La rançon

 

Rançon de roi en Terre sainte

- Louis IX,le saint Roi

En 1244 Saint Louis tomba gravement malade, il fit alors un voeu, au cas où il guérirait, de partir pour la croisade. Rétabli, il commença immédiatement les préparatifs de la septième croisade, malgré l'avis défavorable du pape Innocent IV en cette période en plein désaccord avec l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen.

 Egalement en Juin 1244 les turcs Khawarezmiens prennent Damas et se dirigent vers Jérusalem qu'ils occupent sans peine le 11 juillet. Si la population franque est en majorité épargnée, la ville sainte sera pillée et incendiée. Les envahisseurs voudront revenir sur leur conquête, mais leur avance sera stoppée sur Damas par une coalition de princes "ayyoubides égyptiens". Toutefois Jérusalem ne pourra pas être reprise par les croisés et restera sous la tutelle ayyoubide.

 

La croisade partie d'Aigues Mortes le 25 août 1248, arriva à Chypre où Louis avait décidé de réunir toutes ses forces. Il y reçut les ambassadeurs des successeurs mongols de Gengis Kahn pour convenir d'un pacte de non agression (les églises chrétiennes étant épargnées par les mongols puisque l'épouse préférée d'Houlagou était de confession Nestorienne). Après la remise par les ambassadeurs du Kahn de divers cadeaux d'amitié, Louis très ému, leur remit pour leur maître quelque précieux cadeaux (or et bijoux). Mais ce geste fut mal interprété par les représentants du grand Kahn Mongol qui considérèrent ces cadeaux comme un tribut de soumission et crurent que le roi de France acceptait de devenir leur vassal ! Ils exigèrent donc les mêmes cadeaux pour chaque année à venir ! Les barons furent interloqués et le roi décida de suspendre ses relations diplomatiques avec les mongols.

 

Le 13 Mai 1249 toute la flotte des croisés réunie met le cap sur la ville de Damiette en Egypte, cette ville devait servir de port d'attache à l'armée de terre française pour l'expédition vers la Palestine. Dès leur arrivée les français constatèrent que la ville était quasiment déserte. Devant cette victoire trop facile les barons décidèrent de la piller le 6 Juin 1249 pendant que Louis y pénétrait revêtu d'une simple bure de pèlerin.

 

Dans l'intention de marcher en direction du Caire, les barons intéressés par l'appât du gain demandèrent avec insistance à Louis de poursuivre la conquête égyptienne en remontant le Nil jusqu'à Mansourah. Il faut préciser qu'à ce moment là le sultan Ayyoub d'Egypte était dans la phase finale d'une tuberculose et se trouvait alité de force !

 On affirme que le sultan Ayyoub avait lui-même proposé d'échanger la ville de Damiette contre celle de Jérusalem !

 Mais Louis refusa, car il ne voulait pas traiter avec un infidèle vaincu et qu'on disait sur le point de mourir ! Proposition qu'il regrettera par la suite de n'avoir pas acceptée.

 Le 20 Novembre 1249  le sultan étant entré dans un état très critique, il se fait transporter sur une litière à Mansourah. Il rendra l'âme sur le chemin de Mansourah. Le convoi fit demi-tour au Caire et on s'efforça de cacher aux combattants égyptiens la mort de leur chef.

 Le 10 Février 1250 l'armée franque entre dans Mansourah. A ce moment arrivèrent les mamelouks turcs qui surprirent les croisés disséminés dans la ville et les passèrent tous par l'épée.

 Le fils du sultan ,Touranshah de retour de son expédition au Nord de l'Iraq  lança ses galères contre la flotte française. Il détruisit et captura presque tous les navires français...

 Sans espoir de retour et pour épargner la vie de ses hommes, le roi de France Louis IX se constitua prisonnier à Mansourah. Mais il fut soudainement pris d'une violente dysenterie qui l'aurait emportée si les meilleurs médecins égyptiens ne l'avaient soigné.

 Cette éclatante victoire aurait dû profiter au jeune sultan, hélas il fut assassiné (lors d'un banquet) par un complot de ses officiers-esclaves, fomenté par son chef turc arbalétrier dénommé : Baibars. (2 mai 1250). L'Egypte étant sans Maître on aurait proposé au roi Louis prisonnier de devenir ... roi d'Egypte !

 Louis ne voulant pas régner sur des infidèles, exigea comme condition préalable la conversion massive de tous les sujets au christianisme. 0n n'ose pas imaginer les conséquences politiques et religieuses si le roi de France avait dit oui en devenant : roi d'Egypte, de Palestine et de la Syrie vassalisée à l'Egypte ! ...

 Devant cette impossibilité, on se mit d'accord pour élire : une femme (ancienne épouse du sultan Ayyoub.) Chajarat-ad-dorr qui devint pour sept ans reine du sultanat d'Egypte, elle se choisit un nouvel époux qu'elle nomma sultan, sans cesser de gouverner.

 Même si l'élection d'une femme est un fait sans précédent dans l'Histoire de l'Islam, les dirigeants mamelouks respectèrent les accords concernant la libération de tous les français retenus.

 On réclama alors une rançon de 500.000 livres pour libérer le roi de France. Pendant ce temps à Damiette, Marguerite était entrain d'accoucher d'un fils et fut sauvée in extremis par l'arrivée d'une escadre génoise. Blanche de Castille convoqua les templiers qui refusèrent d'avancer le paiement, puis devant sa colère ils finirent par demander des délais pour verser cette énorme somme d'or par tranches annuelles, ce qui permit au roi de France d'être libéré sur parole (en Egypte) le 13 mai 1250. Mais il attendra quatre années pour revenir en France jusqu'au paiement intégral de sa rançon, heureusement , le sultan lui avait accordé une remise de 25 % sur le montant global de sa rançon -

 De St Jean d'Acre Louis imposa une pénitence aux templiers pour les punir de leurs hésitations. Même si l'argent arrive par sommes régulières de France, Louis ne quitte pas le sultanat et en profite pour visiter les lieux saints de Palestine et la Syrie.

 En 1252 il apprend en Palestine le décès de sa mère Blanche de Castille mais comme il a promis sur son honneur de ne pas rentrer au pays avant que sa rançon soit épurée il attendra encore deux longues années !

 En 1254, LOUIS IX rentre enfin à Paris encore tout imprégné de son long séjour sur les lieux où le Christ a vécu. Il se montre encore plus juste et plus attentif envers les pauvres. Mais son grand désir de Justice l'amènera à faire de grandes concessions aux pays voisins :

 1. il signa en 1259 le Traité de Corbeil avec Jacques 1er roi d'Aragon par lequel le roi de France renonçait à sa suzeraineté sur le Roussillon et la Catalogne, à condition que celui-ci renonce également à ses droits sur les comtés de Toulouse et de Provence.

2. il signa avec les anglais le Traité de Paris leur restituant les provinces d'Aquitaine : la Saintonge, l'Agenais, le Périgord et le Quercy. Afin de compenser à ses yeux l'injuste annexion de son grand-père Philippe II Auguste envers Jean sans Terre. Ce traité fut l'une des causes de la guerre de cent ans.

 Autre décision surprenante il se rangea du côté du roi anglais Henry III dans un conflit l'opposant aux barons anglais. La Mise d'Amiens de 1264 plongea l'Angleterre dans la guerre civile.

 Voulant absolument terminer son oeuvre en Palestine il se laissa influencer par son frère Charles d'Anjou, roi de Sicile, qui l'incita à faire seul une nouvelle croisade et en particulier de s'arrêter en chemin à Carthage (Tunisie) pour purger la région des infidèles et convertir le sultan. Sur son navire l'accompagnaient : le dauphin Philippe et son épouse Isabelle.

 A peine arrivé à Tunis la nouvelle armée de croisés fut décimée par la peste, le roi qui visitait fréquemment ses soldats fut également atteint et après de terribles souffrances expira le 25 août 1270. Dure épreuve pour la régente Marguerite qui perdra dans la même année : un fils Jean-Tristan, une fille, une petite fille, un gendre et sa belle fille Isabelle.

 Louis étant mort de la peste c'est un miracle si son fils et sa belle fille qui le suivaient à ses côtés ne furent pas contaminés. Philippe fut proclamé roi de France sous le nom de "Philippe III le Hardi".

 Philippe qui en 1263 avait fait voeu d'obéir jusqu'à l'âge de 30 ans à sa mère Marguerite, au cas où il arriverait un malheur à son père, fut délié de son voeu par le nouveau pape le Bienheureux Grégoire X (élu le 21 janvier 1271) qui considéra ce serment comme une erreur.

 Louis IX aura des funérailles nationales le 22 mai 1271 en la basilique Notre Dame de Paris et sera canonisé par Boniface VIII en 1297... le pape maltraité par son petit-fils : Philippe le Bel !

 

Une rançon de roi en Terre anglaise

- Jean II le Bon, roi captif :

Jean II le bon ( le ''brave'', au sens de ''courageux''), normalement on le sait : fils aîné de Philippe VI de valois, roi de France, c'est le deuxième roi de France (1350-1364), de la maison des Capétiens Valois. Jean II le bon : roi vaincu par les anglais à Poitiers en 1356 (dans l'un des célèbres épisodes de la guerre de cent ans alors commençant...), roi qui eut également le triste privilège de passer près de huit ans en résidence surveillée (en 1356-1360 puis quelques mois en 1364) quelques temps en Guyenne puis à Londres, en terres anglaises.

 

En effet, vaincu par les anglais lors de la bataille de Poitiers, fait prisonnier, il avait alors été enmené à Londres où il fut placé non pas dans un cachot mais en résidence surveillée à Windsor, au manoir de Savoy où - pouvant faire venir auprès de lui sa domesticité (jusqu'à son bouffon personnel...) et pouvant y mener une vie de fêtes - il y fut davantage traité en invité qu'en prisonnier.

 

Quatre ans plus tard, en 1360, le Traité de Brétigny lui rendit la liberté moyennant le versement d'une rançon de 3 millions d'écus d'or (soit plus de 11,5 tonnes d'or). D'ailleurs c'est à cette occasion que furent frappés - en décembre 1360 - les premiers ''francs'' : monnaie devant aider à payer la rançon du roi Jean. Dénommé le ''Franc à cheval'', il s'agissait là en fait d'un écu alors tiré à 3 millions d'exemplaires. Pesant 3,88 grammes d'or fin et vallant une livre tournois (ou 20 sols), le roi (« Francorum Rex » : Roi des Francs) y étant représenté sur un destrier, armé d'un écu à fleur de lys et brandissant l'épée.

 

Cela dit, deux de ses fils, Jean et Louis, durent alors néanmoins prendre sa place à Londres pour garantir le bon paiement de la rançon. Cependant, en décembre 1363, comme l'un d'eux - Louis - s'était enfui de sa résidence surveillée de Calais, Jean le Bon, ''obéissant aux lois de l'honneur'', retourna se constituer prisonnier à Londres où il allait finalement mourir, trois mois plus atd : en avril 1364.

 

Cela dit, les mauvaises langues diront que ce n'est pas pour l'honneur qu'il revint en Angleterre mais plutôt pour les beaux yeux de la jolie comtesse de Salisbury, charmante hôte régulière du manoir de Savoy dont - au détriment de la reine Jeanne - il était fort épris. Jolie comtesse de salisbury qui était également la maîtresse du roi d'Angleterre Edouard II et a qui l'on doit la création du fameux ordre de la jarretière.

 

Ainsi ce galant souverain était parvenu à tromper son monde et avait réussit à se faire dans l'histoire la réputation flatteuse d'un souverain préférant perdre la liberté pour sauver son honneur... alors que plusieurs chroniqueurs l'aient formellement accusé d'être ainsi plutôt retourné en Angleterre surtout pour y retrouver une vie agréable et une douce amie...

 

 Sources : « Histoires d'amour de l'Histoire de France. Les Amours qui ont fait l'Histoire » , Guy Breton  1955

                     Les rois qui ont fait la France                Georges Bordonove                  France Loisirs

 

 

Au Moyen Âge, et pendant la guerre de Cent Ans en particulier, la rançon, outre un enrichissement personnel, fait partie intégrante de l’économie d’un pays ou d’une région.

Les premières armées médiévales étaient des survivances des bandes tribales guerrières.

Pendant la féodalité la défense du pays est exercée par les vassaux rattachés à un suzerain et de leurs suivants respectifs c'est-à-dire les autorités locales, comtes et riches propriétaires, car le roi n'a pas d'armée.

Tout seigneur d'un fief devait annuellement une période de service militaire. Le vassal était accompagné de soldats professionnels, de mercenaires, dont il avait personnellement la charge, qu’il payait en argent sonnant et trébuchant.

Dans cette société, la guerre était un métier comme un autre et les chevaliers vivaient pour le combat afin d’accéder à la reconnaissance de leur pairs et à la fortune. Les soldats professionnels étaient pour la plupart les fils cadets des familles n’ayant pas ou peu d’héritage . Les paysans, les roturiers, s’enrôlaient, car la solde y était élevée et pour ceux-ci la guerre était tout sauf un honneur.

Un attrait important de l'armée était la possibilité des pillages. Les mercenaires étaient loyaux leur chef et combattaient à ses côtés tant qu'il leur fournissait le gîte, le couvert et la possibilité de participer aux pillages et donc de s’enrichir.

Participer à l'assaut d'une ville, d'un château, était signe d’enrichissement pour les chevaliers de bas lignage et les soldats en particulier quand les places fortes résistaient car elles étaient systématiquement mises à sac. Dans certains cas, le soldat pouvait alors amasser pendant le pillage un butin pouvant représenter plusieurs fois sa paie annuelle. Les batailles rangées, permettaient également de s'enrichir car il pouvaient vendre les armures et les armes des tués et également rançonner les familles des chevaliers fait prisonnier.

 

Si l’on veut se faire une idée du côté économique de cette entreprise qu’était la guerre, il ne faut pas oublier à titre de comparaison, que le commerce de la laine entre la Norvège et l’Angleterre lors de son apogée au XIVe siècle, ne dépassait pas 4 000 livres par an.

À la même époque, les échanges internationaux, totaux, de la laine et des lainages d’Angleterre n’excédait pas 90 000 à 100 000 livres tournois par an.

Dans l’ensemble, on pense que la balance penchait en faveur des Anglais, mais ce n’est pas le plus important. Les détenteurs du pouvoir politique y ont énormément gagné alors que les contribuables et les couches populaires des deux pays y perdaient. La guerre était un moyen de transférer des richesses du bas vers le haut de la société.

Entre les années 1419 à 1435 les pays normands ont accordé 350 000 livres pour couvrir les dépenses militaires anglaises.

 

Les rançons variaient considérablement en fonction de la personne.

Elles pouvaient atteindre 1 000 livres pour un chevalier.

L’exemple extrême est celui du roi de France Jean Le Bon qui dut acquitter la somme de 500 000 livres (sur 4 000 000)  quand il fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers (1356) pour lui permettre d’être remplacé par des otages

 

David II d’Écosse fut libéré contre, seulement, 67 000 livres.

Lors de cette même bataille de Poitiers, le prince Noir racheta au nom du roi 14 prisonniers nobles pour 66 000 livres.

En 1415 Charles Ier d’Orléans fait prisonnier à la bataille d’Azincourt, sera libéré en 1440 après le paiement d’une rançon de 220 000 écus.

En 1453, la rançon de lord Moleyn s’éleva à 9 800 livres.

Le Franc à cheval représente le roi Jean le Bon sur un destrier, armé d'un écu à fleur de lys et brandissant l'épée, avec le terme « Francorum Rex » (roi des Francs).

 

La règle du partage des rançons et autre butin voulait que celui qui était pris revienne à celui qui l’avait pris.

Il était cependant courant que le roi prélève de 25 à 33% du gain de ses vassaux, et ceux-ci prélevaient également une part analogue à leurs subordonnés.

En 1412, le duc Charles Ier d’Orléans versa 35 000 livres à Thomas de Lancastre duc de Clarence pour se débarrasser des mercenaires anglais qui ravageaient la région.

La valeur des prises est difficile à estimer, mais on sait que le chevalier John Fastolf gagna 13 400 livres à la seule bataille de Verneuil (1424).

Source   Wikepia

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