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Le chien d’attaque pendant le Moyen Age un rôle modéré mais cruel :
Au moment où l’empire romain d’orient se replie progressivement, nombre de traditions militaires antiques régressent. Les cavaleries lourdes prédominent face aux légions maîtresses accompagnées de meutes de dogues au combat. Le chien suscitait plus de méfiance à cette époque : les chiens apparurent dans le bestiaire du haut Moyen Age satanique (mythe des cynocéphales) et furent sévèrement décrits dans la littérature byzantine, transcrivant la peur des Occidentaux pour l’Asie et les peuples « assoiffés de sang » Les conquêtes arabes contribuaient aussi à la moindre utilisation du chien de guerre : pour l’Islam, le chien apparaissait nuisible et impur. On le tenait responsable de la mutilation de la dépouille mortelle du prophète Mahomet. La tradition voulait que l’on pende les chiens errants . Pourtant, dans le Coran, le prophète défend de tuer les chiens, sauf ceux de la race noire ayant deux tâches blanches autour des yeux, supposés être l’incarnation de Satan…
En Asie, les guerriers tibétains régnèrent sur les hauts plateaux himalayens et sur la basse vallée du Gange du VIIème au IXème siècle. Ces fondateurs de l’empire Tou Fan se faisaient accompagner de dogues au combat. Leur réputation à l’époque fut telle, qu’ils furent recherchés et importés par tous les grands marchands caravaniers parcourant la route de la soie.
Le Moyen Age vit apparaître de façon organisée des chiens spécialement aptes à combattre la cavalerie. Un manuscrit du XIVème siècle (1330-1340), trouvé à Constantinople, « Tractatus de re militari et de machinis bellicis » ou « Traité d’art militaire et des machines de guerre », de Paul Savenitus, donné à la bibliothèque nationale en 1688, ainsi qu’une armure du XVIème siècle présente au musée de l’artillerie à Madrid, montrent des chiens complètement cuirassés. Ils étaient équipés d’un corset de cuir épais ou de fer, hérissé de pointes, muni de lames de fauxtranchantes, voire armé d’une lance, et ayant sur le dos un vase d’airain, dans lequel une substance résineuse était enflammée au moyen d’une éponge imbibée d’esprit de vin . Ils allaient ainsi piquer, brûler et mordre les chevaux adverses, mais surtout semer la panique parmi ceux-ci : il s’agissait là d’une véritable spécialisation du chien de guerre contre la cavalerie
Les chevaliers de la féodalité utilisèrent assez couramment les chiens contre la cavalerie . Notons qu’il s’agissait là de la résurgence d’une pratique romaine qui utilisait les chiens porteurs de « feux grégeois » pour provoquer des incendies chez l‘ennemi. Les chevaliers du Saint Empire Germanique utilisaient eux à cet effet des grands dogues dit « Alains », du nom d’un peuple de Scythie ayant ravagé la Gaule et l‘Espagne au Vème et VIème siècles à l’aide de ces molosses . Dans son manuscrit datant du XVIème siècle, « Histoire des moeurs et des guerres des peuples du nord », l’archevêque d’Upsal Olaus Magnus montra lui la formidable habileté des Finlandais à dresser leurs chiens d’attaque contre la cavalerie danoise.
Au Moyen Age, en Angleterre, des chiens irlandais, écossais mais surtout des bouledogues, bull-mastiffs et mastiffs furent de plus en plus présents, en particulier du fait de la mode grandissante des combats de chiens. La conquête de l’Angleterre, en 1089, par les troupes du duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, provoqua l’introduction sur l’île de nombreuses autres espèces continentales, en particulier du Bloodhound (ou Saint-Hubert). Toutes ces races furent à la base des chiens de guerre médiévaux anglais, notamment utilisés en Irlande, mais aussi en Ecosse contre les soulèvements des soldats de Robert Bruce et de William Wallace au début du XIVème siècle. L’utilisation de la force des mastiffs engendrait une véritable confusion dans les rangs de ces derniers .
Les aristocrates anglais se firent aussi accompagnés de leurs molosses les plus puissants lors de leurs affrontements répétés contre la France : lors de la bataille d’Azincourt, en 1415, une chienne anglaise mastiff s’illustra en défendant avec acharnement le corps sans vie de son maître, Sir Piers Leght, jusqu’au moment où elle fut récupérée par ses troupes et ramenée en Angleterre. Encore aujourd’hui, plusieurs portraits du défunt et de sa chienne demeurent dans la ville où régnait cet homme -
En France, il existe moins de références d’utilisation du chien de guerre au combat pendant le Moyen Age. Lors de la bataille de Castillon en 1453, marquant la fin de la guerre de cent ans, les troupes de Charles VII utilisèrent tout de même de nombreux chiens d’attaque contre l’ennemi anglais. Cependant, en France, le chien fut en fait plus utilisé à des fonctions de garde durant cette époque.
Enfin, les Turcs firent un grand usage des chiens d’attaque : un utilisateur célèbre, Mourad Ier, prit ainsi Andrinople et tout l’arrière pays de Constantinople, entre 1359 et 1361, de la même façon il vainquit les Hongrois et les Serbes à Kossovo. Un autre utilisateur célèbre fut Mehmet II, s’emparant définitivement de Byzance en 1453 .
Les armées Suisses du XVème siècle avaient elles aussi leurs meutes de chiens de guerre, en particulier en 1476, contre Charles le Téméraire, pendant la bataille de Morat (Suisse). Deux sources différentes (le diplomate Milanais auprès du Duc de Bourgogne et un chroniqueur bernois) décrivent une lutte sauvage directe entre les dogues bourguignons et les molosses et bergers de montagne de l’armée des confédérés suisses, et ceci devant le regard des troupes. La victoire des chiens suisses, apparaissant comme un présage, engagea le reste des troupes helvétiques à marcher au combat pour la victoire finale
Il n’est pas étonnant que le chien ait été utilisé aussi lors de la découverte du nouveau continent -Les peuples amérindiens ne connaissaient qu’un nombre limité de races de chiens, ceux-ci n’avaient aucune fonction militaire. Ils étaient utilisés comme chien d’agrément (ancêtres du Chihuahua), mais aussi comme source de viande, voire pour des sacrifices. Chez les Aztèques, un chien était sacrifié afin d’accompagner les nobles défunts dans leur tombe. C’est pourquoi la stupeur fut grande lors de l’arrivée des Espagnols, accompagnés de chiens de guerre féroces, dits Alano, de type molossoide, capables selon la description de Gaston Phébus dans ses livres de chasse, de se mesurer aux ours et aux sangliers. L’Alan espagnol s’était déjà illustré lors de la reconquête de la péninsule ibérique contre les armées musulmanes.
Le manque de protection des Amérindiens a renforcé l’efficacité de ces chiens d’attaque : les plaies étaient souvent mortelles, une grande panique régnait chezl’adversaire, ne serait-ce qu’à cause des aboiements terrorisant les indigènes (les chiens amérindiens aboyaient peu). Les chiens pouvaient être recouverts d’une cotte,matelassée hérissée de pointes dispersant les indigènes encore plus épouvantés à cette vision.
En 1495, Christophe Colomb, lors de son deuxième voyage, réussit à mettre en déroute cent mille indiens à La Vega, à l’aide de deux cent fantassins, vingt cavaliers et vingt limiers chargés de traquer les indiens -
Les chiens des corps expéditionnaires se voyaient remettre (en fait au maître) une part du butin par le roi d’Espagne en personne. Notons que ces chiens, devenant aux yeux des Indiens plus dangereux que les Espagnols eux-mêmes, sont vite devenus des cibles prioritaires : la plupart mouraient généralement au combat, tués par les Indiens. Ces mêmes chiens de guerre furent utilisés comme bourreaux-et comme «remède miracle » pour faire avouer aux Indiens capturés les caches de leurs richesses. Il furent utilisés par la suite et jusqu’au XIXème siècle, parallèlement à l’installation progressive des puissances maritimes dans tout le nouveau monde, comme des spécialistes de la chasse à l’homme
Sources
MONESTIER M. Les animaux soldats , histoire militaire des animaux des origines à nos jours. Le Cherche Midi Editeur, 1996
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