Abbaye Notre-Dame de Leffe

 


                       

 L’Abbaye Notre-Dame de Leffe (ou simplement Abbaye de Leffe) est une abbaye de l’ordre des Prémontrés, sise à Leffe, un quartier de Dinant (Belgique), sur la rive droite de la Meuse. Fondée en 1152 elle est toujours habitée par une communauté de chanoines prémontrés, appelés aussi norbertins.

 

La plupart des documents qui auraient pu nous renseigner sur l'histoire de l'abbaye de Leffe sont presque entièrement disparus. Tout ce qui concernait l'abbaye depuis son origine, en 1152, jusqu'à la destruction de Dinant par le duc de Bourgogne, en 1466, a été anéanti ou perdu.

 Quant aux papiers relatifs au rétablissement de l'abbaye, en 1467, et à son histoire jusqu'à sa destruction en 1794, il est vraisemblable qu'ils ont été détruits aussi lors du pillage de l'abbaye à cette dernière date.

Situation

 Leffe, faubourg de Dinant, est situé sur la rive droite de la Meuse, en aval de la ville. Le ruisseau de Leffe, qui prend sa source dans les environs d'Achêne, s’y jette dans la Meuse. Ce cours d’eau fit jadis mouvoir plusieurs moulins à farine et à écorces, des scieries de marbre, des polissoirs et des machines à peigner le lin.

 Le nom de Leffe est cité à l'origine même de Dinant. Ainsi plusieurs auteurs affirment que saint Materne, évêque de Tongres, serait venu évangéliser cette ville et y opérer de nombreuses conversions. Pour entretenir la piété des nouveaux fidèles, il aurait fait construire deux petites églises ou oratoires en l'honneur de la Mère de Dieu : l'une à Dinant même, sur l'emplacement de la collégiale actuelle de Notre-Dame, l'autre à Leffe, proche et en aval de Dinant, à l'endroit où s'élèvera plus tard l’abbaye des Prémontrés. Au commencement du VIIe siècle saint Perpète aurait établi à Leffe une maison de religieuses. Il est difficile de faire la part de l’histoire et de la légende dans ces récits-. Mais il est certain qu’à partir du Xe siècle et jusqu'à l'an 1152, des chanoines séculiers s'occupèrent du sanctuaire de Leffe.

 


 

Fondation

 Henri, dit l'Aveugle, comte de Luxembourg et de Namur vers 1140, avait reçu en fief la terre de Leffe de Frédéric Barberousse, roi des Romains. Il professait une haute estime pour les religieux Prémontrés que son père Godefroid, comte de Namur, avait établis dans sa terre de Floreffe, en 1121, et auxquels il avait lui-même fait de grandes libéralités. Il désirait les voir établis aussi à Leffe, dans l'église Notre-Dame. Il estimait en effet que les chanoines séculiers qui la desservaient n’avaient pas le rayonnement spirituel qu’il attendait. Le comte de Namur communiqua son projet aux chanoines, leur promettant, s'ils y acquiesçaient volontairement, de pourvoir libéralement à leur existence. Tous les membres du chapitre consentirent à l'arrangement proposé. Parvenu à ses fins, le comte donna l'église de Sainte-Marie de Leffe, avec toutes ses dépendances et revenus à Gerland, abbé de Floreffe, à la condition d'y établir des religieux de son ordre, sous la direction d'un prieur. Il institua cette fondation par une charte. L’esprit de foi et d’humilité qui inspire celle-ci ne manque pas de détoner avec la mentalité du prince qui l'octroie : après avoir passé la plus grande partie de sa vie dans des entreprises belliqueuses et des luttes sanglantes, atteint de cécité à la suite de ses fatigues et parvenu à l'âge le plus avancé, celui-ci ne renonça pas à la fortune des armes pour éteindre ses différends familiaux.

 L'année suivante, en 1153, l'empereur d'Allemagne, Frédéric Barberousse, confirma et approuva la donation. Elle fut également confirmée par une Bulle du Pape Adrien IV, le 22 avril 1155, et par le Pape Alexandre III, le 12 mai 1178. Tout cela ayant été réglé à la satisfaction des deux parties, la nouvelle communauté religieuse vint habiter Leffe en 1152, sous la direction d'un prieur et sous la dépendance de l'abbé de Floreffe.. Quant à Henri l'Aveugle, il mourut presque centenaire à Echternach, en 1196. Son corps fut ramené à Floreffe, où il repose à côté de celui de son épouse Agnès.

 

Histoire

L'an 1155 vit s'élever une nouvelle église construite par les arrivants sur l'emplacement de l'ancienne. Henri de Leyen, évêque de Liège, vint en faire la consécration

 

notre Dame-de-Leffe


 

 Dieu bénit la petite communauté. En l’espace d'environ cinquante ans, le nombre des novices s'était tellement accru que Jean d'Auvelais, Ve abbé de Floreffe, jugea convenable d'ériger le prieuré en abbaye vers 1200. Il en soumit la proposition au chapitre général et à l'abbé de Prémontré, chef de l'Ordre. En ayant reçu un avis favorable, il fit aussitôt procéder à l'élection du nouvel abbé. La grande majorité des suffrages fut accordée à Wéric, prieur de Floreffe, qui fut proclamé premier abbé de Leffe en l'an 1200. Gualter, doyen de Liège, applaudit cette élection et en délivra un diplôme authentique et synodal. Afin de donner plus de relief à la nouvelle abbaye, l'évêque de Liège, Hugues de Pierrepont, conféra la dignité d'archidiacre à l'abbé Wéric, dignité qui lui permettait de publier les bans de mariage, de citer au synode les délinquants soumis à sa juridiction, et de lancer contre eux l'excommunication. De son côté, en bon père de famille, Jean d'Auvelais dota généreusement la nouvelle abbaye. Outre les revenus de l'ancien chapitre, il lui assigna la terre de Waha-Saint-Martin, près de Marche-en-Famenne, la ferme de Villers, près de Dinant, attenant à Loyers-Lisogne, celle de Coulonval, à Villers-le-Gambon, près de Philippeville, avec toutes leurs dépendances. En tant qu’abbé père de la nouvelle fondation, il conservait le droit ordinaire de paternité, c'est-à-dire le droit de visiter l'abbaye et de confirmer l'élection à la dignité abbatiale. Depuis lors et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la maison de Leffe eut ses abbés particuliers, élus par ses propres religieux, agréés par les abbés de Floreffe et bénis par le prince-évêque de Liège.

 

 

XIIIe et XIVe siècles

 L'abbaye de Leffe suivit naturellement la destinée commune à toute association religieuse. Une vie uniforme, peu coûteuse, un travail incessant aboutirent à l'aisance qu’entretenaient les libéralités des seigneurs qui avaient saisis les avantages apportés par les ordres religieux pour introduire l’œuvre de défrichement et la civilisation. Ils établissaient des couvents dans leurs domaines ou dotaient ceux qui y existaient déjà; ils y abritaient leurs tombes et y fondaient des messes. Peu d'entre eux mouraient sans y laisser des preuves de munificence et d'estime. C'est ainsi que l'abbaye de Leffe vit insensiblement augmenter ses possessions et ses revenus. Au cours du XIIIe siècle, le domaine de l'abbaye de Leffe se constitua et s'agrandit par de nombreux dons ou achats : églises, villages, bois, dîmes, champs, et notamment des moulins. Ces moulins à eau furent très importants dans l'économie de l'abbaye. Cela permettait d'échapper à certaines taxes perçues par l'évêque de Liège sur les moulins à vent ou à bestiaux actionnant la meule. Dans les abbayes de l’époque, il existait des serviteurs appelés "molendarii"' et même des "'échevins" des eaux des moulins. Cela nous prouve l'exploitation commune de ces moulins entre les religieux et les laïcs dans l’abbaye. Cette profession de "molendarlus" ou "'molinarlus" était courante et fort ancienne. Les moulins de l'abbaye fournissaient ce dont elle avait besoin : farine, huile. Ces moulins s'appelaient alors des « Stordoirs à écorce et à bière » Wéric, premier abbé de Leffe en 1200, quitta Leffe en 1208 pour Floreffe, où son savoir et ses vertus l'avaient fait rappeler par ses anciens confrères pour succéder à l’abbé Jean d’Auvelais. Il acquérait ainsi une certaine juridiction sur toutes les filiales de Floreffe.. Un grand nombre d’abbé vont lui succéder au cours du premier siècle d’existence de l’abbaye : quatorze en une centaine d’année représente une proportion trop importante pour être mise simplement sur le compte de la mort. Les fréquentes mentions « quondam abbas » rencontrées à leur sujet dans divers nécrologes semblent indiquer qu’un certain nombre d’abbés de cette période achevèrent leur mandat par démission. Cette succession rapide laisse supposer une oscillation dans l’équilibre de la fondation, peut-être même quelques difficultés intérieures

 


 

 Les abbés de Leffe étaient pourtant tenus en grande considération. On les prenait comme arbitres, pour apaiser les différends, lorsque les parties ne pouvaient parvenir à s'entendre; ce qui devait avoir lieu fréquemment à cette époque du moyen âge où il y avait tant de droits divers, tant de sujets de litige. Toutefois, il ne reste que deux actes attestant leur intervention, l'un de 1212, l'autre de 1223. En 1212, les bourgeois de Dinant contestaient au Chapitre de l'église collégiale de cette ville, le droit de posséder une cave et de vendre du vin sans payer d'impôt. L'évêque de Liège en étant informé soumit l'affaire à l'abbé de Leffe qui l'examina sérieusement, selon le droit et les formes prescrites par l'Eglise. Il donna gain de cause au Chapitre de la collégiale et débouta les bourgeois de leurs prétentions. En 1223, survint une seconde question litigieuse entre les deux mêmes parties : il s'agissait cette fois d'une revendication de dîme. Choisi de nouveau pour arbitre par le même évêque, avec l'assentiment des bourgeois et du Chapitre, l'abbé Jean décide que le Chapitre de Dinant est légitimement possesseur de la petite dîme de cette ville. Par ailleurs l’abbé était souvent obligé de voyager en raison de sa charge. Les statuts de l'Ordre prescrivaient à tous ses abbés d'assister chaque année au chapitre général à l’abbaye de Prémontré, pour un temps illimité, selon le plus ou moins d'importance des affaires à traiter. Il était normal que chacun y ait quelques commodités. C’est ce qui explique l'acquisition d'un pied-à-terre ou quartier, à Prémontré même, faite en 1296, par l'abbé de Leffe, conjointement avec l'abbé de Beaurepart, à Liège. En deux siècles, le domaine de l’abbaye prospère grâce notamment à la libéralité des seigneurs. Ces libéralités étaient assez souvent le prix rémunérateur des services qu'ils rendaient à tel lieu ou telle paroisse. En effet, déjà dans ces temps reculés, les prémontrés de Leffe desservaient les cures de Saint-Georges à Leffe, de Saint-Médard à Dinant, de Waha, de Sart-en-Fagne, d'Awagne, de Jassogne et de Courrière.

 

XVe siècle

 Le XVe siècle fut réellement désastreux pour l'abbaye de Leffe. Au mois de septembre 1400, selon certains auteurs, une épidémie, de peste lui enleva son abbé, Albéric de Pecheroux et sept autres religieux. En 1408, l’abbé Wéric de Beaumont se démet sans autorisation. Le siège abbatial reste vacant un long moment et les religieux cherchent à se soustraire aux instructions de leur abbé-Père, le prélat de Floreffe. Le 7 août 1460, l'église de Leffe fut tellement dévastée par une forte et soudaine inondation qu'il n’en resta plus que les quatre murs. L'abbé du monastère, Jean Ghorin, fut noyé. Les autres religieux eurent beaucoup de peine à se sauver en se réfugiant dans la tour. Les dégâts occasionnés par l'inondation étaient à peine réparés, que l'abbaye eut à essuyer une seconde épreuve. En 1466, Dinant, qui s’était révoltée avec la population liégeoise contre l’évêque Louis de Bourgogne, fut saccagée et brûlée par les armes de l’oncle de celui-ci, Philippe le Bon, duc de Bourgogne. L'abbaye de Leffe touchait à la ligne des fortifications extérieures de Dinant. Charles le Téméraire vint y prendre gîte et établir son quartier général le 17 août 1466 lors de l'investissement de la ville par les armées de son père Philippe, duc de Bourgogne. La principale batterie des assiégeants fut dressée juste à côté et c'est de là que l'on tira les premiers coups de canon qui permirent à l'armée bourguignonne de s'emparer le lendemain du faubourg de Leffe. La ville de Dinant dut se rendre le 23 août 1466. Elle fut livrée au pillage, au sac et à l'incendie.

Vers l'an 1462, une grande tention naquit entre (les habitants) de Liège et leur évêque, Louis de Bourgogne, neveu du duc. La guerre éclata, Dinant se montrant la plus rebelle. Quelque paix et accord qu'il y eut, les Dinantais revenaient toujours à leur naturel réfractaire et superbe jusqu'à proférer mille sortes d'injures et provocations contre le duc de Bourgogne assisté par son neveu. En conséquence, le duc Philippe et son neveu Charles, dit le Téméraire, tout irrités, assiégèrent Dinant, la prirent et rasèrent tout. Tous les habitants furent tués ou mis en fuite. Le butin fut inestimable car cette ville était fort riche en raison de son trafic. Le luxe y était fort grand ce qui les avait sans doute incités à tant d'insolence tenant leur ville pour immortelle, ayant été souvent assiégée sans jamais avoir été prise. Par dérision, ils avaient fait du duc une figure à la ressemblance de son fils puis l'avaient portée vers Bouvignes où ils la pendirent à un gibet dressé là pour cet usage déclarant: « Voilà la figure du fils de votre prince, ce perfide et traitre comte de Charleroi que le roi de France a fait pendre ». Puis ils ajoutèrent, pour plus grande humiliation, que cette figure n'était que celle du fils du duc, bâtard et autres semblables opprobres tant contre le duc lui-même que contre sa femme qui était une très honnête et vertueuse princesse... Le prince Charles mena contre eux 30000 hommes et même le pape les admonesta pour s'être rebellés contre leur évêque. Mais eux contraignaient leurs prêtres à officier et précipitaient dans le fleuve ceux qui refusaient. Mais ils furent bien punis de toutes ces fautes lorsque le prince s'empara de leur cité. Le pillage dura trois jours et les plus injurieux parmi les révoltés furent punis à mort. Le duc cependant prit l'honneur de sauver les femmes en défendant expressément de les forcer et de les violer. Trois soldats ayant été convaincus de ces outrages furent pendus sur le champ. Tous les prêtres, femmes et enfants furent envoyés à Liège qui s'était aussi révoltée et fut traitée de la même manière. Pierre Bergeron (1619)

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 L'abbaye subit le sort de la ville : elle fut livrée au pillage, dévastée et vit son église incendiée et presque entièrement détruite, avec ses dépendances. L'abbé Wauthier de Wespin et ses religieux furent emmenés captifs. Pendant un espace de six mois, le monastère resta abandonné. Quand, après ce temps les religieux, remis en liberté, purent rentrer au monastère, ils ne retrouvèrent presque plus que des ruines. Le duc de Bourgogne avait ordonné de saisir le trésor de l'abbaye et demandait cent florins du Rhin pour la rançon de l’abbé et la restitution des joyaux. Il fallut les emprunter.

 

Source

site officiel de l'abbaye

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