Aucun élément à afficher

Le Moyen Age couvre un millénaire, du Vème siècle au XVème siècle. Il est situé entre la fin de l’Antiquité et le début de la Renaissance.Cette période a connu la guerre sous un nouveau jour. Malgré l’idée généralement attachée à la chevalerie , elle ne vit pas de progrès réel dans l’assistance et les soins aux blessés .
A– La pérennité orientale : Byzance
Héritier du monde romain, l’Empire byzantin a vu sa métropole se déplacer vers l’Orient d’où étaient parties les grandes civilisations.L’empire bysantin vivra dix siècles jusqu'à ce que les turcs l’abattent en 1453. Son organisation sanitaire et militaire occupe une place non négligeable.
1– Les installations de génie sanitaire
Parfaitement construites, des citernes pour le ravitaillement en eau potable des villes fortifiées sont alimentées par des aqueducs et des conduites souterraines. La plus connue et la plus vaste se situe à Yeri Batan Saray au coeur des constructions impériales, près de Sainte Sophie. Elles assurent 500 000 m3 d’eau dans des conditions de fraîcheur et de salubrité incomparables pour l’époque . De même l’ampleur des installations des thermes ,notamment dans les villes de garnisons, montre les préoccupations sanitaires de la période. Ceux de Dorylée en Asie mineure comportent sept bassins pouvant contenir chacun 1000 hommes.
2– Le ramassage des blessés
A l’époque des campagnes de Bélisaire *, le long bouclier en usage dans l’armée byzantine, servait de civière. Procope en rapporte des exemples pendant la campagne du VIème siècle lors du siège de Rome en 537 : « Le courageux Tarmutos est ramené inanimé dans la ville : Le voyant inanimé, quelques-uns de ses compagnons l’emportèrent après l’avoir chargé sur un bouclier ».Procope de Césaré . guerre gothique.
Le siècle suivant verra l’apparition d’une véritable organisation dans la relève des blessés avec la mise en place d’un corps d’infirmiers : les despotatoi ou préposés, à raison de 8 à 10 par tagma * . On en trouve une description dans les traités attribués aux empereurs Mauricius (VIème siècle) et Léon (IXème siècle). La forme est celle d’instructions au commandant en chef :
« En outre ces mêmes hommes après la fuite des ennemis et le passage de la deuxième vague rassemblent alors les dépouilles trouvées sur le terrain des premiers affrontements et les apportent aux dizainiers et aux orthostates de leur propre tagma à la fin du combat. Et ces derniers reçoivent eux-mêmes des mains des dizainiers ce qui leur revient à titre d’encouragement. Nous voulons en effet que les orthostates reçoivent sur les champs de bataille cette rétribution juste et proportionnée en cas de succès,parce qu’ils courent plus de risques que les autres lors des premiers chocs du combat. Il s’ensuit un autre avantage : c’est qu’ainsi on ne verra pas ceux qui descendent de cheval pour dépouiller les ennemis tombés, au risque de disjoindre la ligne de bataille. Et pour que les dénommés despotatoi et les soldats blessés tombés des chevaux puissent monter facilement à cheval, il convient que le despotatoi ait ses deux étriers du côté gauche de la selle, c’est à dire : l’un pour l’arçon de devant, l’autre pour l’arçon de derrière, de telle façon que lorsque tous les deux veulent monter à cheval, l’un monte avec l’étrier de devant, l’autre avec l’aide de l’autre étrier. Il est nécessaire que les dénommés despotatois portent de l’eau dans des flasques parce que les blessés perdent souvent connaissance. » Léon VI le philosophe : tactique militaire, chapitre 12, des préparatifs et des instructions.
3 – Les hôpitaux
Le premier hôpital voit le jour à Saint Basile. Tirée du précepte évangélique de Mathieu 25, la règle universelle et non discriminatoire en est la charité même envers ses ennemis. L’établissement le plus général destiné aux étrangers porte le nom de nosoconium,. l’établissement pour les nouveaux nés, celui de breptoconium, pour les vieillards, gerotoconium, pour les lépreux, loboconium. La disposition des chambres autour d’une cour bordée d’un portique restera dans l’héritage grec, marquant une continuité avec les ascepiades grecs et les valetudinaria romaines. Les soins médicaux n’y étaient pas absents. Parmi les recettes figure un onguent contre les traumatismes : « De la cire, du galbanium, du sel d’ ammoniac, de la térébenthine, de l’huile, de la graisse d’oie, de la moelle de cerf, de la myrte, de l’olifant, du mastic, triturer le tout, dissoudre les graisses dans l’huile ou la cire, incorporer dedans les parties sèches, faire cuire le tout et confectionner un onguent, en faire usage. »
B- Le Moyen-Age européen
Pendant que les byzantins perpétuent la culture romaine, en Europe occidentale, des états rivaux sont ébranlés par des invasions barbares.Les Francs sous la conduite de Clovis, conquièrent la plus grande partie de la Gaule refoulant les Alamants de l’autre coté du Rhin et les Wisigoths en Espagne. Ces successeurs anéantissent le royaume burgonde.L’avènement des Carolingiens aboutit à une nouvelle expansion qui atteint son apogée sous Charlemagne.Le partage du traité de Verdun en 843 signe la fin du rêve unitaire européen et aboutit à la naissance du royaume de France.
1– Les refuges monastiques
Les monastères restaient ouverts à l’accueil des étrangers et chacun d’entre eux possédait son hôtellerie et une infirmerie pour les moines. Les malades laïcs pouvaient être accueillis. .
2- Les hôpitaux
Il faut distinguer ici, l’hospice de l’hôpital ou de l’hôtel-dieu.L’hospice existe dans presque chaque village de France. Il possède 20 à 25 places et nécessite un personnel restreint. La plupart d’entre eux sont fondés au XIème et XIIème siècle. Sur la route de Compostelle, l’exemple le plus accompli est sans doute celui d’Aubrac, édifié en 1120, par Adalard (vicomte de Flandre). Il compte au moins 30 prêtres et 4 chevaliers,auxquels s’ajoutent les religieuses. Des niches sont aménagées à l’extérieur pour permettre aux pèlerins de trouver de l’eau et du pain. Lors de chaque fondation, les évêques exigeaient une dote immobilière, appliquant ainsi les règles canoniques en matière ecclésiastique.
Cependant rien n’indique qu’il y ait eu de véritables groupes mobiles d’interventions au moyen âge. L’abbé Suger* au XIIème siècle donne des détails qui font frémir, sur le sort des blessés militaires. Les personnages les plus marquants, sont emportés sur des litières tandis que les autres blessés sont abandonnés sur le champ de bataille où ils deviennent le plus souvent la proie des loups. Toutefois le même historien raconte que lorsque les Allemands menacèrent la France en 1124, on avait imaginé que l’on formerait sur l’arrière des armées, avec des brouettes transportant de l’eau et du vin, une espèce de forteresse où les blessés pourraient se retirer. Mais pendant toute la durée du Moyen-Age européen, il n’y eut pas vraiment de service de santé militaire.
C- Le traitement des plaies par armes à feu
Les premières armes à feu furent utilisées à faible distance parfois à bout portant. La présence de poudre sur la plaie était aussi
importante que la pénétration du projectile. Au début du XVIème siècle, des médecins aussi expérimentés que Jean De Vigo * ou Hiéronimus Brunschwig * étaient préoccupés, une fois le projectile ôté, de se débarrasser de la vénénosité de la poudre.
Le traitement des plaies en était la cautérisation au fer rouge ou à l’huile bouillante. Les malheureux blessés avaient à subir une deuxième atteinte encore plus douloureuse que la première.
D- L’oeuvre d’Ambroise Paré *
Chirurgien du champ de bataille, c’est Ambroise Paré, qui faisant fi des théories officielles, inventa un nouveau type de traitement pour ces nouvelles plaies. Formé comme simple barbier dans son Maine natal, puis comme infirmier à l’Hôtel-Dieu pendant trois ans, il s’engage dans les armées en 1536. Il fut vite convaincu de la nocivité de l’huile bouillante. Paré raconte lui-même comment, devant l’afflux de blessés au Pas De Suze, il ne put les traiter selon la méthode de Vigo : « Enfin mon huile me manqua et fus contraint d’appliquer en son lieu un digestif fait de jaune d’oeuf, d’huile de rosat et de térébenthine. La nuict, ie ne peu bien dormir à mon aise pendant que par faute d’avoir cautérisé, je trouvasse les blessés où j’avais failly à mettre ladite huille mort empoisonnez qui me fit lever de bon matin pour les visites. En outre mon espérance trouvay ceux auxquels j’avois mis le médicament digestif sentirent peu de douleurs. Les autres ou on avoit appliqué la dite huille, les trouvay fébricitants, avec grande douleur et tumeur aux environ de leur playes : a donc ie me délibéray de ne jamais brusler les pauvres blesséz de harquebusades. »
Les résultats obtenus, acquis grâce à son habileté manuelle, à son souci de ménager les forces des soldats blessés, à sa grande humanité, lui vaudront une célébrité qui s’étendra aux cours des batailles auxquelles il participera.
E- L’amputation sur le champ de bataille
A côté des problèmes posés par le traitement des plaies par armes à feu, les chirurgiens doivent faire face à une autre épreuve. Les fracas osseux causés par les projectiles multiplient les indications d’amputations sur le champ de bataille. Le moyen âge avait amputé largement les malheureux atteint d’ergotisme et la cautérisation au fer rouge était le moyen habituel pour arrêter l'hémorragie dans les autres cas. Ce procédé était encore employé au XVIème siècle. Le souci de limiter la douleur et de constituer un bon moignon inspire les chirurgiens de l’époque.
Il semble que c’est H Von Gersdof* qui avait pratiqué de nombreuses amputations sur le champ de bataille qui renonce le premier au fer rouge. Mais là encore c’est Ambroise Paré* qui ligature le premier les vaisseaux lors de l’amputation comme cela était pratiqué depuis longtemps dans les hémorragies.Bien codifiée l’amputation restera pendant trois siècles la base de l’enseignement des médecins militaires. Plus d’un blessé devra la vie sauve à la présence de chirurgiens maîtrisant cette technique avec en plus, la capacité de la réaliser avec un matériel rudimentaire.
F– Les premières conventions humanitaires
La personnalité d’Ambroise Paré influa beaucoup dans l’apparition d’une première internationalisation des soins et du personnel soignant. Concernant ces derniers, la libération sans caution était la règle. Quant au sort des blessés, il était réglé par des dispositions qui peuvent apparaître étonnamment modernes pour l’époque.
Par exemple, le texte de la capitulation de Tournai, le 30 novembre 1581 stipule ceci : « Quant aux blessés et malades qui par leur infirmité ne pourront présentement sortir, son intention estre, quand ils se porteront mieux, qu’ils jouissent du même bénéfice de leurs compagnons et aux ungs et aux aultres, il sera donné passeport et convoi pour les conduire jusqu’à ce qu’ils soient hors de danger. »
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite
