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À partir de l'an 1000, dans la moitié nord de l'Europe, l'essor de la sidérurgie et d'un nouveau système d'outils agricoles a entraîné de profonds changements dans les pratiques de culture et d'élevage. Fourneaux à fonte et forges hydrauliques ont permis de produire plus de fer, de meilleure qualité, qui a servi à fabriquer des faux. Grâce à cet outil, plus efficace que la faucille, les paysans ont si bien développé la récolte du foin que beaucoup plus d'animaux ont pu passer l'hiver à l'étable, où leurs déjections, recueillies sur une litière de broussaille, ont fourni de plus en plus de fumier. Celui-ci, transporté sur les jachères par chariots et charrettes, a pu alors être enfoui grâce à la charrue, véritable instrument de labour tiré par des animaux. De plus, avec la herse, ameublissant le sol avant les semis, et le rouleau, tassant le sol après, la germination des graines a grandement été améliorée. Enfin, la puissance et la capacité de travail des chevaux et des bovins ont été renforcées grâce au collier d'épaule et au ferrage des sabots, d'une part, au joug frontal et au ferrage des onglons, d'autre part.
Beaucoup de ces matériels, comme la charrette et le chariot, étaient connus depuis l'Antiquité mais peu utilisés dans l'agriculture, en raison sans doute de leur coût élevé et du bas prix de la main-d'œuvre servile. Mais, à l'approche de l'an 1000, la guerre esclavagiste est devenue plus coûteuse et le prix des esclaves a beaucoup augmenté. On peut penser que les investissements en matériels agricoles et en animaux de trait sont alors devenus plus rentables, ce qui pourrait expliquer la concomitance du développement des matériels agricoles et du recul de l'esclavage à partir de l'an 1000-
Sur des jachères mieux fumées et mieux ensemencées, le rendement des céréales a augmenté. Les terres de culture ont été étendues. Dans certaines régions, les agriculteurs ont même pu cultiver une céréale de printemps dans l'année suivant la céréale d'hiver, et passer ainsi de la rotation biennale à la rotation triennale selon le cycle suivant : grande jachère (quinze mois), céréale d'hiver (neuf mois), petite jachère (neuf mois), céréale de printemps (trois mois). Parallèlement, les seigneurs et les paysans se sont lancés dans le défrichement de hauts plateaux, de moyennes montagnes, de marais côtiers ou intérieurs, et des régions encore boisées de l'Europe du Nord-Est. En effet, des zones froides devenaient exploitables grâce au foin, des terroirs peu fertiles grâce au fumier, et des contrées à terre lourde grâce à la charrue. Ainsi, de l'an 1000 à l'an 1300, les quantités de grains et de produits animaux ont plus que quadruplé dans la moitié nord de l'Europe. Les disettes et les famines sont devenues rares ; la population, mieux nourrie, a plus que triplé et une fraction plus importante de celle-ci, bien qu'encore modeste, a pu se consacrer à des activités non agricoles qui ont entraîné un réel essor artisanal, urbain, architectural et culturel -
Au XIVe siècle cependant, les limites de ce développement ont été atteintes. Comme le nombre des humains continuait d'augmenter, les disettes et les famines ont été plus fréquentes ; la population affaiblie est devenue la proie des maladies, des pestes, des guerres et, finalement, s'est effondrée de plus de moitié vers le milieu de ce siècle. Elle ne s'est reconstituée que dans la seconde moitié du xve siècle et au xvie siècle.
Grâce à la révolution agricole du Moyen Âge en Europe et au développement des rizicultures hydrauliques en Asie, la population mondiale serait passée d'environ 250 à 450 millions d'individus entre les ans 1000 et 1500.
Sur les terres cultivées, les céréales d'hiver (blé, orge, seigle...), qui duraient environ neuf mois (de novembre à juillet), alternaient en général avec une friche herbeuse de quinze mois, la jachère, formant ainsi une rotation biennale. Pour renouveler la fertilité de ces terres, les animaux, pâturant le jour dans les zones herbeuses environnantes, étaient parqués toutes les nuits durant quinze mois sur les jachères afin qu'ils y déposent leurs déjections. Mais, ce mode de fumure impliquait beaucoup de pertes, une partie des excréments allant aux zones herbeuses, ou se perdant le long des chemins lors des allées et venues des animaux, ou étant lessivée pendant la jachère. De plus, dans les régions tempérées froides, la fumure était fortement limitée par le faible nombre d'animaux pouvant passer l'hiver : en effet, à cette époque, les paysans ne disposaient que de faucilles pour couper l'herbe, et ne pouvaient donc guère faire de réserves de foin pour alimenter le bétail durant la mauvaise saison. Pour défricher les terres en jachère, avant les semis, on devait les labourer, autrement dit les retourner à la bêche ou à la houe pour enfouir les herbes folles. Ainsi, une vraie jachère est une friche herbeuse de quelques mois, qui est soumise au pâturage puis labourée en vue d'être à nouveau cultivée. Mais, comme le labour à la bêche est un travail harassant et qui demande beaucoup de temps, la plupart des terres étaient simplement préparées en passant plusieurs fois l'araire. Cet outil, venu de Mésopotamie, était tiré par des animaux. Il permettait de scarifier le sol et d'extirper les mauvaises herbes, mais il ne retournait pas vraiment la terre. Mal défrichées et mal fumées, les terres cultivées donnaient de faibles rendements et, comme elles étaient peu étendues, la production céréalière était souvent insuffisante pour subvenir aux besoins de la population. D'où les disettes et les famines fréquentes tout au long de l'Antiquité (P. Garnsey, 1996), les migrations de peuples à la recherche de nouvelles terres à coloniser, les guerres pour piller les greniers et asservir la main-d'œuvre des cités voisines, et le plafonnement de la population européenne jusqu'au xe siècle de notre ère.
Source
Monique Bourin-Derruau, Temps d'équilibres, temps de ruptures, Paris, éditions du Seuil, 1990.
1. salamandre 31/01/2011


merci très complet
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