Les cultures au Moyen Âge

 

 

 

 

Le climat se réchauffant jusqu'au XIIe siècle, la culture du blé a pu remonter vers le Nord, en particulier vers les riches terres fertiles de la Beauce, en région parisienne, ou de l'Ukraine, au détriment de l'Afrique du Nord et du reste du bassin méditerranéen.

 

La phénologie développée par l'historien Emmanuel Leroy-Ladurie par l'analyse, année après année de la date de maturité des fruits et céréales, puis l'étude par une équipe de chercheurs américains d'un glacier du Groënland en 1966, sur une profondeur de 1 390 mètres ont permis d'affiner la connaissance de l'évolution climatique au cours des siècles.

 

De 300 avant J.-C. à 400 après J.-C., le climat se réchauffa, facilitant la culture des céréales pour les peuples qui maitrisaient l'irrigation. Ensuite, jusqu'en 800 après J.-C. apparaît une période de refroidissement, suivi d'un réchauffement prononcé entre 800 et 1215, correspondant, vers la fin à la première révolution agricole du Moyen Âge. Cette période plus sèche et plus chaude a joué un rôle déterminant dans le retrait des forêts qui couvraient jusque-là une grande partie du continent européen, selon l'historien des techniques Jean Gimpel. Ce radoucissement a permis de défricher, d'utiliser la charrue, et d'augmenter les rendements céréaliers.


La révolution agricole des XIe, XIIe et XIIIe siècles

Au cours de la deuxième partie du Moyen Âge, les outils simples ont fait place à du matériel plus perfectionné. La charrue lourde à versoir a remplacé l'araire, à partir du XIe siècle, et permit de réaliser des semences plus profondes, en retournant mieux la terre, en particulier les terres riches et grasses de l'Europe du Nord. Elle était inconnue des Romains et ne connut qu'un développement progressif en Europe du Sud, où la terre est plus sèche.

 

La charrue, armée d'un coutre pénétrant verticalement le sol, d'un soc cassant les tiges et d'un versoir recourbé qui rejette la terre sur le côté après l'avoir fendue profondément, jusque-là tirée par l'homme, l'est alors par les animaux, ameublit et retourne la terre, avant le semis, alors effectué à la main. La faucille est remplacée par la faux à la fin du Moyen Âge-

 

Les charrues peuvent alors retourner beaucoup plus de terre que dans l'Antiquité, qui avait connu un collier d'attelage défectueux. Le « collier au garrot » antique rendait les gros transports impossibles, d'où le recours au travail manuel, par l'esclavage, selon l'officier français et historien des techniques Richard Lefebvre des Noëttes ( 1856 – 1936), qui a publié 1924 un ouvrage qui fit date La Force animale à travers les âges ( Paris, Berger-Levrault), puis développa ses thèses dans une série d'articles parus dans le Mercure de France.

 

La traction hippique a permis d'augmenter les rendements agricoles même si les deux animaux ont la même force de traction, le cheval pouvant travailler deux heures de plus et avancer à une vitesse supérieure de 50%, soit 1,10 mètre par seconde en moyenne contre 0,73 mètre par seconde pour le bœuf. En France, notamment dans le Sud-Est, les bœufs furent utilisés encore longtemps, sans doute parce qu'il est difficile d'obtenir une bonne récolte d'avoine sur les sols secs et légers du midi, a cependant tempéré l'historien Jean Gimpel. Par ailleurs, le recours au cheval aboutit à une augmentation de la taille des exploitations agricoles, plus grandes et plus rentables, sur des exploitations à champs ouverts.


La valorisation agricole de la « grande Beauce » par les abbayes, entre 1130 et 1230

Les riches terres de la Beauce, issues de l’assèchement d’un grand lac il y a vingt millions d’années, qui laissa place à une croûte calcaire recouvertes d'un limon fertiles peuvent être valorisées grâces à la révolution agricole du 2e millénaire. À partir du Xe siècle, le domaine royal des Capétiens se compose d'un ensemble de châteaux, terres, moulins, sur un grand axe Paris-Orléans, de la Seine à la Loire, entouré par des terres fertiles qui connaissent un défrichement énergique et une forte poussée démographique. Le chapitre de Chartres et les abbayes bâtissent d’immenses domaines isolés sur lesquels vient se fixer une population dessinant alors la base des villages et hameaux, des églises et des châteaux-

 

L'accumulation du capital foncier par des abbayes urbaines est redistribué à des établissements ecclésiastiques. Ces derniers participent à la vie économique et s'enrichissent alors en accroissant leur patrimoine. La conquête de la périphérie du plateau entre 1130 et 1230 se fait sous forme de contrats de pariage : un seigneur laïc qui a des terres s'adresse à une abbaye urbaine à laquelle il propose de partager des terres. Elle en recevra la moitié, il gardera l'autre, l'abbaye se chargeant en échange de la mise en valeur du sol-

 

L'abbaye du Bois de Nottonville, sur la "Route du Blé en Beauce", proche de Châteaudun, succède ainsi à une résidence d'époque carolingienne, établie à 400 mètres d'une villa gallo-romaine, un ensemble fortifié de terre et de bois, vers le milieu du XIIe siècle. Les moines y installent un prieuré dès le début du XIIe siècle, qui reste un centre de pouvoir politique et militaire sous la domination des vicomtes de Chartres jusqu'au début du XIIIe siècle-


Le seigle permet de gagner des cultures en montagne

Le seigle apparaît dans l'histoire des céréales plus tard que le blé, grâce au réchauffement climatique, qui permet de le cultiver dans des régions d'agriculture difficile. Au Moyen Âge, il a été beaucoup plus répandu en Europe qu'aujourd'hui. En Suisse, le seigle est cultivé dans les vallées de montagne à 1 400 m d’altitude, dans le Valais et la vallée de la Reuss. Le seigle résiste au gel jusqu’à -25 degrés- Les vallées bien ensoleillées et bien irriguées des Alpes du Sud, en particulier le Queyras et autres vallées du Dauphiné verront des cultures de seigle à plus de 2 000 mètres d'altitude, grâce à des systèmes de canaux dérivant l'eau des torrents, dont les plus anciens remontent au XIIIe siècle.

 

Cette agriculture de montagne, sur des terrasses ou des pentes assez fortes, est favorisée par une répartition des travaux exigeante, à l'échelle de la commune, qui est organisée sous la surveillance de consuls, ou procureurs, élus tous les ans, en particulier dans la République des Escartons de Briançon, ensemble de territoires montagnards du département des Hautes-Alpes, de la province de Turin et de la province de Coni qui ont joui d'un statut fiscal et politique privilégié à partir du 29 mai 1343. Les communes ont alors racheté les droits seigneuriaux, plus difficiles à percevoir en région de montagne.

 

Le seigle a aussi été largement cultivé au Moyen Âge en Europe centrale et orientale et il a été la principale céréale panifiable dans la plupart des régions à l'est de la frontière franco-allemande et au nord de la Hongrie. L'agriculture de montagne, plus diversifiée qu'en pleine vise à l'autonomie, parfois même l'autarcie, lors des conflits religieux qui marquent la fin du Moyen Âge et la renaissance.

Après la découverte du Nouveau-Monde, le maïs se diffuse en Europe-

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