L'Auvergne

 

Les deux siècles qui suivent la conquête par Jules César sont une ère de paix et de prospérité. Leur chronologie incertaine rend difficile le travail des historiens, cependant on peut affirmer que les changements politiques considérables de l'époque n'ont que peu affecté le mode de vie des habitants. L'Auvergne se dote d'une organisation et d'une administration qui l'intègrent à l'empire dans la province d'Aquitaine. Les vainqueurs, qui s'installent peu nombreux dans la région, s'assimilent rapidement aux Arvernes, dont le mode de vie n'est pas si éloigné de celui des romains que l'ont véhiculé les clichés historiques. La langue latine finit par l'emporter sur le gaulois, mais tardivement (l'auvergnat Grégoire de Tours signale au vie siècle que son usage perdure). Les cultes celtiques, proches des cultes romains, se transforment peu à peu, par l'assimilation des dieux. Ainsi, la vitalité religieuse arverne perdure, et cette période voit l'érection de grands sanctuaires, comme le temple dressé au sommet du puy de Dôme, consacré au dieu Mercure-Dumias (Mercure du Dôme), les Romains ayant assimilé Mercure au dieu gaulois Lug, ou encore le temple de Vasso-Galate, bâti à Augustonemetum, ville gallo-romaine fondée à proximité de Gergovie et de Corent, nouvelle capitale des Arvernes dédiée à l'empereur Auguste, qui sera cependant renommée au iiie siècle « cité des Arvernes » ou « Arvernis » (puis « Clermont » au ixe siècle).

 

La christianisation de l'Auvergne

 


 

Saint Austremoine, envoyé de Rome par le pape pour évangéliser les Arvernes, à la fin du IIIe ou au début du ive siècle, est le premier évêque d'Auvergne.

« Dans ce temps, sept hommes, nommés évêques, furent envoyés pour prêcher dans les Gaules.[...] Voici ceux qui furent envoyés : Gatien, évêque à Tours ; Trophime à Arles ; Paul à Narbonne ; Saturnin à Toulouse ; Denis à Paris, Austremoine en Auvergne et Martial à Limoges. » — Grégoire de Tours, Histoire des Francs (livre I, XXX)

Il prêche la nouvelle religion, accompagné de ses diacres et de ses disciples, dont le culte, comme celui d'Austremoine, a perduré jusqu'à aujourd'hui, et dont les prénoms se retrouvent partout en Auvergne, dans les noms des villages, des églises et des montagnes : Mary, qui évangélise la Haute-Auvergne avec Mamet, Anthème, Nectaire, qui aura lui-même pour disciple Beaudime, Cerneuf et Genès-

Saint Austremoine fonde un monastère à Issoire, où il meurt et est enterré. Le christianisme se répand rapidement, transformant les lieux de cultes et de pèlerinages païens en églises et en pèlerinages chrétiens, malgré les persécutions, qui donnent à l'Auvergne ses martyrs, comme saint Julien de Brioude et saint Ferréol. Se propageant d'abord en ville (un quartier chrétien se crée très tôt à Arvernis, le vicus christianorum, actuel quartier de Saint-Alyre), à partir de l'édit de Constantin il inonde les campagnes, porté par saint Amable, saint Pourçain, saint Privas, saint Alyre (le quatrième évêque d'Auvergne), saint Amant, saint Flour...

Au ve siècle, le christianisme est solidement implanté en Auvergne, et l'autorité de l'évêque d'Auvergne s'étend sur toute la région, le diocèse se confondant avec le cadre administratif.

 

Une des dernières citadelles assiégées de l'empire romain d'Occident

 

 

 

À partir du milieu du iiie siècle, l'Auvergne est menacée par la poussée des peuples germaniques35 et l'affaiblissement de l'empire, qui ne peut les contenir. Les raids germains, racontés par Grégoire de Tours, sèment l'insécurité, les villes déclinent, en particulier Arvernis, et l'autorité de l'empire, qui sera reconnue jusqu'au bout par l'Auvergne, se révèle de plus en plus impuissante.

En 455, Flavius Eparchus Avitus, aristocrate arverne, sénateur, préfet du prétoire des Gaules, est proclamé empereur d'Occident. Mais son règne, abrégé par les barbares devenus les maîtres dans l'empire romain, ne dure que quatorze mois.

À partir de 469, l'Auvergne, qui reconnaît toujours l'autorité de Rome comme légitime, est encerclée par les barbares, menacée par les Burgondes à l'est, et par les Wisigoths, qui défendent l'hérésie d'Arius, et qui ont conquis la plus grande partie de l'Aquitaine, à l'ouest. Ces derniers, menés par le roi Euric, déferlent sur le pays en 471. Sidoine Apollinaire, onzième évêque d'Auvergne, et autrefois gendre de l'empereur Avitus, mène alors la résistance et la défense d'Arvernis pendant quatre ans, aux côtés d'Ecdicius, fils d'Avitus, son beau-frère.

Mais l'Auvergne est trahie en 475, vendue à Euric par l'empereur Julius Nepos en échange de l'évacuation de la Provence, malgré les protestations de Sidoine Apollinaire contre ce traité inique36.

 

L'Auvergne wisigothe, 475-507

 

Le royaume Wisigoth vers l'an 500

 

 

L'Auvergne entre en 475 dans l'immense royaume d'Euric, qui s'étend sur presque toute la péninsule ibérique et le sud de la Gaule, et qui a pour capitale Toulouse. Le roi wisigoth se montre cependant clément. Il nomme un arverne catholique, Victorius, comme gouverneur de l'Auvergne et des provinces de l'Aquitaine, qui tempère les relations entre les wisigoths, ariens, et l'Eglise37. Il libère de plus Sidoine Apollinaire, qui retrouve son siège épiscopal après deux années de captivité. La domination d'Euric est ainsi solidement établie, et relativement bien acceptée. Euric meurt vers 484, son fils Alaric II lui succède.

Alaric II entre en guerre contre les Francs, et il est défait à la bataille de Vouillé, en 507, malgré la combativité d'un contingent arverne qui s'illustre sous les ordres du fils de Sidoine Apollinaire.

« Il périt dans cette bataille un grand nombre d'arvernes, et même des plus considérables, qui étaient venus avec Apollinaire. »— Grégoire de Tours, Histoire des Francs.

L'Auvergne passe alors sous la domination du roi des Francs Clovis.

 

L'Auvergne mérovingienne et carolingienne : le temps des fléaux

Entre Francs et Aquitains

La domination franque en Auvergne provoque des résistances, reflétant les rivalités entre Francs et Goths en Gaule méridionale, et les rivalités dans la dynastie mérovingienne elle-même. À la mort de Clovis, en 511, son royaume est partagé, et l'Auvergne passe sous possession de son fils Thierry Ier. Elle fait partie des provinces méridionales rattachées à l'autorité du royaume de Gaule du nord-est : l'Austrasie. L'Auvergne reste ainsi austrasienne pendant un siècle et demi, sauf pendant les brèves périodes de réunion du royaume franc.

Les rois austrasiens nomment des comtes, parmi l'aristocratie gallo-romaine locale, qui dirigent la province avec les évêques d'Auvergne. Tardivement incorporée dans les royaumes germaniques, l'Auvergne n'en est que très peu influencée, comme l'attestent les toponymes, les noms des contemporains et les vestiges, qui conservent leur forme gallo-romaine

L'Auvergne passe, à la fin du viie siècle ou au début du viiie siècle, dans des circonstances encore mal connues, de l'autorité de l'Austrasie à celle du puissant duché d'Aquitaine, bientôt érigé en royaume, qui réunit la majeure partie de la Gaule du sud, dépendant théoriquement du royaume des Francs, mais qui cherche à s'émanciper en affrontements incessants dont l'Auvergne sera l'otage, objet de convoitise et victime. Elle est ainsi gouvernée par les ducs d'Aquitaine, qui portent aussi le titre de comte d'Auvergne, parmi lesquels on comptera Bernard Plantevelue (de 872 à 886) et Guillaume Tête d'Étoupe (de 950 à 963).

Le pouvoir est cependant exercé concrètement par les évêques d'Auvergne, comme toujours pendant les périodes de carence du pouvoir civil. Leur élection est contrôlée par les souverains, et certains rois n'hésitent pas à intervenir dans les nominations-Saint Gal, saint Priest, saint Bonnet et saint Avit comptent parmi les plus fameux. Ils fondent partout en Auvergne de nombreux monastères (à Brioude, à Manglieu, à Thiers, à Mozac, etc.), qui mènent une grande activité intellectuelle et scolaire, imprégnée de culture classique, et dont le rayonnement fait déjà de l'Auvergne une importante place de la Chrétienté, comme en témoigne la tenue de plusieurs conciles.

Épidémies, guerres et pillages

À ces troubles politiques, se rajoutent pendant ces siècles de grandes calamités. Grégoire de Tours évoque au vie siècle de nombreuses épidémies. Puis l'Auvergne est victime des incursions musulmanes. Les Sarrasins ravagent la région à plusieurs reprises, pillant et détruisant les villes.

Pépin le Bref engage en 760 la lutte contre le duc d'Aquitaine Waifre, et organise des expéditions militaires qui ravagent l'Auvergne à deux reprises, en 761 et 767. Il brûle sa capitale, détruit sa cathédrale et les forteresses de la région, emmenant, selon le chroniqueur Frégédaire « beaucoup de butin et une armée intacte, avec l'aide de Dieu. »

Les Normands attaquent la région à partir du ixe siècle. Ils assiègent et incendient la capitale, qu'on appelle depuis peu « Clairmont » (« Clarus Mons »), à trois reprises, en 856, en 864 et en 916. En 916, la ville est totalement détruite-

L'effacement du pouvoir royal carolingien et le pouvoir limité des ducs d'Aquitaine favorisent l'essor de puissantes familles seigneuriales locales, livrées à elles-mêmes, qui se mènent des guerres privées incessantes, et pillent la région sans relâche, n'hésitant pas à rançonner les monastères et à se livrer au brigandage. L'Auvergne se couvre de châteaux et de forteresses.

L'insécurité permanente dans laquelle se trouve l'Auvergne, qui a des conséquences désastreuses, semble culminer au xe siècle-

 

Le grand essor médiéval

 

 

 

La Paix de Dieu

Cette insécurité permanente est à l'origine de la réaction de l'Église et du mouvement de la « Paix de Dieu », qui naît en Auvergne au milieu du xe siècle, et qui aura un retentissement formidable dans le monde occidental et fondera les bases morales de la société médiévale.

Les religieux auvergnats, sous la direction d'Étienne II, évêque d'Auvergne qui décide de mettre fin à l'anarchie et à la violence, réunissent de grandes assemblées populaires à qui ils font jurer la paix. Étienne II réunit des plaids à Clermont et à Aurillac, et met un terme à la rébellion des seigneurs auvergnats. Il est rapidement suivi par l'évêque du Puy. Le mouvement prend toute son ampleur en 989, au concile de Charroux, où on décide de consigner les décisions dans des canons. D'autres conciles suivent partout en France, pour instaurer la Paix de Dieu, désormais relayée par Odilon de Cluny et le roi de France Robert le Pieux. Ces conciles aboutiront plus tard à l'instauration de la « Trêve de Dieu » (suspension de toute activité guerrière pendant des périodes définies), puis sur la normalisation des codes de la chevalerie, protectrice des faibles et de l'Église.

 

Naissance d'une dynastie

Les premiers comtes héréditaires d'Auvergne

Armand, (cité entre 846 et 916) vicomte de Clermont et d'Auvergne

Robert, (cité entre 927 et 962) fils d'Armand, vicomte de Clermont et d'Auvergne

Robert « Le Jeune » (cité à partir de 936) fils de Robert, vicomte de Clermont et d'Auvergne

Guy Ier, fils de Robert Le Jeune, se proclame comte d'Auvergne en 979

Guillaume IV, frère de Guy Ier, comte d'Auvergne de 989 à 1016

Robert Ier, fils de Guillaume IV, comte d'Auvergne de 1016 à 1032

Guillaume V, fils de Robert Ier, comte d'Auvergne de 1032 à 1064

Robert II, fils de Guillaume V, comte d'Auvergne de 1064 à 1096

Guillaume VI, fils de Robert II, comte d'Auvergne de 1096 à 1136

Robert III, fils de Guillaume VI, comte d'Auvergne de 1136 à 1147

Guillaume VII, fils de Robert III, comte d'Auvergne de 1147 à 1169

 


 

Gouvernée jusqu'alors par les ducs d'Aquitaine, qui portent aussi le titre de comte d'Auvergne, pouvoir lointain exercé sur place par des vassaux, l'Auvergne connaît un changement politique majeur à la fin du xe siècle, lorsque Guy, vicomte de Clermont et d'Auvergne, se proclame comte d'Auvergne (comes arverniae). Il est à l'origine de la dynastie comtale héréditaire, qui se choisit pour capitale la ville de Montferrand.

Théoriquement vassaux des ducs d'Aquitaine, eux-mêmes vassaux des rois de France, les comtes d'Auvergne s'affranchissent en réalité de plus en plus de leurs suzerains directs, tandis que se renforce l'idée royale, propagée par les clercs, qui donne aux rois capétiens des droits sur toute l'ancienne Gaule. Ainsi, à mesure que l'autonomie des comtes d'Auvergne s'affirme, l'Auvergne s'intègre progressivement au royaume de France. Les comtes sont eux-mêmes suzerains de nombreux seigneurs auvergnats, comme les seigneurs de Mercœur, les vicomtes de Polignac, les seigneurs de Montboissier, les vicomtes de Murat, les barons de la Tour, et les comtours d'Apchon.

Dans le même temps, le développement de la féodalité conduit les évêques d'Auvergne, qu'on appelle évêques de Clermont à partir de 1160, à devenir les maîtres de grands domaines centrés sur Clermont, qui constituent la « seigneurie épiscopale de Clermont ». Les évêques, indépendants du pouvoir des comtes dans leur ville, deviennent leurs concurrents politiques, et la longue rivalité entre les villes de Clermont et Montferrand voit le jour.

 

Les abbayes font de l'Auvergne un haut-lieu intellectuel de la Chrétienté

 

 

 

Le Moyen Âge auvergnat est marqué par le rôle des ordres monastiques et des nombreuses abbayes dont la renommée s'étend très largement dans la Chrétienté. Véritables foyers intellectuels, à la fois lieux de prière et d'étude, les abbayes auvergnates, particulièrement prospères du xie siècle au xiiie siècle, enseignent dans toutes les disciplines et se bâtissent une solide réputation en Occident. Les abbayes d'Aurillac et de la Chaise-Dieu comptent parmi les plus célèbres.

L'abbaye d'Aurillac

L'abbaye d'Aurillac est fondée en 894 par saint Géraud, seigneur d'Aurillac avec le titre de comte, héritier d'un vaste alleu carolingien qui déborde sur le Quercy et le Rouergue. Elle se développe rapidement par la fondation de plusieurs centaines de prieurés dans toute l'Aquitaine, jusqu'en Espagne, et connaît un grand rayonnement grâce à son scriptorium. Son élève le plus illustre est Gerbert d'Aurillac (926-1003), originaire des environs de l'abbaye, grand savant, mathématicien, qui favorise l'introduction des chiffres arabes en Occident. Il devient archevêque de Reims, précepteur d'Otton II et d'Hugues Capet. Il joue un grand rôle dans l'élection de ce dernier, puis dans celle de l'empereur germanique Otton III. Il devient le premier pape français, de 999 à 1003, sous le nom de Sylvestre II.

L'abbaye de la Chaise-Dieu

 


 

Saint Robert, seigneur de Turlande, en Carladès, fonde en 1043 l'abbaye de la Chaise-Dieu (Casa Dei, ou Maison de Dieu), qui connaît elle aussi un développement rapide. Elle compte en permanence plus de trois cent moines du xie au xiiie siècle. Plusieurs papes viendront à La Chaise-Dieu : Urbain II, Calixte II, Innocent II ou Clément VI qui se fera inhumer dans l'abbatiale.

 

Un élan artistique exceptionnel

 

 

 

Entre 950 et 1150 environ, l'Auvergne se couvre d'admirables églises romanes, dans un style qui lui est propre, très créatif, organisant l'espace et le décor en harmonie avec ses paysages.

Le premier et le plus important de ces monuments, qui sert sans doute de référence à toute la province, est la cathédrale que fait bâtir l'évêque Étienne II (par ailleurs frère du vicomte Robert le Jeune), vers 950, par le maître d'œuvre Adelelmus. La cathédrale suscite immédiatement une immense admiration, dont les textes contemporains se font l'écho : « Étienne construisit dans sa ville épiscopale, en l'honneur de la Vierge, Mère de Dieu, une basilique tellement admirable qu'on n'en a jamais entrepris de semblable dans le monde entier » (sermon du diacre Arnaud). Il ne reste aujourd'hui que ses fondations, sous l'actuelle cathédrale de Clermont-Ferrand.

Cinq églises romanes, dites « majeures » groupées autour de Clermont, dans la plaine de la Limagne ou dans les vallées qui y débouchent, naissent à la suite de la cathédrale d'Étienne II :

 - Notre-Dame du Port, longtemps appelée « Sainte Marie Principale », à Clermont, non loin de la cathédrale, qui est demeurée le centre d'une grande dévotion à la Vierge ;

 - Orcival, église de pèlerinage bâtie au creux d'une vallée entre Monts Dore et Monts Dômes, qui abrite une célèbre Vierge en majesté ;

 - Saint-Austremoine, à Issoire, la plus vaste, dédiée à l'apôtre de l'Auvergne ;

 - Saint-Saturnin, la plus récente et la plus petite ;

 - Saint-Nectaire, élevée sur la tombe du saint, entourée d'un somptueux paysage.

 

 

 

L'art roman auvergnat possède des caractéristiques propres qui se retrouvent dans la plupart de ses églises: narthex aux murs épais et aux piliers trapus, rythme lumineux des travées de la nef, colonnes légères du chœur, déambulatoire et chapelles rayonnantes. Le contraste est remarquable entre la sobriété et la géométrie de l'architecture, et le foisonnement de la sculpture, en particulier des chapiteaux, qui apporte la poésie et la vie aux édifices, par des motifs riches et originaux, dont les thèmes sont empruntés aux Écritures (Annonciation, Adoration des Mages, Portement de la Croix), à l'antiquité classique (sirènes, atlantes, centaures et dragons), au combat du vice et de la vertu (charité et avarice), ou demeurent aujourd'hui énigmatiques (comme celui du « singe cordé »).

Partout dans la province, en Basse comme en Haute-Auvergne, se construisent des églises romanes, reprenant les caractéristiques des cinq majeures, de dimensions parfois modestes ou approchant leurs dimensions : Saint-Julien de Brioude, Châtel-Montagne, Notre-Dame-des-Miracles à Mauriac, Biozat, Albepierre-Bredons, Mozac, comptent parmi les plus fameuses.

 

Le concile de Clermont et la première croisade

 

 

 

Le pape Urbain II convoque un concile à Clermont en 1095, qui s'ouvre le 18 novembre. Les principales questions à l'ordre du jour sont l'extension de la Paix de Dieu, la condamnation d'abus commis par des gens d'Église, et l'excommunication du roi de France Philippe Ier, qui a répudié sa femme pour en prendre une nouvelle, et refuse de se soumettre aux injonctions du pape. Le choix de la ville de Clermont est motivé par le fait que les moines clunisiens sont bien implantés dans la région (Urbain II est lui-même clunisien), et surtout par la relative indépendance politique dont jouit l'Auvergne au XIe siècle, qui met le concile à l'abri de Philippe Ier.

Le concile réunit, selon les chroniqueurs, 12 archevêques, 80 évêques, et 90 abbés, principalement français, mais aussi espagnols ou italiens. De nombreux sujets sont traités en plus des principaux, qui précisent par exemple les conditions du jeûne et du pèlerinage à Jérusalem, ou la protection des religieux.

Pour clore le concile, le 27 novembre, Urbain II prononce un discours en présence d’une foule de clercs et de laïcs, réunis dans un champ à proximité de la ville (lieu de l'actuelle place Delille, à Clermont-Ferrand). C'est là qu'il lance l'appel de Clermont : après avoir évoqué les malheurs et souffrances des chrétiens d’Orient, persécutés par les Turcs seldjoukides, le pape adjure les chrétiens d’Occident de cesser leurs guerres fratricides et de partir pour la Terre Sainte, laissant derrière eux leurs biens et leurs familles, pour délivrer Jérusalem des mains des « peuples sacrilèges ». Le chroniqueur Robert Le Moine raconte que la foule enthousiaste scande alors « Dieu le veut ! ». Les chrétiens se cousent sur le vêtement une croix rouge.

Une foule considérable de « pauvres gens » se met en route pour Jérusalem, presque immédiatement. Ils seront massacrés par les Turcs. Les seigneurs partent à leur tour, de tout le royaume, dont le comte d'Auvergne Guillaume VI, et de nombreux seigneurs auvergnats. Ils prendront Jérusalem en 1099.

 

L'Auvergne morcelée et réunifiée

La partition du comté d'Auvergne

La dynastie des comtes d'Auvergne connaît une crise majeure lorsque Robert III, qui a pris part à la deuxième croisade, accompagné de son fils et légitime héritier Guillaume, meurt en Terre Sainte en 1147. À son retour en Auvergne, quelques années plus tard, Guillaume, surnommé « le Jeune », se trouve dépossédé par son oncle Guillaume « l'Ancien », frère de Robert III, à qui ce dernier avait confié ses biens et prérogatives pendant son absence.

Les tenants et aboutissants de ce différend sont mal connus, et les auteurs contemporains des faits, qui manquent d'impartialité, ne peuvent nous éclairer davantage sur ce qui ressemble à une spoliation pure et simple. Il s'agit en tout cas d'un épisode de l'affrontement entre capétiens et Plantagenets. Le roi d'Angleterre Henri II épouse en effet Aliénor, héritière du duché d'Aquitaine, en 1152. Il devient donc duc d'Aquitaine et, par conséquent, suzerain direct des comtes d'Auvergne. Le différend dure de nombreuses années, et Guillaume le Jeune, se considérant lésé, adresse sa plainte à son suzerain Henri II d'Angleterre. Guillaume l'Ancien choisit quant à lui de se réfugier auprès du roi de France Louis VII-

Le conflit aboutit, dans des circonstances mal connues, à un partage des terres du comté :

 - la plus grande partie revient à Guillaume l'Ancien (ou Guillaume VIII) et à sa descendance, qui porte le titre comtal. Ces terres conservent le nom de comté d'Auvergne ;

 - Guillaume le Jeune (ou Guillaume VII) conserve d'abord Montferrand, la capitale comtale, ainsi que quelques terres autour de Pontgibaud et en Limagne. Guillaume VII et ses descendants, qui se donnent d'abord le titre de comtes de Clermont, prendront à partir des années 1290 le titre de « dauphins d'Auvergne ». Leurs terres prennent pour nom dauphiné d'Auvergne.

 

La conquête royale

 

 

Après une campagne victorieuse contre Henri II d'Angleterre, en 1188, Philippe-Auguste, qui a succédé à Louis VII, s'approprie directement le comté d'Auvergne. Les guerres se poursuivant entre les rois de France et d'Angleterre, Richard Cœur de Lion ayant succédé à Henri II, les seigneurs auvergnats se voient contraints de prendre position. Le comte d'Auvergne Guy II, petit-fils de Guillaume VIII l'Ancien, se range derrière Richard Cœur de Lion, tandis que le comte de Clermont Robert-Dauphin, qui a succédé à Guillaume VII le Jeune, et l'évêque de Clermont, prennent parti pour Philippe-Auguste.

La réaction de ce dernier ne se fait pas attendre. Il envoie une armée en Auvergne en 1212, qui dépouille Guy II de presque tout son comté, suite au siège du château de Tournoël, ne lui laissant que la région autour de Vic-le-Comte. Les territoires confisqués, qui représentent la plus grande partie de l'Auvergne, sont annexés au domaine royal et nommés « Terre d'Auvergne ».

Ainsi, à partir du début du xiiie siècle, l'ancien comté d'Auvergne se trouve morcelée en quatre entités politiques aux statuts inégaux:

 - Le comté d'Auvergne : petite région centrée sur Vic-le-Comte, qui représente désormais à elle seule, et jusqu'au xviie siècle, le comté d'Auvergne. Guy II et ses successeurs conserveront des liens avec les rois d'Angleterre, dont ils recevront quelques subsides. Ils ne consentiront jamais à aucun traité avec les rois de France susceptible d'admettre leur dépossession.

 - Le Dauphiné d'Auvergne : région située à l'ouest d'une ligne Clermont-Issoire, qui comprend cependant à l'origine la capitale comtale Montferrand (la ville sera perdue en 1224). Robert-Dauphin, qui succède à Guillaume VII le Jeune, s'installe à Vodable, où il entretient une riche cour. Mécène, amateur des arts et des lettres, il est lui-même poète (ou troubadour). Ses œuvres personnelles et celles de ses protégés contribuent largement à la renommée de la poésie médiévale auvergnate en langue d'oc.

La seigneurie épiscopale de Clermont : propriété de l'évêque de Clermont, comprenant surtout la ville de Clermont elle-même, ainsi qu'un grand nombre de petits fiefs laïcs ou ecclésiastiques disséminés relevant de l'évêque. Elle s'agrandit, après la confiscation des terres du comte, de possessions situées à l'est de Clermont, dont les villes de Billom et Lezoux, offertes par Philippe-Auguste.

 - La Terre d'Auvergne, qui devient en 1360 le duché d'Auvergne: terres confisquées par le roi, qui comprennent la majeure partie de la Haute-Auvergne et une large part de la Basse-Auvergne. Elle est administrée par un bailli royal. Territoire très vaste, elle est découpée administrativement avec la création, en Haute-Auvergne, vers 1260, du bailliage ducal des Montagnes, qui précède le découpage du diocèse, en 1317, avec la création du diocèse de Saint-Flour. Le roi Louis VIII la donne en apanage à son fils Alphonse de Poitiers, qui gouverne ses domaines de loin. Ce dernier n'ayant pas d'enfant, la Terre d'Auvergne revient à la couronne en 1271. Elle est remise en apanage à Jean de Berry, et érigée en duché, en 1360, avant d'être transmise par mariage aux ducs de Bourbon. Le duché d'Auvergne a pour capitale la ville de Riom.

À ces quatre divisions politiques, issues des vicissitudes de la dynastie comtale, il convient d'ajouter une cinquième région qui faisait partie de l'Auvergne, mais qui était toujours restée indépendante de l'ancien comté :

 - Le Carladès, vicomté dont le territoire comprend la plus grande partie de celui de l' abbaye d'Aurillac dont il mouvait. En effet, cette dernière avait été l'héritière au xe siècle de son fondateur, Géraud d'Aurillac, comte et titulaire d'un alleu carolingien qui était indépendant du comté d'Auvergne et dont le ressors de justice occupait à l'origine toute la moitié Sud-Ouest du Cantal. La vicomté de Carlat avait pour capitale Carlat, et la ville de Vic-en-Carladès. Il est réuni une première fois au reste de l'Auvergne lorsqu'il est acheté en 1392 par Jean Ier, duc de Berry, duc d'Auvergne, une seconde fois à la Couronne en 1477 lors de sa confiscation à Jacques d'Armagnac.

 

Le XIVe siècle : le siècle des malheurs

Le xive siècle, époque sinistre et mouvementée, marque une rupture dans l'histoire de l'Auvergne, et la réunion de la Haute et de la Basse Auvergne. Le comte Jean II d'Auvergne se voit confisquer sa terre par le roi Jean II qui la donne à son fils Jean (1340-1416) duc de Berry, marié en 1360 à Jeanne d'Armagnac (?-1387). Il rachète en 1392 le Carladès qui se trouve pour la première fois réuni dans les mêmes mains que le comté d'Auvergne.

L'Auvergne est surtout durement touchée par le long conflit franco-anglais et ses conséquences. Le pays passe d'une ère de vitalité et de prospérité à une époque de désolation.

Anglois, routiers, compagnies et tuchins

La guerre de Cent Ans n'a, en Auvergne, que rarement impliqué de véritables anglais. Ceux qui sont parfois désignés par ce terme sont le plus souvent des routiers, hommes d'armes français recrutés sur les terres soumises à l'Angleterre, souvent dans le sud-ouest de la France, groupés en grandes compagnies, qui pillent et rançonnent les villes auvergnates. Montferrand est ainsi prise en 1388 par la compagnie du routier « Perrot le Béarnais ». Les villes se fortifient, et vivent dans la terreur des compagnies qui sévissent dans le pays, comme les bandes de bretons de Thomas de La Marche, qui ravagent le Brivadois. La tentative d'occupation de la Basse-Auvergne par le duc de Lancastre, chassé du pays en 1375 par les seigneurs auvergnats et bourbonnais, représente la seule incursion anglaise conséquente en Auvergne. En revanche, après 1375, les routiers s'implantent solidement en Haute-Auvergne, menés par leurs capitaines, qui occupent les châteaux et se conduisent comme les nouveaux seigneurs. Ils ne seront chassés que par une forte expédition royale en 1392.

C'est vers les années 1370 que naît le mouvement, un peu énigmatique, des Tuchins. Même l'étymologie du mot n'est pas sûre : il pourrait signifier « Tue-chiens ». Il s'agit de fortes bandes, cultivant le secret, menant des actions violentes, dirigées contre les Anglais, leurs alliés, et les nantis. Le mouvement, qui sévit principalement en Haute-Auvergne, est populaire, patriotique, à caractère social. Les Tuchins refusent en particulier toute trêve avec l'envahisseur, mettant volontairement en danger tous les traités de paix. Cependant, en s'attaquant de plus en plus aux riches, ils ressemblent de plus en plus à de simples brigands. Le duc de Berry lance contre eux une expédition, et les écrase en 1384, ne laissant que de petites bandes survivantes.

La peste noire

Terme très employé dans les textes de l'époque, la peste noire semble désigner toutes sortes d'épidémies, dont la peste proprement dite. Répandue partout en France, elle frappe très durement l'Auvergne, en particulier en 1348-1349, en 1360 et en 1383. La mortalité très élevée a un impact considérable sur l'activité de la région, totalement démunie contre ce mal, devant qui toute médecine est impuissante.

 

Les Bourbons

 

 


 

 

La puissante maison de Bourbon, est née au xe siècle, à Bourbon-l'Archambault. Ses domaines grandissent rapidement au cours des siècles suivants, au détriment des provinces voisines, jusqu'à constituer une grande province, au nord de l'Auvergne, dont le roi Charles le Bel fait un duché en 1327. En 1371, le duc Louis II de Bourbon, épouse Anne, dauphine d'Auvergne, fille du dauphin d'Auvergne Béraud II, et hérite ainsi du dauphiné d'Auvergne. Son fils, Jean Ier, duc de Bourbon et dauphin d'Auvergne, épouse quant à lui la fille de Jean de Berry, duc d'Auvergne, et hérite du duché d'Auvergne en 1416-

Ainsi, à partir de 1416, la quasi-totalité de l'Auvergne est commandée par les Bourbons, et le restera pendant un siècle. Seule la seigneurie épiscopale de Clermont leur échappe, ainsi que le petit comté d'Auvergne, lequel passe par mariage en 1437 à la famille de la Tour, vieille famille auvergnate, qui prend le nom de la Tour d'Auvergne. Madeleine de la Tour d'Auvergne, fille du comte Jean III, épouse en 1518 Laurent II de Médicis, et donne naissance à Catherine de Médicis, qui hérite du comté en 1524, et devient donc comtesse d'Auvergne avant de devenir reine de France. Devenue reine, elle profitera d'ailleurs de sa position pour déposséder l'évêque et ajouter la seigneurie de Clermont à ses biens en 1551.

La fin de la guerre de Cent Ans permet la reprise économique et la reconstruction des villes et des campagnes, et même, au cours du xve siècle, un certain essor commercial et agricole- Les villes commencent à jouer un rôle politique important, en particulier les treize bonnes villes de Basse-Auvergne, mais aussi quelques villes de Haute-Auvergne.

Les Bourbons s'opposent régulièrement aux rois de France au cours de ce siècle. Le conflit culmine lorsque le connétable Charles III de Bourbon, duc de Bourbon et d'Auvergne, trahit François Ier, et passe au service de son ennemi Charles Quint. Ses domaines sont confisqués, et l'Auvergne retourne au domaine royal en 1527.

 

Source

André-Georges Manry, Histoire de l'Auvergne, Éditions Privat, 1974

 

 

 

 

 

 

Commentaires (3)

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