennal et le remplacement du bœuf par le cheval furent généralisés. Ces défrichements entraînèrent l'affranchissement de nombreux serfs, surtout en Flandre et au Brabant. Ailleurs en Europe, la fin du Moyen Âge se caractérisa par la stagnation de l'agriculture, mais dans les régions belges l'approvisionnement des villes (à quelque 25 km de distance l'une de l'autre) poussait à la spécialisation, à l'introduction de nouvelles cultures (production laitière, houblon, lin, vigne, plantes tinctoriales, raves). Les villes fournirent à l'agriculture un fumier supplémentaire. À plus d'un titre, l'agriculture médiévale de la Flandre et du Brabant était la plus évoluée d'Europe.
L'essor du commerce prit une orientation tout à fait remarquable au cours des xiie et xiiie siècles. Pour des raisons de sécurité, les marchands itinérants s'organisaient en corporation dans leur ville. Les associations regroupant les marchands de plusieurs villes en vue du commerce avec l'étranger s'appelaient « hanses » : hanse flamande de Londres, hanse de Saint-Omer. La Gascogne attirait les Flamands par ses vignobles, ainsi que la baie de Bourgneuf par son sel. Bruges et Damme détenaient le monopole des marchés du vin et du sel pour le nord de l'Europe. Les marchands se rendaient plusieurs fois par an aux foires de Champagne (xiiie s.) où se nouaient les contacts avec les Italiens. Le marché français fut dominé par la hanse des Dix-Sept Villes. Les Gantois s'orientèrent vers le Rhin, le nord de l'Allemagne et la mer Baltique. Le drap flamand restait la principale marchandise. Vers 1200, Bruges, avec le Zwin et Damme, était le point de rencontre entre le nord et le sud de l'Europe occidentale. Allemands, Anglais, Italiens et Flamands y échangeaient des biens de toutes sortes. Dès le xiie siècle, les Italiens firent de Bruges le quartier général de leur commerce septentrional. Dès le xiiie siècle, ils l'atteignirent par mer. Des bateaux génois arrivèrent pour la première fois à Bruges en 1277, bientôt suivis par d'autres Italiens et par des Catalans. Les Brugeois apprirent des Italiens les finesses du métier de banquier que ceux-ci exerçaient pour le Saint-Siège et pour des ordres religieux comme les templiers, les cisterciens.
Aux xe et xie siècles, les tisserands flamands acquirent une incontestable supériorité technologique grâce à l'adaptation du métier large, utilisé par deux hommes. De riches marchands prirent en main le financement, la production et la vente de ces produits. La division du travail du drap ne comptait pas moins d'une trentaine d'opérations. Femmes et enfants faisaient le travail préparatoire, un maître avec quelques compagnons tissaient pour le compte d'un gros marchand (début du capitalisme commercial), puis, après le xiiie siècle, souvent pour leur propre compte. Ypres comptait à cette époque 20 000 habitants. Plus de 10 000 d'entre eux produisaient quelque 90 000 pièces de drap par an ! Le Brabant suivit la Flandre avec un siècle de retard. Les salaires y étaient plus bas et les produits plus diversifiés et moins chers. En outre se développa dès le xiiie siècle une industrie rurale du drap ; pendant l'hiver, les paysans fabriquaient des produits moins finis, mais également exportables. Ils n'étaient pas liés par le système rigide des corporations urbaines. Les grandes villes, Gand, Bruges et Ypres, irritées par cette concurrence « déloyale », allaient souvent jusqu'à la combattre par les armes, mais en vain, parce que le comte de Flandre protégeait « les petites gens » ; en outre, les marchés internationaux comme Londres concurrençaient fortement le drap flamand devenu trop cher.
Dès avant l'an 1000, on avait compris à quel point le fer pouvait contribuer à améliorer le rendement de l'agriculture. Toutefois, jusqu'au xiiie siècle le pays de Liège, connaissant l'extraction du charbon et du minerai de fer, mais ne sachant pas encore s'en servir, employait le charbon de bois dont les forêts ardennaises fournissaient la matière première. Dès le xiiie siècle, on introduisit des pilons destinés à broyer le minerai et des soufflets pour attiser le feu, chassant ainsi l'excès de gaz ; ces deux instruments étaient actionnés par la force hydraulique. Avec les hauts-fourneaux du xive siècle, la sidérurgie prit un essor extraordinaire : armement (bombardes, cuirasses), clous et autres objets domestiques.
Les autorités comtale et ducale suivaient de très près les changements économiques et sociaux. Elles créèrent des « villes » (en Flandre), et octroyèrent des privilèges aux foires annuelles, participèrent aux grands travaux d'endiguement, de défrichement et s'employaient par la diplomatie à protéger leurs sujets à l'étranger, pour autant qu'ils n'étaient pas occupés par leur politique matrimoniale, des guerres dynastiques ou les croisades, auxquels ils se consacraient généreusement. Le comte de Flandre Philippe d'Alsace, un croisé attiré par le Proche-Orient, avait réussi à doter son comté d'une administration efficace, d'une justice indépendante et des infrastructures portuaires et urbaines nécessaires au développement de ses terres. Ami de Henri II Plantagenêt d'Angleterre, il fut le tuteur du jeune Philippe II Auguste de France.
L'extension des villes flamandes et brabançonnes fut considérable. Entre le xie et le xive siècle, Gand passa de 80 à 644 hectares, Bruges de 70 à 430 hectares et Louvain de 60 à 410 hectares. Gand, la plus grande ville des Pays-Bas, comptait 60 000 habitants à la fin du xive siècle. C'était, après Paris avec 100 000 habitants, la plus grande ville au nord des Alpes. Les régions belges étaient des régions pilotes de l'Europe ; même après les ravages de la peste noire, la densité de la population s'y maintint approximativement, tandis qu'ailleurs en Europe occidentale elle diminua au moins d'un tiers.
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