L'héptarchie anglo-saxonne

 

    




 

 

A considérer l'histoire du Ve siècle dans son ensemble, l'invasion des Saxons en Angleterre semble, au premier coup d'oeil, n'être qu'un simple épisode du grand mouvement des migrations germaniques. La Bretagne devint la proie de tribus guerrières venues de Germanie, comme la Gaule, l'Espagne et l'Italie. Mais cette ressemblance n'est qu'apparente et superficielle. On a pu en effet se demander si la Gaule avait été réellement conquise par les Francs et les Burgondes, si l'établissement des Wisigoths sur le sol de l'Espagne avait eu réellement le caractère de ce que nous appelons une conquête. Ce problème ne peut être sérieusement posé pour la Grande-Bretagne. Les Anglo-Saxons ne se contentèrent pas de soumettre les Bretons, ils les exterminèrent. La lutte entre les envahisseurs et les envahis eut le caractère d'une guerre de populations d'origines différentes et d'une guerre religieuse; aussi fut elle atroce. L'histoire de cette lutte, très mal connue, est entourée de beaucoup de légendes (Cycle de la Table ronde).


L’Heptarchie est le nom donné aux sept principaux royaumes fondés par les Anglo-Saxons dans l’île de Bretagne.


Liste des royaumes de l'Heptarchie   

Les sept royaumes traditionnels décrit dans l’historiographie anglo-saxonne sont :

 * Le Wessex (Saxons de l'Ouest et Jutes en face de l'île de Wight)

* La Mercie, comprenant le Royaume de Lindsey (Angles du milieu)

* La Northumbrie, composée du Deira et de la Bernicie (Angles du Nord de l'Humber)

* L'Est-Anglie (Angles de l'Est)

* Le Sussex (Saxons du Sud)

* L'Essex (Saxons de l'Est)

* Le Kent, comprenant également l'île de Wight (Jutes)

 

Précisions historiographiques sur le terme Heptarchie

 Le terme d’Heptarchie est un concept introduit a posteriori par Henri de Huntingdon, dans son Historia Anglorum (« Histoire des Anglais) », écrit entre 1123 et 1130, destiné à mieux décrire les clivages politiques et historiques de la période comprise entre les années 500 et 900.

Le statut relativement mineur de certains des royaumes comptés dans l'Heptarchie (Essex et Sussex notamment), ainsi que l'existence d'autres durant une grande partie de cette même période, ont conduit à une certaine désaffection du terme chez les historiens.

 

Naissance de l'Heptarchie 

 La naissance de l'Heptarchie est le résultat de l'invasion autour de l'an 500 de la majeure partie de la Bretagne insulaire par trois ensembles de peuples germaniques : les Angles, les Saxons, les Jutes. Ces envahisseurs refoulèrent vers l'Ecosse, le Pays de Galles et l'Armorique une grande partie des populations celtes puis se regroupèrent autour de quelques royaumes. Ceux de l'Heptarchie sont les principaux ou plus connus d'entre ces royaumes germaniques.

 Les témoignages archéologiques des dernières années de présence romaine montrent des signes indéniables de décadence. Au IVe siècle, un système de défense est mis en place contre les raids saxons, autour de plusieurs forts le long des côtes sud-est de l'Angleterre ; mais certains historiens estiment que cette « Côte saxonne » se compose en fait de comptoirs où les Saxons sont établis, non de forteresses édifiées contre leurs attaques. Les pièces frappées après 402 sont rares, ce qui suggère que l'armée n'est plus payée après cette dat e. En 407, l'usurpateur Constantin III est proclamé empereur par ses troupes, et traverse la Manche avec une partie des garnisons de l'île. Il meurt au combat en 411. En 410, l'empereur Honorius demande aux Romains de Bretagne de s'occuper eux-mêmes de leur défense, mais au milieu du Ve siècle, ils estiment pouvoir encore faire appel au consul Aetius pour repousser les envahisseurs. Même si la puissance romaine se retire, il est possible que le mode de vie romanisé se soit perpétué pendant plusieurs générations.

 La Bretagne romaine semble s'être divisée en plusieurs royaumes distincts, mais réunis par un conseil de contrôle commun. Selon Gildas, ce conseil invite des mercenaires saxons en Bretagne pour repousser les pillards, mais ceux-ci se révoltent lorsqu'ils ne sont plus payés. Bède date l'arrivée des Saxons de 446, une date aujourd'hui remise en question. Une période de conflits s'ensuit, marquée par des victoires saxonnes et bretonnes. Les dates, lieux et individus impliqués sont très incertains, mais il semble que vers 495, à la bataille du Mont Badon (Mons Badonicus en latin, Mynydd Baddon en gallois), les Bretons i nfligent une sévère défaite aux Anglo-Saxons. Des éléments archéologiques suggèrent que la migration anglo-saxonne est temporairement stoppée. Un second débarquement saxon a lieu au VIe siècle dans la région de Southampton, tandis que les Saxons progressent dans les Cotswolds et les Chilterns. Au VIIe siècle, ils prennent le contrôle du sud-ouest de l'Angleterre, hormis les Cornouailles, qui ne seront vraiment annexées qu'au Xe siècle. Si les Bretons donnent le nom générique de « Saxons » à leurs envahisseurs, ceux-ci comprennent également des Angles, des Frisons et des Jutes. Les Saxons ont probablement donné leur nom à l'Essex (« Saxons de l'Est »), au Middlesex (« Saxons du milieu »), au Sussex (« Saxons du Sud ») et au Wessex (« Saxons de l'Ouest »). Les Angles peuplent en majorité l'Est-Anglie, la Mercie, la Bernicie et le Deira, tandis que les Jutes s'établissent dans le Kent et sur l'île de Wight.

 Les premières traces archéologiques des « Saxons » ont été retrouvées dans l'est de l'Angleterre, et non, comme le suggèrent les documents historiques, dans le Kent. On a également découvert des traces dans la haute vallée de la Tamise, que l'on a interprétées comme provenant de mercenaires au service des rois bretons. Gildas indique que les Bretons ont connu une période de guerre civile, et il y en a également eu entre les  proto-royaumes saxons.

 Dès le Ve siècle, les Bretons commencent à traverser la Manche pour s'installer en Armorique, donnant naissance à la Bretagne actuelle. Il semble y avoir eu des phases de migrations ultérieures, à partir du Devon et des Cornouailles, et également à destination de la Galice. Ces migrations, tant celles des Bretons que des Anglo-Saxons, sont à replacer dans le contexte des « grandes invasions ». Toutefois, l'ampleur de la migration anglo-saxonne vers la Grande-Bretagne a été remise en doute par divers travaux génétiques et archéologiques.

 

L'Heptarchie et la christianisation 

La christianisation des Anglo-Saxons débute vers 600, sous l'influence des Irlandais à l'ouest et des catholiques romains au sud. L'archevêché de Cantorbéry est fondé par Augustin en 597, qui baptise en 601 Ethelbert de Kent, premier roi anglo-saxon à embrasser la foi chrétienne. Le dernier roi anglo-saxon païen, Penda, meurt en 655. À partir du VIIIe siècle, des missionnaires anglo-saxons partent évangéliser l'Europe, et en 800, l'Empire carolingien est presque entièrement christianisé.

 Tout au long des VIIe et VIIIe siècles, les relations de pouvoir entre les principaux royaumes fluctuent. D'après Bède, le roi le plus puissant à la fin du VIe siècle est Ethelbert de Kent, mais le centre de gravité de l'Angleterre semble avoir migré vers le nord et la Northumbrie, formée par l'union des royaumes de Bernicie et de Deira. Edwin de Northumbrie domine probablement la majeure partie de l'Angleterre, même s'il  faut tenir compte du parti pris de Bède en faveur de la Northumbrie. Diverses querelles de succession entament l'hégémonie northumbrienne, et la Mercie reste une puissance importante. La domination northumbrienne est détruite après deux défaites : contre la Mercie à la bataille du Trent (679), et contre les Pictes à la bataille de Nechtansmere (685).

 La Mercie domine le VIIIe siècle, encore que de façon discontinue. Les rois Æthelbald et Offa acquièrent une puissance remarquable : Charlemagne considère Offa comme le suzerain de tout le sud de la Grande-Bretagne, et l'Offa's Dyke, vaste ouvrage défensif édifié contre les Gallois, témoigne de la puissance de ce souverain. Toutefois, la montée en puissance du Wessex, ainsi que les défis posés par les plus petits royaumes, tiennent en échec la Mercie, et à la fin du VIIIe siècle, sa « suprématie » n'existe plus.

L'Heptarchie face aux offensives vikings

 La première offensive connue des Vikings en Grande-Bretagne est le pillage du monastère de Lindisfarne, daté de 793 par la Chronique anglo-saxonne. Il est cependant probable que d'autres attaques aient eu lieu auparavant à partir des Orcades et des Shetland, où les Vikings étaient déjà bien établis. L'arrivée des scandinaves, et notamment de la Grande Armée païenne danoise (865), bouleverse la géographie politique et sociale des îles Britanniques. La victoire d'Alfred le Grand, roi du Wessex, à Ethandun (878), porte un coup d'arrêt à l'expansion danoise, mais la Northumbrie est déjà partagée entre un royaume viking et un résidu saxon en Bernicie, la Mercie est divisée en deux, et l'Est-Anglie devient un royaume danois après le martyre du roi Edmond. Les petits royaumes d'Irlande, d'Écosse et du pays de Galles connaissent des sorts semblables.

 Les Danois commencent à s'établir dans l'est de l'Angleterre, et la région qu'ils dominent prend le nom de Danelaw. La Mercie danoise s'articule autour des Cinq Bourgs, tandis que dans le nord, Jórvík (York) devient la capitale d'un royaume viking homonyme, allié de temps à autres aux Norvégiens de Dublin. Les colonies danoises et norvégiennes ont eu une influence significative sur la langue anglaise : de nombreux mots dérivent du vieux norrois, même si la grande majorité provient de la langue anglo-saxonne. En outre, de nombreux toponymes des régions colonisées par les Danois et les Norvégiens proviennent de racines scandinaves.

 Le IXe siècle est marqué par la montée en puissance du royaume de Wessex. À la fin du règne d'Alfred le Grand, malgré diverses vicissitudes, les rois des Saxons de l'Ouest règnent sur les anciens royaumes de Wessex, de Sussex et de Kent. Les Cornouailles sont soumises à la domination anglo-saxonne, et certains rois du sud du pays de Galles reconnaissent Alfred comme suzerain, de même que l'ouest de la Mercie.

 

Extinction de l'Heptarchie

 L’extinction de l'Heptarchie est le résultat de l'unification des royaumes anglo-saxons autour du royaume de Wessex. Plusieurs souverains exercèrent une domination indéniable sur la quasi-totalité de l'Angleterre, et certains se virent donner le titre de bretwalda par la Chronique anglo-saxonne quoiqu'il s'agisse peut-être là aussi d'un concept introduit a posteriori.

Après plusieurs siècles de conflits fratricides, l'invasion viking sur l'est de l'Angleterre permit aux rois du Wessex de réunir auprès d'eux toutes les populations anglo-saxonnes de l'île. Le roi Egbert imposa l'hégémonie du Wessex. Après lui, Alfred le Grand confirma cette hégémonie, unifia le pays et prit le titre de rois des anglo-saxons. Alfred de Wessex mourut en 899, et son fils Édouard l'Ancien lui succèda. Avec son frère Ethelred de Mercie (puis Ethelfleda, épouse de celui-ci), il combattit les Danois et entreprit un programme d'expansion, s'emparant de territoires danois et les fortifiant. En 918, Édouard contrôlait toute l'Angleterre au sud de l'Humber. Cette même année, la mort d'Ethelfleda entraîna l'intégration totale de la Mercie au sein du Wessex. Le fils d'Édouard, Athelstan, fur le premier à régner directement sur la totalité de l'Angleterre après la conquête de la Northumbrie (927). Athelstan fut le premier souverain à prendre le titre de roi d'Angleterre, titre symbolisant la fusion des Angles, des Saxons et des Jutes en un seul peuple. Il réussit à briser une tentative de reconquête de la Northumbrie par une coalition d'Écossais et de Vikings à Brunanburh (937). L'unité de l'Angleterre, disputée sous ses successeurs Edmond et Edred, devint fermement établie sous le règne d'Edgar (959-975).

 

Les institutions anglo saxonnes à la veille de la conquête normande.

Dans cette longue période si troublée, les institutions anglo-saxonnes s'étaient implantées si solidement que la conquête normande n'allait pouvoir les déraciner. La royauté s'était fortifiée. Nous voyons le roi Alfred créer une flotte pour garder les côtes du royaume. Cette marine sous Edgar comptait jusqu'à 3600 bâtiments, que le souverain passait en revue chaque été. Edgar révise les lois et coutumes de son peuple, il consacre chaque année, en hiver et au printemps, plusieurs mois à des tournées dans chaque province de son royaume et rend la justice en personne. Il préside les assemblées générales du peuple, ou witenagemot, qui existaient déjà dans l'organisation primitive mais que nous voyons tout à coup prendre une grande importance. C'est le witenagemot de Wessex qui avait rappelé Egbert en 800; c'est le witenagemot de toute l'Angleterre qui choisit Harold II pour roi à la mort d'Edouard le Confesseur. Mais en même temps le pouvoir de la féodalité s'accroît. Les eaIdormen prétendent administrer les comtés à leur guise. Les Thanes ou Thegns ont le droit de paix et de guerre. Ils guerroient ou pactisent à leur gré avec les Danois.

Opprimé ou trahi par ses chefs, le peuple anglo-saxon est sans doute dans une condition tellement misérable, qu'on peut se demander si plus tard la conquête normande ne fut pas un bienfait pour lui, car elle mit du moins un terme aux invasions. Néanmoins il garde son organisation, il la développe; les villes grandissent peu à peu-: elles ont une autonomie presque complète. Elles élisent leurs magistrats, elles ont des corporations puissantes. La police, l'administration, la justice, sont entre les mains des aldermen. Dans les campagnes on ne constate pas l'émiettement des groupes locaux, la faiblesse qui semble le sort des classes rurales du continent. Les hundreds et les townships sont de vraies personnes morales qui s'administrent elles-mêmes plus ou moins librement, il existe des milices locales.

Tout homme libre est obligé, pour sauvegarder ses intérêts et assurer son repos, pour avoir son franc-pledge, de s'associer avec neuf autres hommes libres qui répondent de lui comme il répond d'eux. Tout Anglais est dans la paix du roi. Les serviteurs et les serfs même des lords ne peuvent pas plus que leurs francs tenanciers être jugés par leur seigneur. II est forcé de déférer les criminels devant les tribunaux publics. Il est vrai qu'il peut présider lui-même ces tribunaux, mais c'est à titre de délégué du roi. On observe néanmoins, à côté de cet affermissement des anciennes institutions, une tendance à l'introduction en Angleterre du système féodal, tel qu'il existe sur le continent, notamment pour le service militaire et la tenure des terres. L'invasion normande devait accélérer les progrès de cette transformation.
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 Armorial imaginaire de l'Heptarchie

 L'Heptarchie a disparu avant la naissance de l'héraldique. Néanmoins, les artistes du Moyen Âge avaient l'habitude de représenter symboliquement les personnages et les Etats ayant existé avant l'héraldiques par des armoiries imaginaires, ce qu'ils firent pour les rois et royaumes de l'Heptarchie. Les collectivités territoriales modernes correspondant aux territoires de ces anciens royaumes ont parfois officiellement repris ces armes comme par exemple le conseil du comté d'Essex.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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