La cathédrale de Tournai

 

 

La cathédrale Notre-Dame de Tournai témoigne de l'extraordinaire circulation de courants artistiques entre l'Île-de-France, la vallée du Rhin et la Normandie au cours de la courte période du début du XIIe siècle qui précéda la floraison de l'architecture gothique. L'ancienneté de la construction sur quatre étages de sa nef et de son transept, et son extension successive témoignent de l'importance de ces influences, que confirment ultérieurement, dans le transept, l'intégration magistrale d'un triforium et l'agencement inhabituel des volumes. La construction du début du XIIe siècle, dont la nef présente une structure en « viaduc » sur une élévation de quatre étages, est un cas unique pour cette période durant laquelle la hauteur des églises était limitée à trois étages.

 

Avec ses dimensions importantes, la cathédrale est l'un des exemples, remarquable, de grand édifice construit au nord de la Seine préfigurant les cathédrales gothiques. La nef et le transept représentent un témoignage unique, compte tenu de leur remarquable état de conservation dans une région qui a perdu presque toutes ses grandes basiliques de style roman, ou de style gothique antérieur à Chartres. Cela est particulièrement vrai pour le décor sculpté de la nef. Des témoignages archéologiques d'un intérêt exceptionnel permettent de replacer la cathédrale dans le cadre de son environnement urbain.

Au Ier siècle av. J. C., Tournai était déjà un important centre administratif et militaire romain (Turnacum ) situé sur l'Escaut au carrefour de plusieurs routes importantes. Le christianisme s'y implanta à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle à l'initiative de saint Piat, mais son évêché ne fut créé qu'au Ve siècle, probablement sous le règne de Childéric, roi des Francs.

La cathédrale a été construite dans la première moitié du XIIe siècle, après qu'un incendie eut détruit le complexe épiscopal du milieu du IXe siècle. La grande basilique du XIe siècle, dont une partie subsiste, dut sa construction au succès croissant du culte marial, qui attira de nombreux pèlerins au lendemain de la peste de 1089. La cathédrale se trouve au cœur de la vieille ville, non loin de la rive gauche de l'Escaut. En termes architecturaux, c'est le produit de trois projets qu'il est facile de distinguer les uns des autres, comme en témoigne le contraste entre la nef romane et le chœur gothique lié au transept dans un style de transition qui prend la forme d'un groupe impressionnant de cinq clochers.

À l'extérieur, du côté ouest, le porche gothique abrite un double portail. La partie basse de la façade est décorée de sculptures remontant à différentes périodes (XIVe , XVIe et XVIIe siècle), représentant des scènes de l'Ancien Testament, des épisodes de l'histoire de la ville et des figures de saints. Au-dessus, une série de baies est surmontée par une grande rosace néoromane, et l'ensemble est couronné par un fronton flanqué de deux tourelles circulaires décorées de deux rangées de colonnes. Le chœur, rebâti au XIIIe siècle, est de pur style gothique-

 


 

La nef romane, à l'intérieur, est divisée en neuf travées sur une longueur de 48 m ; elle est flanquée de deux ailes latérales et se distingue par son élévation sur quatre étages, séparés les uns des autres par des motifs horizontaux continus. Deux salles romanes voûtées, probablement des chapelles, ont été ajoutées peu après la construction de la nef, l'une au nord, l'autre au sud, à l'extrémité des galeries occidentales, au-dessus des ailes latérales, contre les bras du transept. Le transept est entièrement voûté et ses deux extrémités s'achèvent chacune par une abside présentant un déambulatoire étroit, flanqué de deux tours. La croix rectangulaire est surmontée par une lanterne, dont deux étages sont visibles au-dessus d'un arc gothique. L'élévation de la nef s'étend aux bras du transept, avec les ajustements nécessaires pour incorporer la voûte ogivale et adoucir le passage à l'élévation des absides. Le chœur comporte six travées surmontées par une voûte ogivale le long de son grand côté, et se termine en abside semi-décagonale surmontée par une voûte octogonale. Les chapelles ouvrant sur le déambulatoire comportent, en correspondance de l'abside, six chapelles radiales à trois pans.

Source : UNESCO/CLT/WHC

 

La châsse Saint-Eleuthère

Bref historique

Ce coffre argent et cuivre doré de 1m15 x 50cm x 87cm (hors pommeaux) est une œuvre anonyme de la première moitié du XIIIe siècle destinée à abriter les reliques de Saint-Eleuthère, premier évêque de Tournai, qui y furent déposées par le légat du Pape Odon de Tusculum et l’évêque de Marvis le 25 août 1247.

 

 


Elle fut d’abord exposée près du grand autel du nouveau chœur (gothique). Vers 1350, le Doyen du chapitre Simon du Portail fit élever derrière le grand autel, une table de cuivre soutenue par neuf colonnes pour y déposer la châsse.

Les chanoines la portèrent en procession à chaque calamité publique qu’il s’agisse des famines et des épidémies ou des inondations dues aux crues de l’Escaut. Parfois le Magistrat de Tournai demandait au chapitre de la sortir dans la ville, ainsi en 1340, au début de la guerre de Cent Ans, en 1409, quand le Concile de Pise permettait d’espérer la fin du grand schisme d’Occident ou encore en 1429 dès que l’on sut à Tournai que Jeanne d’Arc avait mené Charles VII se faire sacrer à Reims, église métropole de Tournai. De nouveau, en décembre 1581, lors de la prise de la ville par Alexandre Farnèse, en 1620, au début de la guerre de Trente Ans ou en 1794 à la veille de l’invasion révolutionnaire, les autorités civiles demandèrent que l’on processionnât les reliques de saint Eleuthère.

Hélas, comme en 1566 lors des méfaits des Iconoclastes, il fallut cacher la châsse au moment de la tourmente révolutionnaire. Après avoir transité dans des maisons de la rue des Choraux et de la rue des Fossés, la châsse Saint-Eleuthère rejoignit celle de Notre-Dame, au milieu des ballots du magasin de denrées coloniales de Barthélémy Dumortier, père, qui les remit à Monseigneur Hirn quand celui-ci réaménagea sa cathédrale.

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La croix byzantine

Le 18 février 2008, la Croix byzantine fut volée au Trésor de la cathédrale.

Des malandrins organisèrent un hold-up et en quelques minutes - le temps nécessaire à l'arrivée de la police alertée par le fonctionnement des alarmes - dérobèrent la croix byzantine ainsi que d'autres pièces de valeur. Des personnes qui se trouvaient menacées par les armes, deux heureusement ne furent que légèrement blessées, les autres en furent quittes pour la peur.

 



Depuis le XIIIe s., le reliquaire de la " Vraye Croix ", orfèvererie byzantine du XVIIe s. -XVIIIe s., était conservé à la cathédrale et fut lié à l'histoire de Tournai. Beaucoup de nos souverains Rois de France, Comtes de Flandre, Ducs de Bourgogne, gouverneurs espagnols et autrichiens la vénérèrent. Tous les magistrats tournaisiens de l'Ancien Régime prêtèrent serment sur la relique de la croix du Christ.

Elle avait échappé aux troubles du XVIe s. et de la Révolution française, aux guerres et aux malheurs des temps. La technologie du XXIe s. - vitre anti-effraction,alarmes sismiques et volumétriques -, n'a pas résisté à la violence et aux appétits cupides de voleurs sacrilèges...

Histoire

Ce reliquaire qui est une croix pectorale d’origine orientale (encolpion), contient un fragment de la vraie croix (d’où son nom au Moyen-Age). La dater est assez difficile : la technique de séparation des perles par un anneau d’or remonte au VIe siècle. Quant à celle du sertissage de gemmes utilisées, elle disparaît au XIIIe siècle. On peut donc raisonnablement penser qu’elle a été façonnée aux VIIIe-IXe siècles.

Un document du XIVe siècle, conservé aux archives de la cathédrale, en recopie un autre de 1225 dans lequel figure la mention : VERA CRUX, DONO JOHANNIS BLIAUT MILITIS. Cependant, il semble que la croix byzantine apparaisse sur le sceau du chanoine Hugues d’Arras sanctionnant un document de 1217.

Contrairement à une opinion répandue au XIXe siècle par Charles de Linas et fréquemment reprise dans la suite, la " Vraye Croix " n’est pas un don fait à la cathédrale par Baudouin, empereur de Constantinople et comte de Flandre et de Hainaut.

Il semble plutôt qu’elle ait été offerte à la cathédrale par le chevalier hennuyer Jean Bliaut, que Geoffroy de Villehardouin mentionne à plusieurs reprises dans son œuvre La conquête de Constantinople. Ce serait un cadeau de remerciement pour le secours apporté aux Croisés en péril après le siège de Constantinople. La croix byzantine serait ainsi arrivée à la cathédrale de Tournai en 1205.

Utilisation liturgique

L’usage liturgique de la croix byzantine était assez varié. Plusieurs fois par an, la relique était processionnée dans la cathédrale ou hors de celle-ci. Certains jours de foire, elle était exposée à la vénération publique sur le marché.

Elle était également utilisée lors des serments des souverains et à l’occasion de ce que nous appelons depuis le XVIe siècle les Joyeuses entrées. De même, elle accompagnait les cérémonies qui se déroulaient dans la cathédrale lors des visites de grands personnages à l’occasion de la prise de possession du siège épiscopal par le nouvel évêque.

Elle est toujours processionnée dans la ville avec d’autres reliques le deuxième dimanche de septembre.

Heurts et malheurs

Comme d’autres reliques toujours visibles aujourd’hui à la cathédrale, elle connut les aléas de certains troubles.

Lors des luttes entre catholiques et protestants, particulièrement à la mise à sac de la cathédrale par les Iconoclastes, elle put facilement être cachée, en raison de ses dimensions assez réduites.

Elle passa sans dommage les premiers temps de la Révolution française à Tournai. En 1797, le 17 décembre, la cathédrale fut fermée à l’exception de la chapelle occupée par la paroisse Notre-Dame. Le reliquaire fut confié à la paroisse en 1798. Mais la partie de la cathédrale occupée par la paroisse fut fermée à son tour et la croix byzantine disparut, mais non sans d’adresse puisqu’une lettre rédigée par Monseigneur Hirn, évêque concordataire désigné par Napoléon, datée de 1805, nous indique où elle se trouvait pendant les années les plus difficiles de la Révolution. Le nouvel évêque de Tournai remercia la veuve Gobert, dont le négoce se trouvait proche de la Madeleine, d’avoir restitué la croix byzantine à la cathédrale. La lettre nous apprend que le chapitre avait livré le reliquaire en gage d’une somme de cent nonante et un florins du Brabant que la perte de ses biens, devenus nationaux, l’empêchait de payer à la veuve Gobert. Il s’agit d’un processus de pseudo dette que le chapitre a utilisé également pour les châsses de Saint-Eleuthère et de Notre-Dame. Pour la châsse de Nicolas de Verdun, la ruse tourna mal et entraîna l’évêque dans un long procès. Mais ceci est une autre histoire…

Chan. P.-L. NAVEZ

 

 

La tapisserie d'Arras 

Parmi les plus grands trésors de la Cathédrale Notre-Dame de Tournai figure au tout premier plan cette double série de tapisseries de métier réalisées à d'Arras en 1402. Elle raconte la vie des saints Piat et Eleuthère, respectivement l'évangélisateur de nos contrées et l'un des premiers évêques connus de Tournai.

 

 


La période la plus prospère de la production de tapisseries à Arras se situe durant la 1ère moitié du XVe siècle, lorsque les ducs de Bourgogne chargent ses ateliers de réaliser de nombreuses tentures de chœur, dont celles-ci sont probablement les plus anciens exemples conservés.


Le chanoine Toussaint Prier (+1437), qui avait été aumônier du duc Philippe le Hardi, fut reçu au Chapitre de la Cathédrale en 1394. Il commanda aux ateliers arrageois une œuvre de toute grande valeur pour décorer le chœur de Notre-Dame. Ces tapisseries ornaient les hautes stalles aux grandes fêtes.

Lors de la modification du chœur au 16e siècle, elles furent remplacées par celles de l’évêque Charles de Croy et remisées à l'écart. Le chanoine Wauquier en empêchera la vente, tandis qu'un autre chanoine les fera restaurer. Mises à l'abri lors de la Révolution française, elle seront réputées perdues pendant un demi siècle.

Un inventaire minutieux en fait état en 1843, suite à quoi Mgr Vosin, conservateur et grand restaurateur de la cathédrale, leur consacrera une étude. Elles consistent en une série d'une quinzaine de tableaux, d'une dimension totale de 22m sur 2.10m. Par chance, seuls 3 épisodes manquent, notamment celui qui comportait l'inscription relevée par le chanoine Du Fief au XVIIe siècle: "ces draps furent faicts et achevés en Arras par Pierrot Feré - l’an mil quatre cent et deux - en décembre mois gracieux - Paulo inferius - veuillez à Dieu tous Saincts prier - pour l’âme de Toussaint Prier."

Ce Pierrot Feré était un bourgeois et notable d’Arras. En tant que hauteliceur possédant un atelier en ville, il siégeait comme membre de la ‘Vingtaine’, sorte de tribunal régissant drapiers et métiers connexes.

Après une première restauration sommaire en 1875, les tapisseries furent restaurées à la Manufacture Royale de Tapis de Tournai et placées aux murs de la Chapelle du Saint Esprit. L'intervention de 1876 fut appréciée à l'époque, bien qu'elle ait substantiellement modifié leurs aspect. Ce n'est qu'en 1938 que la tenture fut débarrassée d'encombrantes bordures qui y avaient été ajoutées. Elle fut alors nettoyée et restaurée aux frais des amis du chanoine Warichez. Elle a été rafraîchie récemment à la Manufacture Royale de Tapisseries De Wit de Malines et pourvue d'une doublure par les ateliers du Crecit de Tournai.

La guerre de 1940 faillit être fatale aux tentures du chanoine Prier. Elles ne durent leur salut qu'aux détenus de la prison qui, avec leurs gardiens, leur directeur, M. Lambert, et quelques volontaires, les arrachèrent des flammes, le 18 mai 1940.

Cette œuvre remarquable et précieuse par sa rareté présente les caractéristiques des tapisseries de son époque: l'absence de perspective réelle, sauf dans la dimension relative des personnages, le nombre limité de tons utilisés, la naïveté de la représentation. Elle ne comporte pas de fils d'or ou d'argent.

F. VANDE PUTTE


 

L'ambon

Le monument que l’on peut admirer aujourd’hui remplace le jubé primitif qui date de la construction de la cathédrale et qui était à la fois plus bas et plus simple dans son matériau : le marbre noir, probablement de la pierre de Tournai polie. 

 

La fonction de l’ambon est double. Il sert à isoler le chœur où se déroule l’office canonial des nefs où sont assemblés les fidèles parfois bruyants et remuants. D’autre part il accueille les chanteurs et les musiciens employés à l’office. Parfois, on y place même un petit orgue positif. A Tournai il vient à point nommé assurer la transition entre le style roman du transept et de la nef et le gothique du chœur, et contribue ainsi à une sorte d’homogénéité architecturale de la cathédrale.

La structure de ce jubé renaissance est celle d'un arc triomphal inspiré de celui de Titus quant à sa structure architecturale, et de celui de Constantin, en ce qui concerne la forme de décoration. Cette dernière exploite le thème favori des jubés gothiques flamands, la Passion du Sauveur. Du Broeucq, maître de la Renaissance, avait exploité le même sujet sur le jubé de Sainte-Waudru à Mons, une trentaine d’années auparavant.

 

 

Les vitraux 

Impossible de parler des vitraux de la Cathédrale Notre-Dame sans mentionner la catastrophe qu'a représentée pour elle l'explosion de la poudrière de la citadelle de Tournai, à l'occasion du siège de 1745. Tout l'ensemble des verrières a volé en éclat et nous a privés de trésors incomparables. 


Les débris de ces vitraux, que les auteurs anciens s'accordent à appeler magnifiques, furent relevés et les lacunes comblées par du verre ordinaire. Il faudra attendre la grande restauration du XIXe siècle pour que, dans les années 1845 à 1848, le grand artiste Jean-Baptiste Capronnier soit chargé d'en réinstaller les parties les plus vénérables en d'autres endroits que le chœur d'où elles provenaient-

 

 

 

 


C'est dans la Chapelle Saint-Louis que l'on trouve les fragments des plus anciens vitraux de Notre-Dame. Ils datent du XIVe siècle et décoraient à l'origine les fenêtres basses du chœur. Il s'agit de représentations de cinq saints accompagnés de leurs attributs traditionnels. Capronnier les a insérés dans de grandes verrières très simples et leur a ajouté la figure du roi Saint Louis, à qui la chapelle est dédiée.

F..Vande Putte

 

 


La rosace

Dès le XVIe siècle, le mur roman de la façade occidentale de la Cathédrale avait été percé d'une grande ouverture gothique. Cette transformation était peu compatible avec le vénérable ensemble roman de la nef du XIIe siècle, mais depuis longtemps, l'époque n'était plus à ce style jugé primitif et barbare. 


 

En 1526, l'évêque Charles de Croy avait fait remanier tout le porche gothique du XIVe siècle et loger dans la partie supérieure une grande fenêtre ogivale pourvue de magnifiques vitraux. 


Lors de la dernière grande restauration de la Cathédrale, au XIXe siècle, un problème sérieux se posait aux spécialistes à propos de cette façade. Leur objectif principal était de rétablir la pureté du style roman des origines. Dans la foulée des travaux de Viollet-le-Duc en France, l'idée de "déposer" la grande verrière de Croy et de la remplacer par une rosace germa bientôt. On trouvait, en effet, ce type de fenêtre dans une série de cathédrales de la même époque de transition, mais ces rosaces 'romanes' sont généralement bien plus petites et beaucoup moins ouvragées que celles que l'on verra fleurir partout à l'époque des cathédrales gothiques.

Il apparaît clairement aujourd'hui que l'option choisie par les restaurateurs fut de favoriser la vision de la Cathédrale depuis l'intérieur, quitte à sacrifier en partie la cohérence du projet architectural de la façade vue de l'extérieur. Il fut donc décidé de construire une grande rosace d'inspiration romane qui s'inscrirait idéalement sous la voûte du XVIIIe siècle, mais interrompait plus malencontreusement les lignes de la façade.

Cette œuvre de 7 mètres de diamètre a été conçue par un architecte lillois, Charles César Benvignat, de la mouvance Viollet-le-Duc, mais sera modifiée par Justin Bruyenne, l'architecte tournaisien qui avait repris le flambeau de Bruno Renard pour la restauration.

 



La fenêtre prend la forme d'une rose divisée en seize compartiments. Elle est pourvue d'une verrière remarquable réalisée dans le style médiéval, qui est un don de Mgr Gaspard Labis. Elle est une œuvre remarquable du grand artiste verrier belge, Jean-Baptiste Capronnier, qui travailla à maintes reprises pour la Cathédrale de Tournai.

Au centre, nous trouvons Marie, vierge-mère, représentée à la manière romane d'une Sedes Sapientiae, située entre l'Alpha et l'Omega, qui, comme le cercle, signifient le commencement et la fin de toute chose. Elle est magnifiée par trois zones circulaires qui l'entourent. La première est composée d'un chœur de têtes de chérubins. La zone du milieu présente les douze signes du zodiaque, scandés par les représentations des quatre saisons. Dans la dernière zone, figurent seize prophètes qui ont annoncé la venue du Messie, avec une suggestion de leur message sur des phylactères. L'on retrouve ce genre de prophètes dans la statuaire du porche.

Toute la création, le ciel et la terre, célèbrent ainsi d'une même voix le Christ présenté par sa Mère.

F.Vande Putte

 

 

Ce que l'on peut admirer dans la cathédrale

● Les orfèvreries
 

1. Châsse de Notre-Dame de Nicolas de Verdun (1205)

2. Châsse de Saint-Eleuthère, travail mosan (1247)

3. La Croix reliquaire à double traverse (13e s.)

4. La torche des Damoiseaux (éléments divers XIV, XVI, et XVIIe s.)

5. Le « Quignon » de la même confrérie (Mors de chape du XVIe s.)

6. Châsse des Damoiseaux, œuvre d’argenterie (1571)

7. Des reliquaires

8. Des ciboires, calices et pyxides du XIIIe s. au XXe s.

9. Des ostensoirs du XVIe s. au XXe s.


● Les ivoires

1. Coffrets à reliques mérovingien et roman

2. Plats de reliure d’évangéliaire processionnel (VIIIe s. ou XIe s.)

3. Sceau du chapitre : l’exemplaire le plus ancien d’Europe occidentale (XIIe s.)

● Les tapisseries
 

1. Les tapisseries de chœur des Saint-Piat et Eleuthère tissée à Arras (Seules tapisseries arrageoises avérées) et livrées à la cathédrale en 1402


● Les sculptures
 

1. Vierge à l’enfant : Bourgogne (Autun) vers 1460

2. Pieta en bois polychrome (XVIe s.)

● Les tableaux
 

1. Christ sortant du tombeau. Italie XIVe s. (Maestro Dei Scrovegni ?)

2. Marie-Madeleine (Flandres XVe s.)

3. Panneaux de l’école de de le Pasture (van der Weyden) (XV e s.)

4. Christ aux outrages Quentin Metsijs (XVI e s.)

5. Jugement de Salomon de Pourbus (XVI e s.)


● Les ornements liturgiques (paramentique)

1. Chasuble portée par Saint Thomas Beckett (XII e s.)

2. Manteau de Charles Quint (XVI e s.)

N. Par manque de place et pour des raisons de conservation, quelques ornements seulement sont exposés parmi les plus de 800 pièces conservées du XII e s. au XX e s.



Reste à signaler parmi les acquisitions récentes (2009)

■ Une pince à encens du XV e s. où le mot Tournai est bien lisible (don de Mr Henri Verne)

■ Une descente de croix de l’atelier Rogier de le Pasture (XV e s.) (copie de l’original du Prado) (don des Sœurs Clarisses)

■ Les mules du Pape Adrien VI (Adriaan Florizoon) XVI e s.

■ Un bonnet de pèlerinage (Moyen-Age à dater) et un autre probablement byzantin (dons de Mr et Mme Viérin)

 

 


 

Historique de la cathédrale

Dès le Ier siècle av. J.-C., Tournai, situé sur l'Escaut, est un centre administratif et militaire romain (Turnacum) au carrefour d'un important réseau de routes. La ville est évangélisée à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle apr. J.-C. par saint Piat mais il faut attendre le Ve siècle pour qu'un évêché soit créé, probablement au temps de Childéric, roi des Francs. En étendant le royaume jusqu'aux Pyrénées, son fils Clovis (481-511), déplace la principale résidence royale de Tournai à Paris. Un groupe épiscopal se forme autour de la cathédrale Saint-Etienne et de l'église Sainte- Marie qui s'affirme comme centre de la vie politique, économique, sociale et intellectuelle de la ville avec les souverains carolingiens. 


La cathédrale romane est édifiée à la suite de l'incendie du groupe épiscopal au milieu du XIe siècle. Cette grande basilique du XIIe siècle, en partie conservée, doit sa construction au développement du culte de Notre-Dame qui attire de nombreux pèlerins après la peste de 1089 (Notre-Dame des Malades, dite Notre- Dame de Tournai ou Notre-Dame flamande). Elle est également liée à la richesse de la Flandre et de Tournai, sa capitale religieuse et centre d'enseignement renommé, qui produit de la laine et exporte la pierre calcaire locale. En 1146, la ville est pourvue d'un évêque particulier après avoir été unie depuis le début du VIIe siècle à l'évêché de Noyon. La datation des parties romanes de la cathédrale n'a jamais été tranchée de façon définitive. Toutefois, des recherches récentes semblent permettre de situer leur construction dans la première moitié du XIIe siècle, celle de la nef plus précisément au premier tiers du siècle et du transept au deuxième. Le projet comportait un vaisseau plafonné, avec de vastes tribunes sur des bas-côtés voûtés et une façade harmonique à l'ouest.

Le chantier du choeur gothique paraît bien s'être ouvert sur un édifice abouti lorsque l'évêque Étienne d'Orléans (1192-1203) fait élever la chapelle épiscopale Saint- Vincent, sur le flanc sud-ouest, et voûter le transept et le choeur de la cathédrale en 1198. Vers le début du XIIIe siècle, le premier portail roman est remplacé par une construction plus monumentale qui sera masquée par un porche de pierre au début du siècle suivant.

L'évêque Gautier de Marvis (1219-1252) envisage de construire une nouvelle cathédrale dont les travaux ont débuté dans le choeur en 1242 pour se clore en 1255, sans toutefois toucher le transept et la nef romane. Quelques constructions viennent s'ajouter à l'édifice : une vaste chapelle contemporaine du choeur gothique dans le bas-côté sud qui sera dédiée au roi de France Louis IX en 1299 et la chapelle de prières aménagée dans le choeur au XIVe siècle. Dès le XIVe siècle, le choeur gothique semble avoir manifesté d'inquiétants symptômes de déséquilibre et des menaces d'écroulement auxquels des travaux de consolidation de la structure réalisés à différentes époques tenteront de remédier. Une fois achevée, la cathédrale romanogothique bénéficie du climat de création artistique qui règne dans la ville pendant plusieurs siècles et s'orne d'oeuvres d'art.

Les flèches des tours latérales, et sans doute celle de la tour centrale, appartiennent au XVIe siècle tout comme la chapelle paroissiale, disparue depuis, accolée au flanc nord de la nef à l'emplacement du cloître roman. Tournai qui n'échappe pas à la pression du calvinisme, perd les archidiaconés de Bruges et de Gand (1559) et voit sa cathédrale saccagée en 1566. Elle est restaurée l'année suivante et un jubé Renaissance remplace la clôture gothique. Au cours des deux siècles suivants, de nombreux aménagements sont réalisés tels la reconstruction partielle du narthex en style toscan (1620), la pose de nouvelles voûtes sur les tribunes de la nef en remplacement d'un plafond de bois (après 1640) et sur la nef (1753), le remaniement des cages d'escalier romanes des travées occidentales des bas-côtés (1757), la fermeture des arcades latérales ouvrant sur le narthex et le percement de nouvelles portes vers les bas-côtés.

Le retour des Français en 1797 est marqué par la fermeture de la cathédrale, la vente de son riche mobilier et la dispersion des oeuvres d'art. L'édifice échappe de justesse à la démolition mais son état nécessite des travaux de restauration qui commencent par le choeur en 1840 et se poursuivent dans les décennies suivantes avec notamment la reconstruction du pignon de l'abside nord à l'image de celui de l'abside sud lui-même rénové, le rétablissement d'un pignon néo-roman inspiré de ceux des bras du transept et la création de la grande rose. Au début du siècle suivant, la cathédrale est isolée par la démolition des maisons qui l'entouraient. Des bombes incendiaires touchent le choeur le 17 mai 1940 et le feu se propage à la toiture de la nef. La chapelle paroissiale, le palais épiscopal, les archives de l'évêché et la très riche bibliothèque capitulaire sont entièrement détruits. Une nouvelle campagne de restauration s'ouvre à la cathédrale au lendemain de la guerre.

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