Les Byzantins
Au contact de leurs ennemis permanents, les Perses sassanides, eux-mêmes héritiers d'une longue tradition équestre raffinée et brillante supposant un dressage précis, les Byzantins pratiquèrent une véritable équitation d'école avant la lettre.
Au XIIe siècle (1134), l'empereur Michel IV, le Paphlagonien, envoya à Naples, dépendance de l'empire d'Orient pour quelques décades encore, sept écuyers byzantins pour y faire école ; ce fait est important . Les Byzantins par Naples, comme les Arabes par l'Espagne et la Sicile (à laquelle Naples sera rattachée), ont donc transmis à l'Europe cet héritage équestre incomparable accumulé au cours de plusieurs millénaires, en Asie occidentale, l'un des plus anciens foyers de civilisation. Celui d'où est venue, avec le cheval de sang, l'équitation sous ses deux formes, guerrière et esthétisante. Mais il faudra encore quelques siècles pour que les Européens s'y convertissent. Il faudra qu'ils se débarrassent des pesanteurs sociales qui les encombrent en cette époque du Moyen Âge où leur équitation sombra à un très bas niveau
Après avoir lutté longtemps contre les Sassanides, les Byzantins durent, pendant des siècles, subir les assauts des cavaliers de l'Islam. Ces luttes sont une des causes qui leur permirent de maintenir leur équitation à un niveau élevé.
Une partie du savoir et des techniques équestres des cavaliers de l'Islam leur fut transmis par Byzance, au cours de longs siècles de combats. Les guerres favorisent toujours les échanges des techniques. Il n'en fut pas de même pour les peuples sédentaires, enfermés dans l'Europe occidentale. Ceux-là créèrent un système équestre original : celui de la chevalerie.
l'Europe occidentale avant la chevalerie
Sans doute à partir du IIe siècle av. J.-C., les Celtes de l'Est de Hallstatt, émigrant par les régions danubiennes jusqu'en Asie Mineure , affrontant les Grecs et les Scythes, étaient sans aucun doute des cavaliers. On leur attribue même l'invention du mors de bride .
La cavalerie gauloise a-t-elle existé ? La Gaule des Arvernes, des Eduens, des Carnutes, etc., produisait-elle des chevaux aptes à faire la guerre ?
Les chevaux élevés par les Gaulois étaient petits et laids. La plupart des sujets ont une taille comprise entre 120 et l30 centimètres . Ils ont la tête lourde, la poitrine étroite, le corps long et cylindrique, le dos relâché, la croupe ronde, la queue plantée comme dans une pomme. Impossible de créer une cavalerie avec de tels chevaux, mal bâtis et trop petits.
D'autant plus que César décrit par contre la tactique originale des Germains dont il fit ses auxiliaires. Montés sur des chevaux aussi misérables que ceux des Gaulois, ils sautaient à terre pour combattre à pied... Ce furent ces troupes à cheval germaines qui ont largement contribué à vaincre la soi-disant cavalerie gauloise, à Dijon et Alésia en 52 av. J.-C. ! Sous la colonisation romaine, la minorité des riches Gaulois élevèrent de nouvelles variétés de chevaux de grandes tailles avec des étalons d'importation . Mais cet élevage ne semble pas avoir résisté à la chute de l'Empire romain ; et la plupart des sites du haut Moyen Age livrent des animaux qui rappellent ceux de l'âge de fer .
La chevalerie
Après la chute de l'Empire, les structures de la société des trois Gaules subirent de grandes transformations. Au tribalisme des origines, à l'administration citadine et centralisée des provinces romanisées, se substitua un type d'organisation sociale fondé sur la grande propriété terrienne qui fit de la Gaule un État rural. L'évolution se poursuivit pour donner à terme ce fameux régime féodal qui se situe à l'opposé de celui de la société antique. Celle-ci était fondée sur l'Etat et la propriété. Sous le régime féodal, la grande propriété se dissocia et fut remplacée par la seigneurie. Le seigneur répartit ses terres entre les paysans, les serfs, qui, en échange, lui doivent redevances et corvées et sont liés à la terre, perdant leur liberté. Quant à la puissance publique, elle fut brisée en une infinité de fragments. Des fiefs se constituèrent, structurés en vassalités ayant l'obligation du service militaire (l'ost ou la chevauchée). En se combinant, la concession des terres et le service d'ost engendrèrent une société nouvelle que l'Église théorisa en ordres : des clercs, des suzerains et vassaux : la noblesse ; des serfs et vilains : le tiers état. Cette société aux trois ordres sécrétera la chevalerie.
Sous la première race royale, ces Francs mérovingiens qui n'étaient pas cavaliers, comme on le sait, le cheval dégénéra et se raréfia. Par la suite, son élevage ne fit guère de progrès malgré les efforts des Carolingiens, de la deuxième race royale
Telle était la situation de l'élevage du cheval. L'usage de l'étrier ne se généralise en notre pays qu'au IXe siècle, et celui de la ferrure qu'à partir du XIe. Ce qui prouve que l'on n'utilisait pas les chevaux à la guerre, dans de longues étapes. Ce que d'ailleurs ne nécessitaient pas les « guerres privées » pratiquées à cette époque... C'est précisément après l'adoption de l'étrier que cette nouvelle société créa ce cavalier original que devait être le chevalier.
La chevalerie se diffusa en Europe du Xe au XVe siècle au sein d'une minorité de la population. Avec le cheval, rendu confortable et sûr par l'emploi de la selle à étriers et qui deviendra d'un usage courant grâce à la guerre, cette minorité put créer des milices de « milites » . Elles lui servirent à s'approprier des châtellenies et à soumettre les serfs attachés à la glèbe.
Le cheval dans la société féodale
L'élevage du cheval s'était amélioré sous la colonisation romaine, s'effondra en même temps que l'Empire. On assista à un retour aux petits chevaux gaulois. Sous la première et la deuxième race royale, cet élevage ne fit guère de progrès. Et pourtant, les Carolingiens avaient pris des dispositions pour l'encourager (distribution de domaines...). Quand naît La France avec les Capétiens, les progrès ne sont pas encore sensibles.
Guillaume le Conquérant dut remonter les milites, qui vaincront avec lui à Hastings, en 1066, de chevaux espagnols des cantons de Galice.
Dans l'économie rurale de ce temps, l'élevage du cheval est une production d'appoint. La France au Moyen Age n'est pas un pays d'élevage du cheval de selle, de guerre, de troupe. Il en sera ainsi jusqu'au début du XXe siècle . L'élevage du cheval ne deviendra jamais une production rentable que pour le cheval de trait (ou de travail) et ses sous-produits, le charroi, le roulage, le tirage et l'attelage de luxe.
Au Moyen Âge, on distingue trois modes d'élevage du cheval :
- « L'élevage sauvage » dans les forêts et marais des plaines de l'Est et des pays atlantiques, jusqu'aux Îles britanniques.
- « L'élevage à la ferme ou métairie » qui se développera avec la culture des céréales.
- « L'élevage derrière les bêtes aumailles », sur les hauts plateaux du Massif central et les piémonts des Pyrénées.
L'élevage sauvage
Il fut d'abord le plus répandu. Il ne permit ni sélection ni amélioration. Il fournit des petits chevaux de portage, qui ne permettaient pas de remonter une cavalerie digne de ce nom.
C'est pourquoi, encore, les rois d'Angleterre Henri VII (1485) et Henri VIII (1509) sont intervenus de façons brutales contre ce genre d'élevage En effet, l'amélioration de la race chevaline pour la selle était impossible dans ce système d'élevage par troupeaux ou haras sauvages , dans les forêts et les marais appartenant aux châteaux et aux abbayes.
L'élevage à la ferme
Mais à partir du XIe siècle, on assiste à une importante croissance de l'économie rurale, due aux défrichements et au développement des cultures céréalières.Le travail du blé réclame une aide animale considérable, et, de ce fait, oblige à une sélection des animaux de trait. C'est dans l'élevage à la ferme de culture, que l'amélioration de la race chevaline a été réussie, à cette époque, dans la France des Capétiens et les plaines du Nord .
En effet, dans ce système rural, l'élevage se fit tout naturellement sous le contrôle de l'homme. Il choisit la jument à donner à l'étalon du seigneur. (Étalonnier : privilège du deuxième ordre dès le XIIIe siècle.) Or, choisir c'est sélectionner. Par ailleurs, il nourrit aux grains, dès son jeune âge, cet animal dont dépendra la qualité de sa culture et la quantité de sa production ; or, nourrir c'est améliorer. Et c'est ainsi qu'à partir du roncin, de la chanson de Roland (XIe siècle), qui était le cheval des milices féodales, le cultivateur français créa ces bons chevaux de travail qui prirent de la taille et de la masse (deux paramètres utiles à la traction, mais aussi à la joute), avec lesquels il mit en valeur les riches plaines du nord de la Loire. C'est dans ce cheptel que les chevaliers rechercheront leur remonte pour pratiquer leur sport favori : les tournois.
Cette identification du cheval de bataille avec le cheval de travail fut accélérée par l'évolution du mode de combat qui, finalement, se réduira au choc, et par l'alourdissement correspondant de l'armement, armure, lance, etc. Le cheval du chevalier se transforme progressivement en un destrier encombré de muscles capable de fournir une courte charge, et de bousculer l’adversaire, mais impropre aux randonnées lointaines et à la manœuvre rapide et souple en terrain varié Ces chevaux étaient inaptes à faire campagne, c'est-à-dire à supporter les fatigues d’une approche, d'une bataille, et d'une poursuite (ou d'une fuite). C'est pourquoi,à Crécy et à Poitiers, les chevaliers anglais combattirent à pied, réservant leurs chevaux pour une fuite qu'ils envisageaient, mais qui fut une poursuite.
L'élevage derrière les bêtes aumailles
C'est le mode d'élevage des hauts plateaux et montagnes à vaches. Elle ne prendra de l'importance que peu à peu, à la fin du Moyen Âge. Ce sera le relais, au sud de la Loire, des élevages des pays du Maghreb et de l'Orient. Pays d'où viendront les chevaux de selle légers, appréciés des cavaliers qui succéderont aux chevaliers. Les Navarins et les Limousins vaudront les Barbes et les Genets d'Espagne .
Ayant converti le roi Charles V le Sage à sa stratégie de la « non-bataille », Duguesclin fait pratiquer à ses compagnies franches et à celles de gens d'armes (chevaliers), une tactique de renseignement, harcèlement, ralliement des populations, raids et coups de main, qui épuiseront les routes anglaises. Sans charges ni batailles, il les chasse du royaume ! Ayant débarrassé les chevaliers de leurs prothèses défensives et offensives et de leur équitation de tournois, remontant ses compagnies de chevaux de prise, et de chevaux du pays, il fit des chevaliers et des archers une véritable cavalerie pratiquant une équitation militaire simple et efficace. Sur les conseils de Duguesclin, Charles V, par les ordonnances du 13 Janvier 1373 et 6 décembre de la même année, réglemente les compagnies de gens d'armes (chevaliers) et les compagnies d'archers à cheval (qui seront soldés les uns et les autres !).
1373 marque la naissance de la cavalerie française, subdivisée en lourde et légére Le roi et son connétable étaient des précurseurs. Enterrés ensemble en la basilique royale de Saint-Denis, en 1380, leur oeuvre ne leur survécut pas ! Les pesanteurs sociales étaient telles que les habitudes archaïques féodales reprirent le dessus. Et le système militaire et équestre féodal montra à nouveau son obsolescence à Nicopolis et Azincourt !
L'équitation de la Chevalerie
La Tapisserie de Bayeux donne la première idée de cette équitation. Il s'en dégage une impression d'entrain, d'aisance, de légèreté, de souplesse. Elle rappelle l'équitation sassanide du VIIe siècle. Comme l'archer persan, les milites de Guillaume le Conquérant chaussent l'étrier du bout des pieds. Bien assis, fermes en selle, ces cavaliers manient sans gêne leurs armes de hast, leurs masses d'arme, et leurs épées de taille. Ils marchent sur l'ennemi a vive allure, les chevaux galopant encolures libres. Une véritable équitation de combat permettant la poursuite et la fuite, le harcèlement et le corps à corps. En France, cette équitation fut abandonnée dés le siècle suivant et remplacée par l'équitation de tournois -
En Espagne, par contre, l'évolution fut différente. Vaincus à Alarcos (1195) par les Marocains, les cavaliers espagnols adoptèrent l'équitation de leurs adversaires. Ils remportèrent sur les Almohades la bataille (fondatrice) de Las Navas de Tolosa (1212). Cette confrontation, dans la guerre de reconquête de la péninsule (Al-Andalus), engendra une équitation typiquement ibérique : à la génette. Elle sera pratiquée en Espagne et dans les « Indes occidentales » jusqu'au début du XVIIIe siècle.
Quant aux chevaliers du reste de l'Europe, ils étaient désoeuvrés. C'est la raison pour laquelle ils inventèrent ces jeux très particuliers :les tournois. Geoffroy de Preuilly en fut le codificateur au XIe siècle. Le tournoi proprement dit était un jeu par équipes, représentant un combat fictif, par contre, la joute qui opposait deux adversaires isolés se terminait souvent à pied par un véritable corps à corps de gladiateurs.
Revêtu d'une armure qui lui enlevait toute souplesse, encastré dans la « selle à piquer », les jambes raides et tendues vers l'avant pour bien se caler sur les étriers, le chevalier montait un roussin non galopeur donc « impropre aux allures vives » et portant cent soixante kilos sur les épaules . Ce cheval devait être « porté » dans les jambes pourtant si mal placées. Raison pour laquelle le chevalier dut s'équiper d'éperons aux collets immenses et aux molettes énormes à quatre ou cinq dents seulement, véritables poignards. Une fois mise en mouvement, on ne pouvait guère nuancer les allures d'une telle masse. L'arrêt, en particulier, devait être bien mal aisé. Aussi, le chevalier avait, par précaution, embouché son destrier d'un énorme mors à longues branches. Les rênes elles-mêmes, constituées de chaînes et de lourdes bandes de cuir, assuraient en quelque sorte un enrênement fixe permanent bloquant l'encolure.
L'équitation fut brutale et violente. Le cheval devait être capable d'arrêts... et apte à repartir promptement. Leur moyen de conduite était sans justesse ni progression, puisque leurs jambes tendues, raides et très éloignées du cheval ne s'en rapprochaient que par à-coups .En fait, au cours de ce Moyen Âge franco-germano-anglais, on a assisté à une régression de l'art de la guerre et, en même temps, de l'art de l'équitation, parmi les peuples sédentaires de l'Europe occidentale.
Les Français ont souvent critiqué l'équitation arabe, parfois en bien souvent en mal .
L'équitation s'est détériorée sous l'effet des pratiques du combat. Mais, d'autre part, il est évident qu'elle ne pouvait pas évoluer dans le bon sens étant donné la mauvaise qualité du cheval qui servait à la selle en cette partie du monde.
Les Arabes
les Arabes les plus anciennement connus comme cavaliers furent les Safaïtes au IVe siècle et les Thamoudites au Ve siècle. Les premiers comme les seconds ont laissé des graffitis rupestres qui témoignent qu'ils furent des cavaliers montant sans selle, et chassant avec une lance à piquer ou à lancer . C'est sur le versant oriental du Djebel Hauran , à l'entrée du désert de Syrie, que se trouvaient les Safaïtes. Non loin du tombeau de Imr-ul-Kais-ben-Amir « roi de tous les Arabes » selon l'inscription funéraire datée de 328 après J.-C., roi de Hira, il régnait sur un État qui s'étendait entre l'Empire des Perses sassanides et l'empire romain d'Orient (Byzance). En ce lieu a vécu, vers la fin du IVe siècle, le peuple des Thamoudites. . Ils fournissaient aux Byzantins, au V siècle, deux unités de cavalerie : l'une en garnison en Egypte, l'autre en Judée. C'était au temps du paganisme.
Le temps de la foi commencera par l’épopée cavalière des Arabes. Rassemblés par le Prophète, qui donna au cheval noble une place privilégiée, en lui accordant une part supplémentaire du butin, et qui organisa les courses, les cavaliers arabes, transportés par la foi, dirigés par les premiers califes, firent des conquêtes qui étonnèrent le monde. En à peine plus d'un siècle, ils fondèrent un empire de la Transoxiane à l'Espagne. Ils firent boire leurs chevaux dans la Loire à l'ouest, en 732, dans l'Indus et le Syr Daria, en 751, à l'est. Si l'on y regarde de prés, on constate que cet espace recouvre exactement la zone des steppes semi-arides. Les steppes des chevaux de sang : Arabes, Barbes, Turkmènes-Tekkés. Les cavaliers arabes adoptèrent les chevaux de qualité qu'ils trouvèrent dans les pays conquis. D'abord pour remonter leur cavalerie, mais aussi pour les introduire dans leur élevage ! Par ailleurs, la pratique de la guerre fait constamment évoluer les matériels, et en fonction des nécessités, et en fonction de l'échange des techniques avec l'ennemi. C’est pourquoi, le harnachement arabe évolua très vite vers les formes que nous lui connaissons.
L’invention de la selle avec étriers, associée à celle de la ferrure des chevaux, a libéré les forces vives des peuples cavaliers-Lessentiel de l'invention de la selle est « l'arçon ». Celui-ci est constitué par deux « bandes » reliées - devant et derrière - par deux « arcades ». A l'arçon s'attachent les « étrivières », ce qui permet l'appui sur les « étriers », le poids du cavalier étant, par les bandes, réparti uniformément sur le dos du cheval . Dès le VIIe siècle, et sans doute avant, les Arabes de Syrie avaient adopte la selle à étriers et pommeau élevé Dès la conquête de la Transoxiane ou Khwarezm, les Arabes adoptèrent la selle khwarezmienne. Al Mohalleb ben Abu Sofra, gouverneur de Khorasan remplaça l'étrier de bois par l'étrier de fer.
Cette selle est parvenue jusqu'à nous, avec quelques différences de détails suivant les régions. Elle se réduit à un arçon avec étriers. De ce fait, elle ne gêne pas le cheval, et ceci d'autant moins, qu'elle épouse la ligne de son dos, et que maintenue en place par le « poitrail », elle n'a pas eu de sangle durant des siècles, mais un simple surfaix d'équilibrage qui n'étouffait pas le cheval.
L' autre peuple cavalier, celui des Mongols des steppes du Nord (bien plus tard dans l'histoire) choisira aussi la selle du Khwarezm. Mais il la fera évoluer autrement, de telle façon que le cavalier se trouvera « juché », c'est-à-dire très au-dessus lie son petit cheval. Position qui a engendré une équitation différente de celle des Arabes.
L'autre partie du harnais nécessaire à la maîtrise et à l’emploi du cheval à la guerre est le mors avec ses montants.
Ce mors a permis l'utilisation à la guerre, dans les combats, des chevaux de sang ! En particulier pour exécuter l'escrime à cheval dans le corps a corps, et la tactique de l'attaque suivie du repli ! Cette manière de combattre, préférée depuis toujours par les Arabes-Ce harnachement, ce mors et cette façon de combattre furent adoptés par les génétaires espagnols dès le XIIe siècle .
A la guerre, le cavalier grâce à la selle, se mettant en équilibre sur les étriers, spécialement conçus pour cela libère le dos du cheval, tout en restant prés de sa selle. Se penchant en avant, et fermant les talons en arrière, il favorise la vitesse et développe l'impulsion du cheval. Cette impulsion peut s'exprimer totalement dans la vitesse que les Arabes affectionnent, car la règle, confirmée par une iconographie multiséculaire, est de laisser libre l'encolure du cheval. Enfin, grâce à la qualité du noble animal, élevé depuis des siècles pour son équilibre sous l'homme - par monts et par vaux - et de par les propriétés du mors Naziky, le cavalier peut, à tout moment, arrêter sa monture. Il lui suffit d'avertir trois fois son cheval en tendant et détendant les rênes égales. Le cheval s'arrête de lui-même.
Il est bien entendu qu'à côté de cette équitation de guerre, des équitations de paix, de chasse et de course ont été pratiquées, présentant parfois, des différences et des particularités régionales. Il est certain aussi qu'une équitation de cour, une équitation du « paraître », s'est développée dans différentes capitales. Mais ce ne fut pas une discipline largement répandue. L'équitation arabe fut d'abord conçue pour la chasse et la guerre.
- Des hommes, sportifs et artistes, aimant le cheval pour sa vitesse et sa beauté !
- Des éleveurs ayant conçu un cheval sélectionné, individu par individu, sur le courage, l'équilibre, la sobriété et la vitesse. Qualités devant s'épanouir dans la beauté de l'extérieur, et que la pureté des origines perpétue dans le temps.
- Des cavaliers dresseurs ayant construit pour ce cheval noble un harnachement léger ; et inventé une bride décontractante.
Alors que les Arabes achevaient leurs conquêtes, et que les Européens construisaient leur nouvelle société féodale, de nouvelles vagues de peuples cavaliers sortirent des steppes du Nord-Est. (Les Arabes et les Maghrébins étaient venus des steppes du Sud.) Par les plaines de la Russie méridionale et du Danube, ils atteignirent l'Europe centrale et même occidentale. Ce furent les Hongrois, les Seldjukides et Ottomans, et surtout les Tatars-Mongols.
Les Hongrois
A la fin du IXe siècle, les Magyars (ou Hongrois) arrivaient aux confins de l'Europe, détruisant le royaume chrétien de Moravie. Puis, ils abordaient les Alpes qu'ils traversaient pour se répandre dans la vallée du Pô en 899 et, repassant les monts, pour détruire Besançon en 911. Ils devaient l'incroyable rapidité de leurs incursions au fait qu'ils possédaient des chevaux agiles et résistants et qu'ils utilisaient la ferrure a clous. Revenant sur leurs pas, repoussés par Othon Ier de Germanie à Augsbourg (Lechfeld), en 955, les Magyars se fixèrent dans les plaines du Danube (Kisalföd au nord-ouest et Nagyalföd à l'est). Ils furent pacifiés et christianisés par Etienne Ier, qui reçut la couronne royale en l'an 1000, des mains du pape Sylvestre II (Gerbert d'Aurillac-Auvergne).
Leur civilisation était celle d'un peuple monté évolué.Les champs de bataille, couverts de tertres funéraires, ont livré relativement peu d'armes, mais un grand nombre de fers à cheval qui ne pouvaient convenir qu'aux sabots de petits chevaux d'origine orientale. Ces découvertes étayent donc la théorie qui veut que le cheval ancestral hongrois ait été un tarpan. » Le tarpan, appelé aussi equus caballus gmélini a été considéré longtemps comme l'ancêtre des chevaux, le véritable cheval sauvage. depuis la fin du XIXe siècle, que c'est un cheval redevenu sauvage à partir d’ancêtres ayant été domestiqués par l'homme.Les Hongrois du IXe siècle nomadisaient avec des convois de véhicules légers et que, de ce fait, ils possédaient déjà des artisans charrons très adroits, aux techniques très en avance sur celles des Européens. Ce ne sera qu'au XIIe siècle que se généralisera en Europe de l'Ouest, le charroi par chevaux. Ce peuple magyar, qui se stabilise donc au XIe siècle, restera un peuple aux solides traditions cavalières - en contact à l'est avec les peuples des steppes et les Ottomans, à l'ouest avec les sédentaires, il fera le lien entre ces deux mondes aux modes de vie opposés C'est pourquoi ,quand les généraux occidentaux voudront alléger leurs cavaleries et les rendre manœuvrières, capables d'assurer la sûreté et les reconnaissances lointaines au profit de leurs lourdes armées, ils feront venir de Hongrie des régiments de hussards et créeront des unités nationales du même type. Le style à la houzarde se répandra, ainsi que la selle hongroise, dans toutes les cavaleries légères. Par eux, les Européens réapprendront à monter en étrivant court. Mode d'équitation qu'ils avaient déjà hérité des Espagnols (la monte à la genette) dès la fin du Moyen Age, mais qu'ils n'avaient pas adopté alors, la cavalerie ayant perdu ou n'ayant pas encore acquis une grande importance dans les combats de ce temps, en Europe occidentale.
Les Ottomans
Au XIe siècle, une dynastie turcomane, venue elle aussi d'Asie centrale, établit un empire éphémère aux dépens du califat de Bagdad. Ce sont les Seldjukides qui contrôlèrent la Perse, une partie de la Syrie et de l'Anatolie jusqu'au XIIe siècle. L'Empire musulman, devenu de par ses conquêtes, un état citadin et donc vulnérable, divisé d'autre part par des schismes voire des hérésies, avait de la peine à se maintenir dans ces régions où, depuis l'aube de l'histoire, se succédaient les vagues de nomades cavaliers venues de l'Est. Mais l'Islam possédait une vitalité interne, mystique et intellectuelle, telle que les nouveaux conquérants embrassaient sa foi et, bien souvent, l'ensemble de son mode de vie. De sorte que pour nous, Européens, tout cela est souvent apparu comme une suite sans hiatus et sans apports nouveaux. Avec notre propension à la généralisation, nous avons assimilé rapidement les Turcs aux Arabes et, par voie de conséquence, le cheval turc au cheval arabe... La confusion s'établira sur ce plan jusque dans le général Stud book de la race anglaise !... En fait, originaires des steppes où les cavaliers avaient l'habitude ancestrale de combattre en mêlées (différent du système méditerranéen, nous l'avons vu), ayant adopté l'Islam et sa civilisation, les Turcs se situent sur le plan de l'équitation militaire, en transition entre les cavaliers sémites et méditerranéens aimant le raid et le coup de main, et les cavaliers mongols qui vont surgir des steppes d'Asie centrale - embrigadés dans des masses de cavaleries énormes, remarquablement structurées, à la discipline impitoyable. Une de leurs tribus, établie au cours du XIIe siècle dans le nord-est de l'Anatolie, à la frontière de l'Empire byzantin, devait prendre une grande importance.
Quand l'Empire seljukide s'effondra sous les coups des Mongols, cette tribu sous la direction de son chef, Osman, poussa vers l'ouest. On les appela les Osmanlis ou Ottomans. Ils se lancèrent dans une guerre qui devait durer trois cents ans et dont le résultat fut la formation de l'immense Empire ottoman. Les premières conquêtes, réalisées aux dépens de l'Empire byzantin, amènent les Turcs au bord de la mer Egée (vers 1300). En 1354, ils passent en Europe et malgré une résistance acharnée, ils prennent possession de la Bulgarie et battent les Serbes dans la plaine de Kosovo en 1359. En 1452, de tout l'Empire byzantin, autrefois si puissant, seul résistait encore la métropole. Mais cette même année. Constantinople succomba à son tour, après un siège des forces interarmes du sultan Mohamed II, qui possédait la plus puissante artillerie jamais apparue sur un champ de bataille (56 canons et 13 bombardes). Le règne de Soliman II le Magnifique (1520-1566) marque l'apogée de la puissance ottomane. Il conquiert la moitié de la Hongrie, tandis que ses troupes prennent une grande partie de l'Empire des califes, Tunisie et Algérie comprises. Mais si ses troupes s'emparent de Bagdad, il ne réussit pas, pour sa part, à entrer dans Vienne - son successeur subit devant les chrétiens la défaite navale de Lepante (1571), signe du reflux de la poussée des Osmanlis.
Les Turcs ont eu sur l'Europe une influence importante, bien que difficile à saisir, car elle se situe principalement sur le plan militaire. Ils furent les premiers à concevoir le combat interarmes. Les premiers, ils surent employer l'artillerie en masse-Mais aussi - comme Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand avait créé la Phalange, infanterie d'élite, éclairée par une cavalerie légère - les Turcs, sous la direction d'Or Khān, fils d'Osman, organisèrent un corps de cavalerie mobile : les Spahis travaillant au profit d'un corps d'infanterie entraîné et discipliné : les Janissaires. Par les campagnes incessantes qu'ils ont soutenues contre les peuples des régions danubiennes, jusqu'au coeur de l'Europe et durant des siècles, ils ont contribué à y créer un type d'emploi de la cavalerie et, par voie de conséquence, un style d'équitation bien différent de ceux pratiqués par les Occidentaux à la même époque : fin du Moyen Age et Temps modernes.
La cavalerie turque est le produit d'un double héritage. Celui des Arabo-musulmans et celui venu d'Asie centrale.
Le cheval : le Turc, venant des souches syriennes, cheval arabe grandi, moins rapide, mieux équilibré et le turcoman Tékké ou Yamoud, l'ancien cheval niséen .
L'équitation : héritée essentiellement des Turcomans et des Persans pour la manoeuvre en masse, elle garde cependant un certain style de vitesse hérité des Arabes. Les selles sont dérivées de celles du Horezm au pommeau développé. Les mors sont à palette et anneau gourmette permettant la « reprise » immédiate du cheval. Ce mors a été, d'ailleurs, longtemps appelé mors turc, avant que les Européens du XIXe siècle ne le dénomment mors arabe L'étrier est large, à planche importante pour permettre au pied de s'y appuyer, lorsque le cavalier se dresse pour combattre.
La tactique d'emploi : elle est déjà très évoluée. La cavalerie sait agir loin en avant des gros pour éclairer et reconnaître. Elle sait agir en masse en coopération avec une infanterie solide (les Janissaires) et une artillerie importante. Elle sait enfin soutenir le combat corps à corps pratiquant une escrime à cheval savante. En résumé, elle pratique l'attaque et le repli, suivi du retour offensif avec enveloppement de l'ennemi désuni, ayant sa cavalerie épuisée par des charges dans le vide et séparée de son infanterie. On reconnaît là l'héritage mélangé des Arabes, des Persans et, sans doute, aussi une influence mongole.
Mongols et Tatares
Au commencement du XIIIe siècle, surgit des profondeurs de l'Asie, un mouvement qui va jouer un rôle capital dans l'histoire d'une grande partie de l'humanité - les historiens l'appellent l'invasion mongole ou tatare - ce mouvement s'étendra en Europe sud-orientale où les Tatars, dès la troisième décade du XIIIe siècle deviennent maîtres absolus du Diecht-i-Kyptchak et y établissent les bases du vaste et puissant empire connu dans la littérature orientale sous le nom de « Oulouss de Djoutchi »... et dans la littérature russe sous celui de « Horde d'Or ». Le Diecht-i-Kyptchak, c'est-à-dire la steppe des Kyptchaks (populations de l'ethnie turque) est le nom donné par les historiens arabes et perses du XIIIe siècle à la Russie méridionale du Dniepr à l'ouest jusqu'au Horezm et au Syr-Daria à l'est, vastes steppes habitées de nomades depuis l'origine des temps historiques (l'ancienne Scythie des auteurs gréco-latins). L'Oulouss de Djoutchi, autrement dit le patrimoine de Djoutchi, fils aîné de Gengis Khān, fut cet État militaire, dont la capitale fut Saraï sur la Basse-Volga. C'est le plus à l'ouest des États de l'Empire mongol qui allait de la mer Jaune à la mer Noire. Sa suzeraineté s'étendra même durant deux siècles, sur les principautés russes jusqu'à la mer Baltique. La création de cet immense empire, qui durera jusqu'au XVe siècle, est la dernière épopée des peuples cavaliers nomades sortis des steppes de l'Asie.
Cette épopée a d'abord été celle de Tamoudjin, né en 1167 dans une petite tribu mongole dans les « prairies steppes » de la rivière Kéroulen au nord du désert de Gobi. Proscrit par les tribus hostiles qui entourent sa horde, il les soumet et, à vingt ans, se fait proclamer Khān des Mongols. Il poursuit son entreprise de soumission des tribus des steppes d'Asie, des monts Altaï à l'ouest, aux monts Khingan à l'est, et au lac Baïkal au nord. En 1206, à trente-neuf ans, il a réalisé l'unité de ce qu'il est convenu d'appeler désormais la Mongolie . Grand Khān des Mongols bleus, il prend le nom de Gengis Khān. Ce sera le conquérant du monde t. Il donne à ces nomades turco-mongols un code civil et militaire que Tamerlan utilisera encore : le Yasaq. Il établit une administration efficace. Il crée un service de transmission de ses ordres d'une performance inégalée les messagers à cheval : Jam. Enfin et par-dessus tout, avec ces chasseurs, archers, cavaliers, nomades du Nord, en exaltant leurs modes de combat ancestrauxt , il organise un système militaire incomparable, comprenant des unités élémentaires, réunies en corps qui sont rassemblés en divisions et corps d'armée. Dirigée par un état-major général, entraînée en permanence, dotée d'une doctrine d'emploi tactique, et d'une stratégie cette « grande armée de cavaliers » (130.000 pour les uns, 250.000 pour les autres) aura une discipline de fer et le moral des conquérants. C'est l'oeuvre étonnante de Gengis Khān qui, avec elle, va conquérir en moins de onze ans (nous sommes au XIIIe siècle) un empire allant de la Volga à Pékin. Il mourut, en 1227, à soixante ans, « l'un des plus grands génies militaires de l'Histoire ) ».
Ses successeurs agrandiront encore cet empire jusqu'à la Russie, la Pologne, la Hongrie, l'Iran, la Mésopotamie et l'Arménie. Seule la cavalerie des Mameluks les arrêtera à Ain-Diallut en Palestine en 1260 . Cette armée mongole était capable de lancer des reconnaissances lointaines dans plusieurs directions à travers steppes, déserts et montagnes, tout en restant toujours en mesure de se concentrer en quelques jours. Cela lui donnait une mobilité stratégique d'une ampleur inconnue, et en même temps, une capacité d'anéantissement jamais atteinte sur le champ de bataille- Et que l'on ne croit pas que les adversaires de Tamoudjin étaient négligeables ! Les armées du roi d'or de Cathay (Chine), ou celles du shah du Kwarezm (ou Horezm) étaient plus importantes que celles de Gengis Khān - Par ailleurs, la qualité du commandement et de l'encadrement des troupes mongoles, ainsi que la qualité de sa remonte, autorisait le Grand Khān à lancer ses généraux dans des raids de corps d'armée à des milliers de kilomètres de ses bases. Tel le raid fantastique, de plus de 20.000 cavaliers, aux ordres de Djebé et Suboteï, sur plus de 8.000 kilomètres du Khorassan à la Russie par le Caucase, puis retour par l'Oural, de 1221 à 1223 !
Ce système militaire, construit autour du cavalier nomade, avait comme armement l'arc, le sabre, la lance à crochet, la hache et le lasso. Il avait comme cheval de remonte ce fameux cheval des steppes du Nord connu depuis le IVe siècle av. J.-C. au modèle si caractéristique : « horizontal Mongol type horse » .
A cette remonte de base, s'ajouteront, au cours des conquêtes, des milliers de chevaux de prise - en Chine, au Fergana, en Iran et en Russie méridionale. Durant le régne de Gengis Khān, les transferts de chevaux vers la Mongolie furent considérables. Ils se poursuivirent par la suite par le commerce (route tatare et route de la soie). Le cavalier-l'armement-le cheval : c'est le système d'armes élémentaire que nous avons vu évoluer depuis trois mille ans. Dans l'armée du conquérant du monde, il atteint son degré maximal de performance. Cheval exceptionnellement endurant, équitation efficace, en sont les raisons.
L'élevage mongol
Les Mongols n'ont élevé le cheval qu'en petit nombre, pour l'usage d'une minorité de la population : les gens d'armes de la société féodale, leurs serfs cultivateurs et les marchands des foires. Par contre, pour soutenir leur mode de vie, les nomades du Nord ont pratiqué l'élevage systématique des chevaux dans ces steppes-prairies, prédestinées à la perpétuation de l'espèce. Hippophages, buveurs de lait de jument, chasseurs et guerriers à cheval, ces nomades de la Yourte ont su élever en grande quantité cet animal qui leur était indispensable. On évalue à quatre millions le cheptel chevalin des un million cinq cent mille Hiung-nu au IIe siècle av. J.-C. ! Quoi qu'il en soit, au XIIIe siècle, il ne s'agissait pas d'un élevage sauvage de « cueillette » comme il en existait à la même époque dans les forêts de l'Europe occidentale . C'était un élevage extensif, sans doute, mais ordonné à une production nécessaire à la vie des familles et des clans. C'est-à-dire un élevage dirigé. Les juments, traites plusieurs fois par jour, étaient, de ce fait, sélectionnées sur leur production de lait, et gardées à proximité du campement, avec leurs poulains et l'étalon du troupeau. Les autres chevaux, réservés à la selle, étaient séparés du troupeau des juments et castrés dans leur troisième année. Un tel système d'élevage en vue de la production laitière et du cheval de selle de chasse, implique :
- la sélection des étalons (ce que confirme la castration) ;
- et des juments bonnes laitières ! (Mais la sélection d'une laitière ne répond pas aux mêmes critères que la sélection d'une jument de course - Il implique aussi des soins particuliers pour la nourriture des mères dans des pâturages réservés -Ce qui exclut toute idée de faire suivre les armées par des troupeaux de juments.
Quant aux chevaux de selle en service, ils étaient gardés dans « l'enclos » ou attachés à « la corde », afin d'être prêts à partir en mission à tout moment. Ceci implique qu'ils recevaient une nourriture préparée par l'homme. Gengis Khān fit réquisitionner du foin et du grain, lors de ses campagnes. Les chevaux de guerre étaient donc habitués à la nourriture sèche Dans cet élevage dans les steppes froides, la mortalité des jeunes chevaux devait être considérable. C'est une forme de sélection sur la résistance, première qualité du cheval de guerre. Dans tous les élevages de type extensif, les non-valeurs étaient nombreuses. Mais les Mongols étaient hippophages... ce qui est un acte de sélection : tuer les ratés pour les manger ! C'est ainsi que l'on peut se représenter l'élevage mongol, en 1210, à la veille de l'invasion de la Chine par Gengis Khān.
Contrairement aux nomades cavaliers des steppes semi-arides, obligés de nourrir individuellement leurs compagnons, car sans eux ils n'auraient pu survivre, ceux des steppes-prairies ont produit en masse des chevaux, dont ils ont choisi les meilleurs pour la guerre. On a pu dire que si les Arabes ont « élevé » leur cheval comme un sujet personnalisé, les Mongols ont « cultivé » des chevaux comme objets de consommation . De sorte que leurs chevaux, d'une grande qualité pour la guerre : sobriété-résistance-endurance, ne furent jamais ce qu'il est convenu d'appeler de beaux chevaux. Contrairement à l'Arabe et au Barbe, on a jamais utilisé le cheval dit Mongol comme améliorateur . En 1215, Gengis Khān s'empara de tous les chevaux des nombreux haras militaires de l'Empire kin (Chine du Nord) - En 1220, il conquiert le Khwarezm et remonte sa cavalerie, très éprouvée, de chevaux turcomans-persans-arabes. En 1226, quelque temps avant sa mort, son fils aîné, Djoutchi, fait cadeau à son père de 20.000 chevaux de Russie méridionale. Ce brassage se poursuivra avec les conquêtes de ses successeurs, à l'ouest, à l'est, au sud (Batou, Koubilaï, Houlagou). Il se poursuivra ensuite par le seul fait du commerce. L'empire des Mongols était un espace où les marchandises (et les idées) circulaient.
Le cheval est du type horizontal, grossier, fort, solide, éclaté, encolure courte, dessus long, il fait 1 m 40. Ce cheval a été retrouvé dans les tumuli funéraires de la fin du Ier millénaire de notre ère « Chevaux de taille et de conformation en tous points semblables à celles de beaucoup de leurs actuels descendants ... Plutôt petit, avec un corps assez long... » Hauteur 143 cm, longueur du tronc 151 cm , poitrine 176 cm, chevaux massifs très prés de terre, très longs (mesures prises en République kazakh).
Le cheval petit et léger est dominé par le poids du cavalier. Sans selle, dans l'Antiquité, l'homme écrasant le dos de son petit cheval n'a guère pu s'en servir au combat, sauf comme moyen de transport. Mais avec une selle qui libère son dos par un siège très haut, et qui répartit le poids du cavalier par des bandes très longues, le vaillant petit animal, équilibré sur les épaules retrouve une locomotion normale. Mis en avant par le fouet, il devient utilisable. Dès lors, toutes ses qualités (endurance, résistance, etc.) peuvent s'exprimer. Et c'est ainsi que ce cheval si laid, devint l'un des meilleurs parmi les chevaux de guerre de troupe. L'importance du harnachement dans un système équestre donné apparaît clairement dans ce cas. Étant admis que la selle des cavaliers de Gengis Khān, toujours en campagne, avait un siège plus confortable que celui de la selle moderne.
Avec cette selle originale, les Mongols ont utilisé un harnais de tête spécifique, comparable à aucun autre. Le bridon n'est pas un filet à canons épais. Il est fait de deux tiges minces et courbes, se reliant dans la bouche (manière mors brisé) et sortant largement des commissures des lèvres, jusqu'à remonter sur les joues. Là, ces tiges s'articulent sur deux anneaux, attachés aux montants. De ces anneaux partent deux rênes, et une longe sur le côté gauche. Cette embouchure a un effet releveur de la tête et renverseur de l'encolure.
Connaissant le harnachement, on peut analyser la technique équestre du cavalier.
L'assiette : Loin du dos, le cavalier sur des étriers courts, aux larges semelles, se met en équilibre pour les allures vives. L'arcade, ou bate de devant qui est très relevée le retient et l'empêche de mettre trop de poids sur l'avant-main, ce qui serait catastrophique dans cet équilibre naturel sur les épaules. L'arcade, ou bate de derrière, qui est très inclinée, permet au cavalier de s'asseoir, et même de se coucher en arrière : pour ralentir ou arrêter le petit animal (après l'avoir averti de la voix) en lui écrasant l'arrière-main. Le cheval réagissant, après dressage, en engageant ses postérieurs dessous, ce qui permet l'arrêt...
La conduite : Les rênes du « bridon » dans une main, le cavalier donne l'indication du changement de direction en appliquant l'anneau du mors sur la joue du cheval. Mais c'est le déplacement du poids du corps du cavalier qui est déterminant, étant donné son importance relative énorme, avec un cheval de 350 kg.
En résumé, cette équitation - originale au sens propre - a permis :
- en libérant le dos de la masse importante du cavalier, de rendre au petit cheval des steppes du Nord une locomotion normale ;
- en plaçant le poids du cavalier au bout d'un « bras de levier » (la hauteur du siège), de rendre ses interventions, dans les quatre directions, déterminantes pour la conduite. Ainsi, le poids devient l'aide principale, alors qu'en équitation européenne classique, il n'est que « l'aide des aides » ! Ceci explique aussi l'immobilité absolue en selle exigée par cette équitation dans le mouvement sur le droit, comme l'ont dit les cavaliers mongols à F. Aubin.
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