Typologie militaire

 

Les structures des armées et leur volume ont varié au cours des périodes historiques. Il est difficile de définir, avec exactitude, les différents types d'armées, les désignations ne recouvrant pas des caractères identiques selon les époques et la localisation géographique.

 

1. Différents modes de recrutement

En partant de ce critère, on peut distinguer :

– les armées nationales, les milices ;

– les armées féodales ;

– les armées permanentes ;

– les armées de métier, les mercenaires.

Ces appellations ne s'excluent pas les unes des autres : les mercenaires sont gens de métier, mais une armée de métier peut être nationale par son recrutement ; une certaine organisation des milices constitue parfois une armée semi-permanente (l'armée suisse au cours des deux guerres mondiales), alors que les armées féodales, par nature, ne sont pas permanentes, mais rassemblées, occasionnellement, pour de courtes périodes.

 

• Armées nationales

Dans son sens le plus large, la notion d'armée nationale implique la notion de recrutement national des citoyens et, en même temps, de participation consciente de toute la population à l'égard de l'armée. Dans l'Occident européen, les armées des cités antiques sont ainsi des armées nationales, d'où sont exclus cependant les prolétaires, les membres des peuples soumis, les esclaves. Elles oscillent entre l'armée de métier permanente nationale (Sparte) et la milice nationale, quand l'armée disparaît pratiquement, le péril passé, chacun retournant à ses occupations. Le service militaire, pour la défense de la cité, est plus une obligation morale qu'une contrainte. Face au danger, les levées sont plus ou moins totales, selon la nature et l'étendue de la menace ou de l'expédition. Chez les peuples nomades, à la même époque, tout homme libre est guerrier ; la société tribale, comme la cité antique à ses origines, se confond avec l'armée. Ce sont les Germains, en Europe ; les Huns, les Arabes, en Asie. Ces peuples constituent ainsi des armées nationales qui se distinguent peu de la foule armée.

Armées de milices

Le système des milices constitue une forme de service militaire national, dont la période active est réduite au minimum. Quand elles mobilisent de véritables citoyens, animés d'un patriotisme affirmé, instruits et entraînés au cours de périodes d'exercices fréquents, elles forment une organisation militaire rationnelle et éprouvée. Les armées des cités antiques sont des milices modèles ; à un moindre degré, les milices des petites républiques communales du Moyen Âge (Italie, Alsace, Rhénanie, Flandres, France...). Les grands empires orientaux de l'Antiquité ont usé des milices. Mais, en général, les milices servent d'appoint à des armées permanentes, ou bien elles s'organisent autour d'un solide noyau de cadres professionnels, qui constituent la charpente permanente de l'armée.

Le système militaire suisse depuis plus de cent ans, avec un effectif infime d'officiers de carrière, demeure un modèle inégalé. Il le doit au civisme remarquable des populations de la Confédération helvétique, dont l'apprentissage de la démocratie remonte au XIIIe siècle, et aux traditions d'un long passé militaire, dues aux « traités », ou « capitulations », des Cantons avec les États européens, et notamment au traité d'alliance perpétuel avec la monarchie française. Mais cette armée est aussi celle d'un État neutre, de dimensions restreintes, et qui ne prétend pas mener une politique extérieure d'envergure.

Armées féodales

Les armées féodales sont constituées par la réunion temporaire de petits groupes de vassaux, sous l'autorité du suzerain pour une opération donnée. Autour des représentants de la classe noble, rompus à l'équitation et au maniement des armes, ces rassemblements momentanés, bien qu'articulés selon la hiérarchie sociale, manqueront toujours de l'entraînement et de la cohésion qui s'acquièrent par la pratique des exercices d'ensemble et de la vie en commun.

Si ce système d'armée évoque à l'esprit la chrétienté médiévale de l'Occident, il correspond aussi à une étape de l'évolution de la plupart des sociétés humaines ; on le trouve chez les peuples d'Orient et d'Extrême-Orient depuis l'aube des temps historiques. Il sévit au Japon jusqu'au Meiji (1868).

Armées permanentes

Au Moyen Âge, les ordres religieux militaires occidentaux ont représenté une exception, qui se dégage de la masse féodale : tels sont les Hospitaliers, Templiers, chevaliers de Rhodes, puis de Malte, chevaliers de Saint-Jacques, chevaliers Teutoniques. Leurs troupes instruites, maintenues sur le qui-vive, sont le microcosme des armées permanentes encore à naître.

L'affirmation et l'extension de l'autorité des grands suzerains, des souverains, de puissantes républiques urbaines, comme Venise ou Florence, le progrès des techniques, la naissance de grands États rivaux imposent la nécessité de contingents soldés, nationaux ou étrangers, liés par des obligations de service à long terme.

Ébauchées au XIIIe et au XIVe siècle, avec l'utilisation de troupes soldées, les armées permanentes naissent en Europe au XVe et au XVIe siècle. Elles permettent les spécialisations des différentes armes, infanterie, cavalerie, artillerie, et autorisent l'autorité suprême à s'appuyer, dans l'exercice de sa politique, sur une force immédiatement disponible. Du reste, au cours des âges, toutes les nations, soucieuses de leur indépendance, ont disposé d'armées permanentes. Par extension, cette désignation s'applique à des armées de conscription, qui conservent sous les drapeaux des effectifs suffisants et instruits pour parer à toute éventualité, en attendant l'appoint de réserves mobilisées. Depuis le XVIIIe siècle, et surtout depuis la Révolution, les armées permanentes ont souvent représenté une combinaison des différents types d'armées, le noyau principal étant, selon les époques ou les pays : soit des troupes de métier, renforcées d'appelés par conscription ; soit, au contraire, des troupes nombreuses de conscription, encadrées par des militaires de carrière et bénéficiant aussi de l'appoint d'unités professionnelles, certaines plus particulièrement chargées du service outre-mer (troupes coloniales françaises, anglaises, italiennes, espagnoles).

Armées de métier

Les armées de métier ne comprennent que des cadres et soldats de carrière, engagés et rengagés sous contrat, pour un temps déterminé. Elles peuvent être formées de contingents nationaux, ou étrangers ou mixtes. La plupart des armées européennes permanentes, depuis le XVIe siècle jusqu'au XIXe siècle, sont à base de soldats de métier.

Les difficultés de recrutement, en période économique prospère, ou bien au cours d'une guerre longue, quand les pertes sont trop importantes et ne peuvent plus être comblées par le jeu normal et habituel des engagements volontaires, obligent les États à recourir à l'adjuvant des enrôlements forcés et de l'appel aux milices.

Armées mercenaires

Les armées mercenaires sont des armées de métier, généralement à base d'étrangers, soit de même nationalité, soit de nationalités mêlées, qui vendent leurs services, selon contrat, à un prince ou à un État. Il en est ainsi dans l'Antiquité, surtout aux phases d'impérialisme, en Orient et en Extrême-Orient : chez les pharaons de l'Ancien et du Moyen Empire, archers libyens et nubiens ; chez ceux du Nouvel Empire, guerriers shardanes, hoplites grecs ; auxiliaires huns et turco-mongols de la dynastie des Song, en Chine, aux XIe, XIIe et XIIIe siècles. Les chevaliers croisés des principautés franques de Cilicie, Syrie et Palestine s'adjoignent les troupes légères des turcopoles. La guerre de Cent Ans voit prospérer les « grandes compagnies ». Les républiques patriciennes de l'Italie du XVe siècle louent, par contrat (condotta), et devant notaire, les services des condottieri allemands, hongrois, bretons, bourguignons, quand la prospérité a émoussé l'esprit militaire des milices citoyennes. À l'aube du XVIe siècle, fantassins suisses, reîtres et lansquenets allemands, stradiots des côtes dalmates passent d'un camp à l'autre, selon le jeu de l'offre et de la demande. L'esprit d'aventure ou les prestiges de la violence (« sac, viol et carnage »), mais aussi la pauvreté et l'appas du gain, notamment chez les petits nobles, ruinés par les guerres de Cent Ans, d'Italie, puis par les règlements de compte entre protestants et catholiques, le souci de s'oublier soi-même dans la sécurité d'esprit d'un ordre dur et brutal font le mercenaire et son métier. Bernard de Saxe-Weimar et ses troupes viennent grossir les rangs de l'armée de Louis XIII, à l'instigation de Richelieu. Du reste, à cette époque, la plupart des armées allemandes sont des armées mercenaires, telle celle de Wallenstein, fameuse entre toutes. Avant l'avènement du Guomindang, les généraux chinois, dits « seigneurs de la guerre », ont engagé à leur service des mercenaires russes, débris désemparés des armées blanches antibolcheviques de Sibérie.

Il est, par contre, erroné, semble-t-il, de qualifier l'armée française de l'Ancien Régime d'armée de mercenaires. Même les troupes suisses, écossaises, et irlandaises y servent à titre d'« alliées ». Les autres régiments, dits étrangers, relativement peu nombreux, ressortissent pour la plupart, soit à des provinces d'annexion récente (Alsace, Lorraine), soit à des régions de mouvance française (Wallonie, Sarre, Pays basque, comté de Nice, Savoie, Corse). De même, en son sens, abusivement péjoratif, le terme de mercenaires ne peut toujours s'appliquer aux soldats coloniaux des pays européens ; non plus qu'aux hommes de la Légion étrangère française, qui, enrôlés sous la loi « de l'honneur et de la fidélité », n'y ont jamais failli et demeurent, pendant la durée de leur service, des soldats français.

 

 Facteurs de puissance militaire

Facteur démographique

Les ressources humaines d'un peuple, les qualités de sa race, la nature de ses origines, nomade ou sédentaire, urbaine ou rurale, son évolution technique déterminent les effectifs nombreux ou mesurés d'une armée, l'âge moyen des hommes de troupe, leurs qualités naturelles de rusticité et d'endurance, leurs prédispositions à l'emploi d'engins efficaces et d'armes complexes.

Dans un État normalement développé, une démographie en expansion, où les âges sont bien proportionnés, favorise les grandes entreprises, et permet de recruter une armée d'effectifs puissants, jeunes et dynamiques. Les vastes empires anciens du Moyen-Orient subjuguent les petits peuples de la côte syrienne en les écrasant sous leur masse. Au contraire, le malthusianisme sélectif des cités grecques entre dans l'un des motifs de leur effacement devant les grands empires perse, macédonien, romain, qui finiront par les absorber. Sparte compte seulement quelques milliers d'hoplites, les « Égaux », dont le nombre se réduira à quelques centaines, du fait de la restriction des naissances. Malgré la valeur de cette petite armée résiduelle, Sparte disparaît-

Facteurs économiques et techniques

On ne saurait séparer les ressources économiques des découvertes techniques, qu'il s'agisse de la domestication et de l'utilisation des animaux, ou du progrès des artisanats et des sciences, appliquées à l'art de la guerre.

Le travail du bronze, puis du fer, donne des armes irrésistibles aux premiers utilisateurs. Les bandes doriennes, surgies des montagnes balkaniques, s'emparent de la Thessalie et du Péloponnèse, à la pointe de leurs glaives et de leurs javelots de fer ; et les défaites gauloises, face aux soldats de César, sont dues pour une grande part à de désuètes armes de bronze.

Si Cortez et les frères Pizarre réussissent, avec quelques centaines d'hommes, de fabuleuses conquêtes, c'est qu'ils s'opposent à des armées de l'âge de la pierre qui ne connaissent ni le cheval, ni les animaux de trait, ni la roue, ni le bronze, ni le fer, ni évidemment les armes à feu.

Après la découverte du fer, qui correspond sensiblement à l'apparition du cheval au Moyen-Orient et en Occident, la physionomie générale des armées demeure quasi statique durant plus de deux millénaires. C'est qu'en effet les techniques s'améliorent lentement. Certains guerriers assyriens, en chemise de mailles, diffèrent peu des chevaliers des XIe et XIIe siècles. Comme les forteresses, les machines de guerre et la poliorcétique (l'art du siège), les armes d'hast (lances) et les armes de jet évoluent très lentement, et sans changement révolutionnaire.

Jusqu'au début du XVIe siècle, l'architecture militaire diffère peu de celle de l'époque romaine ; l'arsenal des engins de guerre est le même que celui d'Assurbanipal.

Au cours du Moyen Âge occidental, cependant, les progrès réalisés dans le travail des métaux couvrent les combattants d'armures souples en mailles, puis, au XVe siècle, d'armures de « plates » articulées. De même, les armes de jet portatives, arbalètes dont l'origine remonte à l'époque romaine, arcs utilisés avec d'infinies variantes depuis les premiers âges de l'humanité, sont rénovées et perfectionnées. Le long bow, ou arc gallois, est à la fois simple et redoutable. Les protections individuelles légères sont percées. Les chevaux sont de plus en plus vulnérables à la « pluie de flèches ».

Mais la grande innovation demeure, évidemment, l'apparition de l'arme à feu : canon et armes portatives.

Sans doute le feu a-t-il déjà brûlé sur les champs de bataille, avec le feu grégeois des Arabes et des Byzantins. Mais c'est une arme incendiaire, non un moyen de propulsion des projectiles. Toutefois, l'utilisation de la poudre est si rudimentaire à ses débuts (milieu du XIVe s.), les progrès seront si lents qu'un siècle et demi sera nécessaire pour parvenir à une artillerie de campagne et à des armes à feu individuelles d'infanterie (artillerie de Charles VIII ; arquebusiers basques des guerres d'Italie).

D'autre part, cette généralisation de l'arme à feu coïncide avec les découvertes de la fin du XVe siècle et celles du XVIe (imprimerie, boussole, etc.) ; toute une période de civilisation à évolution lente, née vers le IVe millénaire avant J.-C., disparaît alors pour faire place, à partir de l'an 1500, à une nouvelle période d'évolution rapide, où l'Occident, rationnel et organisateur, en adaptant toujours ses armées aux techniques nouvelles, impose sa loi au reste du monde.

Enfin, l'élevage, le dressage et l'équipement des animaux domestiqués, en vue de la guerre, se sont développés parallèlement à leur utilisation à des fins agricoles et commerciales ; ils ont donné à certaines armées leur caractère particulier : chevalerie occidentale, cavaleries mongoles, hongroises, arabes, éléphants d'Hannibal ; ils s'intègrent dans la découverte et l'exploitation des armes nouvelles, et, au moment de leur apparition, ont même constitué une véritable surprise technique : chars des Hyksos et des Hittites, cavalerie mongole, rustique et organisée, face aux cohues médiévales d'Occident.

Facteurs idéologique et psychologique

L'élément principal de la cohésion d'une armée, de sa détermination, est constitué par les idéaux qui ont permis ou motivé son rassemblement et qui la maintiennent unie : fidélité au serment féodal, patriotisme.

L'élan est encore plus vif quand une idéologie en est le moteur ou qu'une foi missionnaire anime l'armée. Ce sont alors les conquêtes immenses des petits contingents de l'Arabie islamique, et le flux des croisades en Espagne, en Syrie, sur les rives de la Baltique ; la poussée des Turcs Osmanlis vers les Détroits et sur la route de Vienne ; les luttes acharnées des partis catholiques et protestants, dans les royaumes d'Occident, après la Réforme ; la charge des « husarz ailés » de Sobieski sous les murs de Vienne -

Afin d'éviter la dispersion anarchique des efforts et de réaliser leur concentration en une action coordonnée, la discipline impose à l'armée des lois rigoureuses et des règles de vie sévères. Sa masse, morcelée et articulée, reçoit les ordres d'une hiérarchie pyramidale. L'obéissance au chef ne peut être discutée sans risque d'échec au combat. Mais au-delà de cette obéissance ou soumission mécanique, la capacité du chef à se faire aimer, à exercer un ascendant voire une fascination sur ses troupes qui croiront en lui est un facteur primordial. Ce rôle charismatique du chef militaire est décisif. C'est au point que Napoléon a pu écrire : « Ce n'est pas l'armée romaine qui a soumis la Gaule, mais César ; ce n'est pas l'armée carthaginoise qui faisait trembler la République, aux portes de Rome, mais Hannibal. »

 

3. Évolution historique des armées

On distingue quatre âges militaires :

– Le premier correspond à l'époque de la guerre primitive des petites hordes.

– Le deuxième va des civilisations proto-historiques à la Renaissance ; c'est un cycle de plus de quatre mille ans d'évolution lente, comprenant de longs paliers d'immobilisme, et des alternances de périodes cuirassées et non cuirassées, de périodes de cavalerie et d'infanterie.

– Le troisième s'étend de la Renaissance à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; il correspond à un nouveau stade de grandes découvertes, à l'apparition de techniques inédites et à l'accélération de l'histoire qui s'ensuit ; il est essentiellement dynamique ; c'est celui de l'explosif et du canon, ainsi que du moteur.

– Le quatrième débute à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec l'application de l'énergie atomique à des fins militaires.

À l'intérieur de chacun de ces âges, les armées présentent des caractères communs en dépit d'importants décalages, selon les civilisations.

 

Occident médiéval

Dans cette longue époque cavalière, il faut distinguer :

– une première période non cuirassée, de cavalerie légère, de 378 à 773 et 774, dates des batailles du Mont-Cenis, du Saint-Bernard et de Pavie, et même jusqu'à la bataille du Lech, en 955 ;

– une seconde période, cuirassée, de 774 à la deuxième bataille de Pavie (24 févr. 1525), où la gendarmerie de France, armée de pied en cap, succombe sous le feu de l'infanterie.

 

Première période

Armée byzantine.

Aux cavaliers-archers l'empereur Justinien oppose les cataphractes byzantins, couverts d'une lorica (cotte de mailles) et maniant, selon les phases du combat, l'arc, la lance ou l'épée. L'infanterie, également armée défensivement, dispose de l'arbalète, de l'épée et de la pique. L'armée justinienne, peu nombreuse, mais bien instruite, recrutée à la fois en province et à l'étranger, s'articule en général sur le système ternaire. Les grandes unités de cavalerie sont les meros de 3 000 chevaux, de 3 moires à 3 tagmas. Les grandes unités mixtes sont les bucellarii de 20 000 hommes, à 3 turmas de 3 moires à 10 tagmas, dont les effectifs sont mi-fantassins, mi-cavaliers ; ou bien les tagmatas de 1 300 cavaliers pour 4 000 fantassins. La région militaire est le « thème », disposant d'un bucellarium ; l'infanterie est une arme de position, de forteresse, de garde des communications, des bases et des camps ; la cavalerie, polyvalente, est à la fois arme de tir et de choc ; elle peut combattre sans aide auxiliaire.

 

Armées franques.

Les Francs mérovingiens, faisant exception parmi les peuples barbares, sont des fantassins.

Mais les Pépinides vont transformer progressivement leur armée en cavaliers lourds, cuirassés, armés de l'arc, de la lance et de l'épée. Les expéditions de Charlemagne intéressent seulement une dizaine de milliers de combattants, chiffre pratiquement jamais dépassé durant tout le Moyen Âge.

Les cavaliers maures sont ainsi refoulés en Occident par les Francs cuirassés, les Perses et les Arabes contenus en Orient par les cataphractes byzantins.

 

Seconde période

La cellule de base est le chevalier, guerrier sacralisé, soumis au serment, assisté d'un écuyer, d'un page ou d'un valet. Les chevaliers se groupent, selon la hiérarchie féodale, en « bannières » de quatre à six chevaliers, et en « batailles » de cinquante ou cent. L'infanterie des domaines, mal armée, garde les forteresses ; massée en rase campagne, elle sert de refuge à la chevalerie, qui se rallie derrière ses rangs.

À partir des troupes soldées qui prolongent leur service au-delà des obligations féodales, des bandes mercenaires et des « grandes compagnies » se dégagent les armées permanentes. Charles VII crée, en France, la gendarmerie d'ordonnance (1460) : 15 compagnies de 100 « lances garnies » (1 gendarme, 3 archers, 1 coutilier, 1 page, tous montés). L'infanterie des francs-archers – un homme par paroisse – dégagé de l'obligation de l'impôt, est un essai d'infanterie nationale, pas très heureux dans ses résultats.

Les armées turques. L'originalité des Turcs sera de créer en Orient une armée équilibrée, où les quatre armes de base – infanterie, cavalerie, artillerie, génie – combinent leurs actions, dans le bassin méditerranéen, en liaison étroite avec une puissante marine. À l'origine, l'armée a pour base des troupes de fantassins (yaya), soldés, et articulés par groupes de 10, 100 et 1 000. En 1330 sont organisés les premiers janissaires, fanatiques musulmans, soldats de métier ; ils atteindront rapidement le chiffre de 20 000. Ils sont renforcés de troupes d'infanterie irrégulières, ou azab. La cavalerie comprend des spahis (sipahi), issus des fiefs vassaux.

Plusieurs fois réorganisée, l'armée prend son aspect original au XVIe siècle. L'armée turque use peu de l'armement défensif, borné à de légères cottes de mailles. Son armement offensif combine les armes ancestrales, lances courtes, javelines, arc asiate (dit composé), arcs d'acier ensuite, sabre pour l'infanterie comme pour la cavalerie, et les armes nouvelles, arquebuses, mousquets, pistolets. Les janissaires, à l'origine obligatoirement célibataires, vivent en caserne, innovation curieuse en son temps. La force de l'armée turque vient de son organisation, simple et pratique, d'un très fort contingent d'unités permanentes, de sa grande mobilité tactique, et surtout de son fanatisme religieux, mis en lumière par un absolu mépris de la mort.

Elle a conquis, à la fin du XVIIe siècle, un immense territoire, autour de la mer Noire et de la Méditerranée orientale, allant d'Oran à Budapest et à la Crimée, au golfe Persique et au Yémen. Le reflux commence avec l'échec du siège de Vienne en 1683. Alors l'armée, instrument de conquête à ses origines, se confine lentement, malgré quelques réveils, dans un conservatisme ruineux.

 

Source

La guerre au Moyen Âge - Philippe Contamine -nouvelle clio - L'histoire et ses problèmes - Puf - 2006

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