Histoire du nord

 

Le Moyen Âge : entre France et Saint-Empire

La germanisation partielle de la région

À partir de 406, les derniers vestiges de l'autorité romaine dans la région sont définitivement abattus du fait du déferlement des peuples barbares, Francs ou Germains. Aucune autorité centrale ne parvient à s'affirmer avant l'avènement de Clovis Ier et des Mérovingiens, à la fin du Ve siècle.

Le degré de colonisation par ces peuples d'expression germanique est variable selon les endroits, et se fait plus important au nord qu'au sud. Il s'ensuit l'apparition d'une frontière linguistique assez nette aux environs de Lille : au nord, la germanisation plus intense donnera naissance à la langue flamande. Au sud, les Gallo-Romains arrivent à conserver davantage d'influence et adopteront la langue plus latinisée qu'est le français.

Le retour à une certaine stabilité politique facilite le renouveau de l'urbanisation et l'implantation des autorités ecclésiastiques. Vaast rétablit les évêchés de Cambrai et d'Arras dès le début du VIe siècle, et Audomar (saint Omer) fait de même à Thérouanne. De nombreux monastères voient le jour, comme à Marchiennes, Condé ou Maroilles. Ils joueront un rôle essentiel en défrichant des terres boisées et en asséchant des marécages.

 L'Escaut comme nouvelle frontière

 Le traité de Verdun

Le traité de Verdun, en 843, partageant l'héritage de Charlemagne en trois royaumes, renforce la division entre la mouvance française et la mouvance germanique par une nouvelle frontière. C'est en effet l'Escaut, en raison de son caractère de frontière naturelle, qui est choisie pour délimiter les deux royaumes de Francie occidentale, à l'ouest, et de Francie médiane, à l'est. Ce qui constitue aujourd'hui le département du Nord se retrouve donc dès lors scindé en deux parties, avec d'un côté ce qui deviendra le royaume de France, et de l'autre ce qui deviendra le Saint Empire romain germanique.

Comtés de Flandre, de Cambrésis, de Hainaut et bataille de Bouvines

L'histoire de la région au début du Moyen Âge est très complexe. À l'ouest, le pouvoir royal français trop lointain et trop faible laisse se créer, dès la fin du IXe siècle, le comté de Flandre. Ce vassal théorique du roi de France, qui saura lutter efficacement contre les Normands, se caractérisera en fait par sa régulière insoumission. Les premiers comtes flamands étendent leur juridiction de la Canche à l'embouchure de l'Escaut.

Du côté germanique, on observe la même tendance avec l'apparition d'entités politiques ne devant qu'une obéissance toute théorique à l'empereur. L'évêque de Cambrai, par exemple, accroît grandement ses pouvoirs et devient comte du Cambrésis en 1007. Quant au comté de Hainaut, il n'émerge définitivement qu'au milieu du XIe siècle, après de nombreuses péripéties. Bien plus au nord, le duché de Brabant est de tradition typiquement flamande.

À l'est comme à l'ouest, la qualité déplorable des chemins fait que les voies navigables prennent de plus en plus d'importance. Beaucoup de bourgs apparaissent ainsi le long des cours d'eau : Lille, Valenciennes, Landrecies… Comme en Italie du Nord à la même époque, mais à une échelle moindre, les plus grands centres urbains utilisent leur importance pour obtenir des privilèges de la part de leurs seigneurs, le plus souvent sous la forme de chartes. Certains bourgs s'administrent eux-mêmes en édifiant des maisons de ville, complétées parfois par un beffroi symbolisant l'existence du pouvoir communal.

 

À l'occasion d'une succession délicate concernant le comté de Flandre (et impliquant le comté de Hainaut), le roi de France doit faire face à une coalition réunissant l'empereur, le roi d'Angleterre et le comte de Flandre Ferrand de Portugal. L'affrontement se solde par une bataille décisive à Bouvines en 1214, laquelle voit la victoire de Philippe Auguste. Le roi de France et son successeur Saint Louis seront ainsi en mesure de peser dans les affaires de Flandre et de Hainaut pendant quelques décennies.

 

 La guerre de Cent Ans

La guerre de Cent Ans eut d'innombrables conséquences pour la région. Le comte de Flandre est au service de son suzerain le roi de France, alors que les intérêts économiques des Flamands sont tournés vers l'Angleterre. Quant au comte de Hainaut, c'est tout naturellement qu'il se range du côté de l'empereur, lequel est allié à l'Angleterre. La région est dévastée au XIVe siècle, moins par les combats eux-mêmes que par les épidémies.

 « Bourgogne, Bourgogne ! »

Philippe le Bon, duc de Bourgogne de 1419 à 1467, par d'incessantes manœuvres matrimoniales, met un terme définitif aux comtés de Flandre et de Hainaut et réunit sous sa couronne la totalité de ce qu'on appelle désormais les Pays-Bas (c'est-à-dire à l'époque la Hollande, la Belgique et le nord de la France).

La domination bourguignonne correspond à une période stable et prospère pour la région. Lille devient un pôle administratif de premier plan en accueillant la Cour des comptes de l'État bourguignon. De nouvelles cultures de colza, de fèves, de pois ou de plantes tinctoriales sont semées. En plus de l'industrieux marché de la draperie de qualité se crée la sayetterie avec des étoffes légères conçues spécifiquement pour l'exportation dans toute l'Europe. Sur le plan culturel, on approche aussi à grands pas de l'ère de Froissart, de Guillaume Dufay et surtout de Van Eyck.

 

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