A la mort de Clovis, l'Anjou est incorporé au royaume franc d'Austrasie, et en 613, le territoire est relié à la Neustrie. Cependant, l'Anjou va faire face à une nouvelle menace, qui durera plusieurs siècles, avec l'arrivée des Bretons, chassés de l'île de Bretagne par les invasions saxonnes et angles. Grégoire de Tours indique que les Francs durent lever à plusieurs reprises des troupes contre les Bretons dès les Ve siècle et VIe siècle-
En 753, Pépin le Bref prend Vannes et décide de créer la marche de Bretagne, afin de protéger le royaume Franc des incursions bretonnes. Cette première marche englobe les villes de Rennes, Nantes et Vannes.
En 849, les hostilités reprennent, avec des raids bretons en profondeur en Francie occidentale et la prise de Rennes et de Nantes. Erispoë écrase l'armée franque à la bataille de Jengland. Au traité d'Angers en 851, Charles le Chauve concède les insignes de la royauté à Erispoë, avec les comtés de Rennes et de Nantes ainsi q ue le pays de Retz. La marche de Bretagne est alors totalement incorporée au royaume de Bretagne.
Dans le même temps, les Normands, menés par Hasting, entament dès 852 une série de raids, qui les mèneront au pillage de Saint-Florent-le-Vieil. Ils s'installent alors sur une île voisine, et organisent le sac d'Angers. Afin de contrecarrer ces invasions bretonnes et normandes, Charles le Chauve crée en 853 une vaste marche frontière formée des territoires de l'Anjou, de la Touraine et du Maine, et la confie à Robert le Fort (arrière-grand-père de Hugues Capet).
Quelques années plus tard, le traité d'Angers vole en éclat. Salomon de Bretagne repart en
guerre en 863 contre le pouvoir royal. Il pousse ses troupes jusqu'à Orléans. Charles le Chauve négocie alors le traité d'Entrammes, concèdant le territoire d'Entre deux rivières (entre Mayenne et Sarthe) en échange de la paix et de l'aide bretonne contre les Normands. Il décide également d'ériger en 864 l'Anjou en comté.
Robert le Fort est tué dans un combat contre les Normands à Brissarthe, en 866. La Marche de Neustrie revient alors à Eudes, fils de Robert, mais Charles le Chauve le démet en 868 de cette fonction qu'il donne à Hugues l 'Abbé. Ingelger devient dans le même temps vicomte d'Angers. Les Normands d'Hasting poursuivent leurs raids et s'emparent une nouvelle fois d'Angers en 872, malgré la construction d'un pont fortifié par Charles. Charles le Chauve assiège alors la ville avec l'aide de Salomon de Bretagne, et réussit à en chasser les Normands en 873. Ceux-ci prennent Angers une ultime fois en 886.
En 879, Ingelger reçoit de Louis II le Bègue, pour s'être distingué contre les Bretons et Normands, la moitié de l'Anjou à l'est de la Mayenne, la partie ouest étant propriété des comtes de Nantes. A sa mort, son fils Foulque Ier acquière le titre de vicomte d'Angers.
Le Comté d'Anjou
La naissance du comté
En 909, à la suite de la mort d’Alain Ier de Bretagne, Foulque Ier d’Anjou reçoit le comté de Nantes
. Il est chargé de lutter contre les Normands et les Bretons. Néanmoins Nantes est prise par les Normands en 914. Malgré cette razzia normande, Foulque Ier conservera le titre de comte de Nantes, mais celui-ci ne fut définitivement reconnu qu’en 930, en même temps que son titre du comte d'Anjou, quand son suzerain Hugues le Grand le qualifia comme tel dans une de ses chartes. Foulque Ier passa la plus grande partie de sa vie à combattre les raids vikings. Le comté de Nantes restera lié aux comtes d’Anjou puis par la suite passera sous l a domination angevine des Plantagenêts jusqu’en 1203.
Sous Foulques II le Bon, le domaine connait enfin une prospérité relative, surnommée la paix angevine. Il s'empare néanmoins de Montreuil-Bellay aux dépens de Guillaume III, comte de Poitiers, mais son acte le plus notable est la cession de Saumur au comte de Blois Thibaut le Tricheur. Ses successeurs n'auront de cesse, pendant plus d'un siècle, de faire revenir la ville dans le domaine angevin.
Geoffroy Ier Grisegonnelle, à l'opposé de son père, développent la puissance et l’influence du comté d’Anjou en reprenant les hostilités.Il arrive à arracher le Loudunais, le Mirebelais et Thouars à l'Aquitaine en 973. Il participe également à la bataille de Conquereuil aux côtés du comte de Nantes, Hoël 1er, contre Conan Ier de Bretagne, comte de Rennes. Geoffroy Ier étend le domaine angevin sur la rive sud de la Loire jusqu’aux portes de Nantes et à la limite de la rivière de la Sèvre nantaise. Il fait construire au sud de Nantes un puissant bastion au Pallet dont il reste de nos jours un immense donjon.
L'essor angevin
Le comté d'Anjou vers 1050.
Son successe ur, Foulques III Nerra, dirige le comté de 987 à 1040. En guerre ouverte avec Eude Ier, comte de Blois, il n'aura de cesse de tenter de récupérer Saumur et d'agrandir son influence vers l'est, sur Tours. Après une tentative raté de Conan le Tort, comte de Rennes, de s'emparer de Nantes, le roi de France, Hugue Capet confirme les possessions angevines sur l'Outre-Maine. Foulque fortifie alors ses positions en Touraine, entre autres par l'édification des châteaux de Semblançay, de Langeais, de Montbazon et de Montrésor. Il fait de même dans les Mauges, qu'il acquiert de manière plus pacifique, édifiant les forteresses de Montrevault et de Passavant-sur-Layon entre autres. Il écarte enfin la menace rennaise en tuant Conan Ier de Bretagne à la seconde bataille de Conquereuil;
Début 990, Eudes Ier, comte de Blois, lance une offensive contre la présence angevine en Touraine, et s'empare de Montbazon. Il met le siège devant le château de Langeais où s'est réfugié Foulque, mais l'arrivée du roi Hugues Capet au secours de l'angevin met fin à son entreprise. A la mort d'Eudes, Hugue Capet, allié de Foulque, arbitre en sa faveur: il récupère alors Montbazon et occupe Tours.
Mais la mort d'Hugue Capet redistribue les alliances. Robert le Pieux, épris de Berthe de Bourgogne, veuve d'Eudes, repr end à son compte la cité de Tours et celle de Langeais à Foulques Nerra, rompant ainsi l’alliance angevine, fidèle soutien du feu roi Hugues Capet. Au lieu de tenter un conflit ouvert avec le roi de France, Foulque va dénoncer la consanguinité de l'union entre Robert et Berthe qui les forcera à se séparer en 1003. Foulque reprend alors son offensive en Touraine. En 1005, il construit le château de Montrichard, puis le château de Trèves en vue de prendre Saumur, toujours possession de Blois. En 1017, il érige la forteresse de Montboyau qui permet alors d'isoler Saumur de Blois. Eudes II, comte de Blois tente alors de reprendre l'avantage en Touraine, mais échoue à Montrichard face à l'alliance de l'Anjou et du Maine. En 1025, il lance une nouvelle offensive sur Montboyau. Les hommes de Saumur viennent lui prêter main forte. Foulque Nerra profite que la ville soit dépourvu de défense pour la prendre, et la mettre à sac (afin de se racheter de cet acte, il fait construire l'Abbaye du Ronceray). Le comte de Blois, en échec à Montboyau, tente alors de prendre Ambroise, allié de l'Anjou, puis tente de reprendre Saumur. A la fin de la guerre, Eudes II cède Saumur contre la destruction de Montboyau.
Son fils, Geoffroi II Martel, achève la conquête de la Touraine aux dépens du comte de Blois. En 1044, il mène une campagne qui verra la défaite du partie blésois, et la prise de Tours, but ultime, par les angevins. Il se tourne en suite vers le comté du Maine. Depuis les années 1030, le territoire est en proie aux influences étrangères: angevine, blésoise et normande. A la mort du comte Hugues IV du Maine, Geoffroy profite de la minorité du jeune Herbert II pour s'arroger l'administration du comté- Ce faisant, il se heurt à Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, dont l'influence grandit à mesure que son duché monte en puissance. En 1052, avec l'appui du roi de France, Henri Ier, il chasse les angevins, sans détruire complétement leur influence sur le Maine. Mais le rapport de force se retourne, la puissance du duché de Normandie devenant gênante pour le roi de France. Il s'allie alors avec Geoffroy afin de chasser Guillaume du Maine, mais l'alliance franco-angevine ne parvint pas à bout des forces normandes-
La crise châtelaine
À sa mort, Geoffroy ne laisse pas de fils. Il partage donc ses possessions entre ses deux neveux : Geoffroi III le Barbu a la meilleure part l'Anjou et la Touraine, tandis que Foulques IV le Réchin reçoit la Saintonge et la seig neurie de Vihiers.
En 1061, Guy-Geoffroy-Guillaume VIII, duc d'Aquitaine occupe la Saintonge, mais Geoffroy et Foulque le battent à Chef-Boutonne et Foulque récupère la Saintonge, cependant pour peu de temps, car Guillaume la reprend l'année suivante et chasse l'armée de Foulque.
Ne voulant se contenter de la seigneurie de Vihiers, il prend le tête de l'opposition baronniale contre son frère, lorsque celui-ci s'empêtre dans une dangereuse lutte contre le clergé. Il gagne facilement à sa cause quelques-uns des plus puissants vassaux de Geoffroy le Barbu, son frère, abandonné déjà par le clergé et excommunié par le légat papal: il s'empare de Saumur le 25 février 1067, puis marche sur Angers le mercredi-saint 4 avril 1067. Grâce à la trahison de Geoffroy de Preuilly, de Renaud II de Château-Gontier, de Giraud de Montreuil et du prévôt d'Angers, nommé Robert, s'empare de la personne de Geoffroy et le jette en prison. La punition des traîtres ne se fait pas attendre. Foulque Réchin ne put ou ne voulut pas
préserver ses affidés de la vengeance populaire. Le lendemain jeudi-saint, une émeute terrible soulève la ville : Renaud de Château-Gontier, Geoffroy de Preuilly, Giraud de Montreuil, sont massacrés ; le prévôt, appréhendé à son tour, a bientôt après un sort semblable.
Après une courte réconciliation avec son frère, le combat reprend, et Foulque le capture, le dépose et l'emprisonne à nouveau à Chinon.
Certains de ses nouveaux vassaux, parmi lesquels Sulpice II d'Amboise, contestent son titre, il aura toujours affaire à une opposition en Anjou, où s'installe l'anarchie féodale. Pour s'assurer du soutien du roi Philippe Ier, il lui cède le Gâtinais. Il doit soumettre un par un ses vassaux turbulents, n'hésitant pas à prendre et incendier des châteaux.
Pour résister au duc de Normandie Guillaume le Conquérant, il conclut plusieurs alliances, mariant sa demi-sœur Hildegarde à Gui-Geoffroy-Guillaume VIII d'Aquitaine et sa fille Ermengarde d'Anjou au duc de Bretagne Alain Fergent. Il soutient aussi les barons du Maine en révolte contre le duc de Normandie.
Il a avec l'archevêque de Tours une querelle qui faillit le faire excommunier; mais ses libéralités lui assurent l'indulgence des commissaires nommés par le pape pour examiner sa conduite. Bertrade de Montfort, sa femme, lui est enlevée par Philippe Ier de France, roi de France. Il doit aussi combattre la révolte de son fils Geoffroy IV Martel, qui, plus tard, en commis du comté, est tué au siège de Candé en 1106. Après une domination politique reconnue de quarante-et-une années, il meurt à Angers en 1109.
Montée en puissance d’une principauté
A la fin du règne de Foulque le Réchin, l'Anjou se trouve affaiblit. Le Gâtinais a été donné au roi de France, le Maine est sous domination bretonne, la Touraine s'émancipe. De plus, l'agitation des vassaux continue de plus belle.
Fils de Foulque le Réchin, Foulques V le Jeune devient comte du Maine et d'Anjou en 1109. Il soumet les vassaux rebelles, prenant les châteaux de Doué et de l’Isle-Bouchard (1109), de Brissac (1112), de Montbazon (1118) et de Montreuil-Bellay (1124). Il réprime également les tentatives d’indépendances des bourgeois, freine les mouvements d’émancipation communale et se fait obéir de la féodalité ecclésiastique-
Juste après son avènement, il épouse Erembourg, fille et héritière d'Hélie de Beaugency, comte du Maine. Ce mariage rattache définitivement le Maine à l'Anjou, mais le contraint à mener une politique louvoyante entre Henri Ier Beauclerc, roi d'Angleterre et duc de Normandie, et Louis VI le Gros, roi de France -
Mais son action ne se limite pas à une politique intérieure, et il intervient dans le conflit qui oppose les héritiers de Guillaume le Conquérant. Il s’allie au roi Louis VI le Gros, reçoit en échange la charge de sénéchal et soutient avec son roi la cause de Guillaume Cliton, prétendant au duché de Normandie contre son oncle Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre. En 1112, l’aide de Louis VI lui permet de conserver le Maine envahit par Henri Beauclerc. En 1113, il se rapproche du roi anglais et fiance sa fille Mathildeà Guillaume Adelin, fils d’Henri Beauclerc. En 1116, il revient à l’alliance capétienne et combat Thibaut IV de Blois, neveu d’Henri et ennemi de Louis VI, puis participe à la campagne de Louis VI en faveur de Guillaume Cliton et contre Henri. La mort au combat du comte Baudouin VII de Flandre (1119), autre soutien de Guillaume Cliton, incitent Louis et Foulque à conclure un accord avec Henri Beauclerc, et Guillaume Adelin épouse Mathilde-
Foulque profite de cette paix pour effectuer un pèlerinage à Jérusalem qu’il atteint en mai 1120 et où il se fait apprécier par sa valeur, son courage et sa piété. Quand il rentre en Europe, il apprend que Guillaume Adelin était mort le 25 novembre 1120 dans le naufrage de la Blanche-Nef, et qu’Henri Beauclerc refuse de rendre la dot. Foulque soutient de nouveau les prétentions de Guillaume Cliton, qu’il marie en 1123 à sa seconde fille Sibylle et lui donne le Maine en dot, mais le pape intervient et annule le mariage le 26 août 1124-
Foulque n’en continue pas moins à soutenir Guillaume Cliton, mais la situation change encore 1127. D’une part, Charles le Bon, comte de Flandre est assassiné le 2 mars 1127, et Guillaume Cliton, petit-fils de Mathilde de Flandre et beau-frère de Louis VI le Gros par son second mariage, revendique le comté de Flandre. D’autre part, Mathilde, l’unique enfant légitime d’Henri Beauclerc, veuve de l’empereur Henri V depuis 1125, est reconnue héritière du royaume d’Angleterre par son père qui propose sa main à Geoffroy, fils aîné de Foulques. L’accord est rapidement conclu et le mariage est célébré au Mans le 17 juin 1128, jetant ainsi les bases de l’empire plantagenêt. Trois mois plus tôt, le 31 mai 1128, Foulque avait pris la croix et, après une dernière visite à Fontevrault où s’était retirée sa fille Mathilde, veuve de Guillaume Adelin, confie tous ses domaines à son fils et part définitivement en Terre Sainte, au début de l’année 1129-
Quand le roi Henri Ier d'Angleterre mourut en 1135, laissant son trône sans héritier mâle, le cousin de Mathilde, Étienne de Blois, s'empara du trône d'Angleterre et du même coup du duché de Normandie. Pendant que son épouse tournait son attention vers l'Angleterre, Geoffroy concentra la sienne sur la conquête de la Normandie. Après une vaine tentative en 1135, il entama à partir de 1136 une conquête systématique qui allait durer onze ans. Il fait hommage au roi Louis VI pour le duché, hommage qu'il renouvelle auprès du nouveau roi Louis VII en 1141. Il est maître de Caen, Bayeux, Lisieux, Falaise en 1141. Avranches tombe en 1143 et Arques en 1146.
Avec ces possessions, Geoffroy devient le plus puissant vassal du roi de France. Les rentrées annuelles du trésor normand sont alors évaluées à 260000 livres tournois, soit autant que le trésor royal. Malgré le titre ducal, il semble que Geoffroy considère alors la Normandie comme une dépendance de L'Anjou. Alors que la monnaie angevine et mancelle circulait en Normandie, il fait fermer les ateliers monétaires de Bayeux et Rouen-
Geoffroy réprima aussi trois révoltes de barons en Anjou, contre le vicomte de Thouars Aimery VI en 1129, 1135 et 1145-1151. Il faudra 3 ans de siège, à partir de 1148, pour que ne tombe la place de Montreuil-Bellay. La menace de rébellion ralentit son avance en Normandie, et semble être une raison de sa non-intervention outre-Manche.
Dans les dernières années de sa vie, il consolida son contrôle sur la Normandie en réformant l'administration du duché et en 1150, il associa Henri à son gouvernement.
L'Empire Plantagenêt
Des origines à l'épanouissement
Au lendemain de la mort de Guillaume le Conquérant, l'Angleterre entre dans l'ère des affrontements dynastiques et, avec elle, les fiefs continentaux auxquels ne renoncent ni ses rois ni leurs barons. Les Capétiens jugent habile de diviser les forces de leurs redoutables vassaux. Louis VI, après 1135, promet le duché normand à plusieurs prétendants avant que Louis VII en reconnaisse, en 1149, la possession à Geoffroi Plantagenêt, qui s'en était emparé cinq ans plus tôt : mais, la maison d'Anjou ainsi renforcée, un bloc considérable se forme en 1154 quand Henri, fils de Geoffroi, petit-fils par sa mère, Mathilde, de Henri Ier, monte sur le trône d'Angleterre. Époux depuis 1152 de la duchesse Aliénor d'Aquitaine, il se trouve à la tête d'un véritable empire qui menace de son hégémonie le royaume de France médiévale. Celui-ci bénéficie du miracle de l'affaiblissement rapide, en un demi-siècle, d'un rival qu'il contribue d'ailleurs de son mieux à réduire.
Le premier souverain Plantagenêt, Henri II, a régné trente-cinq ans et il a tenté la gageure de vouloir centraliser le gouvernement de ses possessions. L'amalgame des principaux serviteurs de la couronne (les chanceliers Thomas Becket, Raoul Wanneville, cauchois et normand, les justiciers Guillaume Fitz Raoul, Richard de Lucé et Gautier Map, tous normands, le trésorier Richard d'Ilchester, anglais) témoigne de ce désir tout comme l'identité des politiques administratives dans les diverses possessions angevines : le système judiciaire anglais copié en Normandie, les responsabilités des shérifs en Angleterre rendues semblables à celle des baillis normands. Une cour hétéroclite de plus de deux mille fidèles en 1077 est le vivier d'inspecteurs envoyés en chevauchée comme de conseillers épisodiques. Même l'armée se diversifie en employant des mercenaires aragonais, auvergnats, bigourdans. En fait, l'entretien d'un domaine immense qui, sur le continent, correspond à une moitié de la France, de Rouen à Bayonne, de la Somme aux basses Pyrénées, impose un énorme effort militaire et de lourdes dépenses de déplacement ou de solde en garnisons à opposer à l'ennemi capétien ou breton. Henri II paye aussi le prix de la puissance, verse des aides à ses alliés de Flandre ou d'Allemagne, participe aux frais des croisades, répond aux appels financiers de la papauté.
Les craquements sont inévitables. Ils sont faits de révoltes de grands vassaux. Ils deviennent plus évidents à partir de 1173. Les fils du roi, Henri le Jeune, Richard, Geoffroi (mais non Jean, alors âgé de huit ans), prennent les armes avec l'assentiment de leur mère, Aliénor, gagnent l'appui du roi de France, Louis VII, font régner le désordre en Gascogne, en Anjou, en Normandie, en Bretagne, encouragent par leurs actes une invasion de la Normandie par Louis VII, associé aux comtes de Flandre et de Boulogne. Les troubles gagnent l'Angleterre, où les comtes de Chester, de Norfolk et de Leicester guerroient contre le justicier Robert de Lucé, et se prolongent par une nouvelle guerre écossaise. La paix générale sur le continent n'est restaurée qu'après de pénibles batailles par la paix de Montlouis (septembre 1174) et par un pardon généreux aux fils rebelles. L'année suivante s'achèvent également des conflits britanniques, après la capture ou la soumission des révoltés ainsi que celle du roi d'Écosse qui, en décembre 1174, est même obligé de se reconnaître le vassal de son cousin anglais.
Ce n'est qu'un sursis. Les années 1180 acculent le roi vieillissant à de nouvelles luttes ; le prince héritier Richard, depuis la mort de Henri le Jeune en 1183, intrigue avec le jeune roi de France, Philippe Auguste ; même Jean sans Terre trahit son père. Henri II subit maintes défaites avant de mourir en 1189, à Chinon, dans les bras d'un fils redevenu fidèle, Geoffroi.
L'empire angevin a pourtant survécu. Mais Richard Cœur de Lion hérite aussi des difficultés anciennes. Après son départ pour la croisade, son royaume est confié à Jean, qui lui est peu fidèle ; il revient en 1194 pour reprendre en main ses possessions. Des dépenses énormes sont alors engagées pour résister aux ambitions françaises ; on construit l'« imprenable » forteresse de Château-Gaillard, aux Andelys, sur la SeineLes Andelys, pour couvrir la Normandie (1198). Partout, ce ne sont que révoltes sporadiques, de l'ouest au sud, et c'est dans le Limousin que Richard est mortellement blessé le 6 avril 1199.
Effondrement et survivances
À partir de là, malgré les efforts de Jean sans Terre, l'effondrement est rapide. Philippe Auguste se sert de la force, mais aussi du droit féodal pour prononcer la commise des fiefs tenus du roi de France : entre 1202 et 1206, toutes les possessions continentales, sauf l'Aquitaine, sont ainsi reprises, et le roi de France exige en 1205 des barons anglo-normands qu'ils choisissent entre leur royaume et leurs fiefs continentaux. La bataille de Bouvines du 27 juillet 1214 consacre la fin des efforts anglais, avec l'assistance de la Flandre et de l'Empire germanique, pour remettre en question les évolutions antérieures. Pire : le roi de France, prétendant épouser la cause du pape Innocent III, se propose d'envahir l'Angleterre et force pratiquement Jean à se jeter dans la vassalité du Saint-Siège pour échapper à un difficile destin. Ce qui n'empêche pas un débarquement français, l'entrée à Londres du prince Louis (le futur Louis VIII) à la tête de mille deux cents chevaliers, et sa revendication du trône : la mort de Jean, le 19 octobre 1216, et la fidélité de grands vassaux et de l'Église à son fils Henri III écartent le risque paradoxal d'un empire anglo-français sous domination capétienne.
Le règne catastrophique de Jean sans Terre fit de lui l'archétype du mauvais roi, dont l'autoritarisme, la fourberie et la lâcheté ont mis en péril le royaume, comme le signifie naïvement cette enluminure le représentant ceint d'une couronne mal ajustée, aux côtés des trois autres premiers rois -
L'empire angevin, lui, est mort, sauf dans les esprits. Henri III, devenu maître réel du pouvoir à vingt-cinq ans, en 1232, est très sensible à l'influence d'un « parti français » à sa cour, sous la protection de la reine Aliénor de Provence, et il cherche vainement les moyens de reconquérir les territoires perdus. Il doit finalement souscrire en 1259 au traité de Paris, obtenant de Saint Louis la seule reconnaissance de ses possessions de Guyenne et des diocèses de Limoges, de Périgueux et de Cahors.
L'heure n'était manifestement pas aux grands ensembles artificiellement réunis, sans que même la suzeraineté féodale ni le lien d'une autorité monarchique unique viennent les cimenter. La valeur des souverains angevins a été moins en question que la démesure des moyens qu'il leur aurait fallu mettre en œuvre pour préserver leurs possessions. Surtout, en cherchant à obtenir ces moyens en Angleterre, ils ont précipité l'émergence d'oppositions puissantes : celle de l'Église, qu'incarne un temps Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry à partir de 1162, jusqu'à son assassinat en 1170 ; celle des grands vassaux, au nombre desquels des prélats et des abbés, révoltés aussi bien par l'exigence de services armés trop fréquents et trop lointains que par les compensations en argent qui leur sont demandées lorsqu'ils se dérobent. Dans une large mesure, la rébellion déclenchée par les comtes de Chester, de Leicester et de Norfolk en 1214 est née de cette protestation et elle conduit, le 15 juin 1215, à la signature de la Grande Charte, qui entend consacrer le droit des barons à consentir au préalable les aides sollicitées par le roi : ils espèrent bien ne pas se soumettre au service d'ost hors de l'Angleterre. Et ce refus est réitéré en 1242. Privé du soutien de sa féodalité, le roi pouvait certes recourir à des mercenaires, mais le cycle des dépenses à engager devenait alors infernal.
Le « rêve français » des rois d'Angleterre n'est pas mort, et on le verra renaître au temps de la guerre de Cent Ans. Le précédent de l'échec de l'empire angevin ne servit pas de leçon aux successeurs de Jean sans Terre et de Henri III qui commirent les mêmes erreurs et constatèrent qu'elles suscitaient les mêmes obstacles et aboutissaient aux mêmes échecs !
Roland MARX
L'Anjou dans la guerre de Cent Ans
Dans la seconde moitié du XIVe siècle, l'Anjou entre, en même temps que l'Europe occidentale, dans une phase de crise. Les famines se firent plus nombreuses, affaiblissant une population déjà sans hygiène, préparant ainsi un terrain propice au développement des épidémies meurtrières. La peste noire fit son apparition en France à la fin de l'année 1347. Elle se propage rapidement, et en novembre 1348, elle se déclare à Angers, dans le quartier de la Doutre, au couvent des Augustins pour s'étendre par la suite à l'ensemble de la province. Pour rajouter au malheur de la population angevine, le conflit entre Capétiens et Plantagenêt prend soudainement un tour dramatique avec la déclaration de la Guerre de Cent ans en 1337.
Mais pour l'Anjou, la guerre reste encore loin de ses frontières, d'autant plus que la Guerre de Succession de Bretagne bat son plein. Philippe VI, roi de France, soutient la Maison de Blois à la succession du Duché de Bretagne. Il réunit 7000 mercenaires génois à Angers pour le 26 septembre 1341 et quitte Angers début octobre 1341. Il bouscule Jean de Montfort à L’Humeau, puis assiège Nantes où il s’est réfugié. Il enlève la forteresse de Champtoceaux qui, sur la rive gauche de la Loire, verrouille l'accès de Nantes- Le parti de Montfort va alors demander de l'aide au roi d'Angleterre, qui va envoyer dés 1342 une partie de ses troupes en Bretagne. Une fois la trêve de Malestroit signée, Croquart, capitaine à la solde des anglais, décide de mener ses bandes en Anjou, qu'il dévaste en 1348alors que deux ans plus tôt, la noblesse angevine avait souffert à la bataille de Crécy.
Les nobles angevins souffrent une nouvelle fois lors de la bataille de Poitiers en 1365, au cours de laquelle Jean II de France est fait prisonnier. La bataille d'Auray, d'après la Chronique de Bertrand du Guesclin par Cuvelier La France glisse vers l'anarchie, et en 1357, des bandes de routiers et de tard-venus dévastent la province, et s'emparent de l'Abbaye de Louroux qu'ils pillent. Ils fortifient ensuite l'édifice religieux afin de s'en servir comme retranchement pour mener des raides dans le territoire angevin .
Début 1361, Bertrand Du Guesclin et Guillaume Ier de Craon se rendent à Juigné-sur-Sarthe pour y combattre Hugues de Calverly. En plein milieu du combat, Guillaume et 80 de ses hommes d'armes perdent pied et s'enfuient, laissant Du Guesclin se faire prendre avec ses hommes. Dans le même temps, pour honorer le Traité de Brétigny, Louis Ier, duc d'Anjou et du Maine, se rend en Angleterre comme otage. Il s'en évade trois ans plus tard, lève une armée dans ses territoires et part en Guyenne combattre les anglais. En 1363, La Flèche est prise par les anglais. En 1365, la bataille d'Auray met un terme à la Guerre de Succession de Bretagne, désœuvrant de nombreux mercenaires qui vont alors s'abattre sur l'Anjou désarmé- En 1368, 500 anglais déguisés en paysans entrent dans la ville de Château-Gontier un jour de marché, et s'en emparent, ainsi que plusieurs villages aux alentours. L'Anjou va dès lors voir les affrontements armées se multiplier.
En 1369, Jean Chandos s'avance avec plus de 500 hommes, pillant la région et ses abbayes sans rencontrer de résistance. Juste après son départ, le comte de Pembroke s'abat à son tour sur l'Anjou avec 300 chevaliers, recrutant les retardataires de l'armée de Chandos, pillant les champs et rançonnant les villages que Chandos avait épargné. Pembroke revient une seconde fois avec Hugues de Calverly et avec plus de 2000 hommes ainsi que du matériel de siège dans le but de faire main basse sur les villes du duché. L'armée anglaise arrive bientôt à Saumur, où elle se fait repousser, non sans avoir dévasté les environs[26]. Hugues de Calverly rallie alors les troupes anglaises, et s'empare en 1370 de l'abbaye de Saint-Maur qu'il converti en forteresse. Disposant d'une base stable, Hugues s'empare des Ponts-de-Cé et peut alors contrôler le trafic fluvial sur la Loire-
Dans le Saumurois, les bandes anglaises de Calverly prennent la seigneurie de Trèves, mais échouent à plusieurs reprises à prendre l'Abbaye de Saint-Florent. Les sentinelles d'Angers ne quittent plus les murs du château: alors que les bandes de Calverly pillent le sud et l'est du duché, Knolles campe sur la Marche Anjou-Bretagne, à l'ouest- Château médiéval de Pouancé, assiégé à deux reprises pendant la guerre. Mais l'hégémonie des anglais touche à sa fin. Le 11 novembre 1370, Du Guesclin chasse les anglais à la bataille de Pontvallain. Robert Knolles doit alors quitter précipitamment l'abbaye du Louroux, qu'il tenait toujours. Du Guesclin profite de sa lancé et chasse les anglais de Saint-Maur, avant de continuer vers le sud.
Les anglais tentent une dernière manœuvre en lançant une attaque sur Angers et Saumur en 1372, sans succès. L'Anjou, débarrassé des anglais, goûte à sa première relative accalmie depuis 30 ans. La bataille de Baugé. Les hostilités reprennent en 1412. Thomas de Lancastre, duc de Clarence, débarque en France, et traverse l'Anjou, avant que la noblesse française ne soit décimé à la bataille d'Azincourt, menant au Traité de Troyes. Cependant, Yolande d'Aragon, en l'absence de son fils Louis III partie en Italie, refuse le Traité et prend la tête de la résistance française- Les anglais vont alors tenter de briser l'Anjou en s'emparant du Maine. En 1419, ils sont au Lude, en 1420, Champtoceaux tombe sous le coup des bretons, qui rasent la forteresse. Le duc de Clarence rassemble alors une armée et s'avance en Anjou. Yolande demande l'aide de Charles VII, roi de France- L'armée franco-écossaise écrase l'armée de Clarence à la bataille de Baugé. Le duc de Clarence lui-même y laisse la vie.
Mais la guerre de s'arrête pas là: les anglais tiennent toujours le Maine, et lancent des raides dans le Haut-Anjou. En 1422, Lord Poole attaque Segré et Chatelais avant d'être arrêté par une armée angevine. En 1427, Saint-Laurent-des-Mortiers est occupé. Un certain nombre de seigneur angevin vont ensuite se battre du coté de Jeanne d'Arc entre 1428 et 1430, tel que Gilles de Rais ou Jean II d'Alençon. Ce dernier va à nouveau combattre les anglais, alliés à son oncle, le duc de Bretagne, lors du siège de Pouancé en 1432, qui ravage tout le Haut-Anjou. Les anglais tentent vainement de prendre Angers en 1434, puis lancent une ultime chevauché en 1443. Le duc de Sommerset tente de traverser le duché, prend Saint-Denis-d'Anjou et s'installe dans l'abbaye Saint-Nicolas qu'il doit quitter après qu'une slave d'artillerie du château d'Angers ait tué un de ses capitains. Sommerset tente alors de prendre la château de Pouancé pendant 3 semaines, en vain, avant de se diriger vers la Bretagne. Cette chevauché sera la dernière tentative anglaise sur le sol angevin. Les campagnes de l'Anjou se libèrent petit à petit des bandes de soudards et de routiers- Pierre de Brézé, sénéchal d'Anjou, de Poitou et de Normandie, va concourir à libérer le reste du royaume. Le Maine est évacué en 1448, suivie de la victoire de Castillon en 1453 qui scelle la fin de la présence anglaise sur la plupart du territoire de France.
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